Laszlo Trocsanyi

László Trócsányi, ambassadeur de Hongrie en France. DR


Les ministres des Finances de l’Union européenne (Écofin) ont levé les sanctions financières imposées à la Hongrie. 495 millions d’euros d’aide provenant du Fonds de cohésion européen avaient été gelés faute de discipline budgétaire suffisante. L’ambassadeur de Hongrie en France, László Trócsányi, se félicite de cette décision qui marque un tournant après plusieurs mois de tension diplomatique. Il s’en explique en exclusivité pour l’Hémicycle.
Avez-vous le sentiment que les tensions s’apaisent entre l’Union européenne et votre pays ?
Oui, pour l’essentiel nous avons levé les malentendus, mais il reste quelques divergences juridiques. Nous sommes allés trop vite sur certaines réformes et le législateur travaille sur de nouveaux textes. Cela étant dit, nous sommes un État de droit, démocratique et souverain. En 2010, nous avons élu une majorité de centre droit, le Fidesz, qui a remporté la majorité des deux tiers lui permettant de réformer la Constitution. Bien sûr, quand il y a des grandes ré formes, il y a des oppositions. Nous avons ainsi dégagé un bloc de constitutionnalité autour de grands principes, de la même façon que votre Conseil constitutionnel a affirmé en 2006 qu’il existe une identité constitutionnelle, basée sur la laïcité, la solidarité et la République. Les traités internationaux doivent être conformes à ces principes. Au Parlement européen, des députés ont critiqué nos choix, mais le Parlement n’a pas de force juridique, c’est de la politique.
Le Fidesz avait-il un mandat clair pour engager une telle réforme ?
Viktor Orbán avait clairement dit entre les deux tours que si le Fidesz avait la majorité des deux tiers, ces réformes seraient menées. Avant, le pays était dans une situation de blocage, les partis n’arrivant pas à se mettre d’accord. Aujourd’hui, cette majorité a une responsabilité très forte. Les citoyens ont dit : « Vous avez les commandes du navire, mais s’il n’avance pas, vous en serez les seuls responsables. »
Parmi les dossiers qui ont fait polémique, le premier fut celui de la législation sur les Églises…
C’est une question délicate car elle touche la liberté de conscience. Il y a vingt ans, nous avons voulu donner un maximum de droits aux citoyens. Avec cette libéralisation, il suffisait d’être une centaine pour créer une Église. Évidemment, la Hongrie est devenue le pays le plus religieux du monde ! Tout le monde recevait des avantages fiscaux. Nous avons appelé cela le « Business Church ». Nous avons donc pris en considération les religions représentatives, qui existent partout dans le monde. Nous avons touché là à des groupes organisés qui ont voulu faire croire à une persécution.
Dans le même temps, les modes de nomination au Conseil de l’audiovisuel ont été modifiés et critiqués. Pourquoi ?
Y a-t-il quelque part des nominations neutres ? Nous avons décidé que c’est au Parlement d’élire les membres de ce CSA, donc il y aura une proximité avec la majorité. Vous remarquerez qu’il y a aussi une proximité entre cette majorité et les Hongrois qui ont voté pour elle… Cela étant dit, ces personnalités appartiennent à la société civile, regardons leurs carrières ! Ce ne sont pas des marionnettes. Nous avons proposé de faire une analyse comparative des nominations en Europe. Curieusement, personne n’a été intéressé…
Les nominations à la Banque centrale et le statut des juges avaient été les principaux points de discorde…
Nous avons voulu nommer un troisième vice-président. Cela a été contesté à Bruxelles, comme violant l’indépendance de l’institution. Nous sommes revenus là dessus. Autre point, nous avons diminué le salaire de son président. Avec la crise, nous avons plafonné les salaires des serviteurs de l’État, comme votre Président vient de le faire avec les ministres. 2 millions de forints c’est le maximum. Autrefois c’était 8 millions. Pour ce qui est des juges, nous avons changé la règle qui voulait que le président de la Cour suprême et du Conseil supérieur de la magistrature soient la même personne. Il y a désormais un président du CSM élu par le Parlement, idem pour la Cour.
La commission de Venise a pourtant critiqué la Hongrie sur cette question…
C’est vrai, elle a estimé que le président du CSM avait trop de pouvoirs. Nous en avons convenu, il sera donc accompagné de conseillers. Nous avons aussi une procédure d’infraction à Bruxelles sur l’âge de la retraite des juges pour motif de discrimination. Mais le préambule de la Constitution européenne prévoit que les États membres sont libres de fixer l’âge de la retraite… La situation était que, dès 62 ans, les juges pouvaient recevoir leur retraite et toucher encore leur salaire…
Toutes ces polémiques ont-elles éloigné la Hongrie de l’UE ?
Non, certainement pas, le sentiment eurosceptique traverse tout le continent, il est lié à la crise. L’intégration européenne est une très forte valeur pour nous, c’est pourquoi nous voulons une Europe forte.
On a vu, dans ce contexte, votre diplomatie se redéployer…
L’Europe est notre partenaire. Nous sommes membres du « club », nous avons des visions parfois divergentes, comme dans une famille. Pour autant, nous avons naturellement des relations avec les pays tiers.
M. Orbán a eu des mots durs contre le projet de pipeline européen ?
Oui, Viktor Orbán dit ce qu’il pense, c’est son caractère. Pourquoi dire que quelque chose qui ne fonctionne pas marche ? Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à le dire. La Russie, comme le Kazakhstan et la Chine sont nos partenaires. Mais les États-Unis aussi. Nous sommes membres de l’Otan et présents en Afghanistan. Nous y sommes allés ensemble, nous sortirons ensemble.
L’austérité en Hongrie est-elle la seule voie possible pour sortir de la crise ?
Nous estimons que l’endettement des États est un vrai problème. Un esclavage. De même que le déficit budgétaire. L’austérité reste un principe fort, après avoir connu les conséquences d’un déficit de 9 %, nous avons mis la règle d’or dans la Constitution.
Dans ce contexte, la Hongrie a taxé les entreprises françaises. Sont-elles toujours mises à l’écart ?
Tous les secteurs ont été touchés. Nous voulons dire aux entreprises que nous voulons une relation sur la durée avec elles. Nous comprenons que ces taxes n’ont pas été une bonne surprise, mais elles étaient nécessaires autant qu’exceptionnelles. La page se tourne. Nous devons réduire le déficit de moitié, mais si nous avions augmenté les impôts, nous aurions perdu la majorité et l’espoir de mettre en place les réformes. Nous aurions aussi ouvert la voie aux extrémistes. Pour ce qui est de la relation avec la France, elle est importante sur tous les plans. Pour les échanges économiques, nous attendons beau coup dans le domaine de la production. La Hongrie est un point logistique majeur avec le réseau autoroutier et le Danube. Nous sommes un pont entre l’Union européenne et l’Est. Début 2013, nous présiderons l’Initiative Europe centrale, nous voulons dire aux Français que nous les attendons, qu’il n’y a pas de priorité pour les entreprises allemandes…

Antoine Colonna
Article paru dans le numéro 448
du mercredi 4 JUILLET 2012

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