André Laignel

André Laignel, Secrétaire général de l’AMF. BERTRAND GUAY/AFP


Au cours du Congrès de l’AMF, André Laignel, secrétaire général de l’association, fera le point sur les actions menées depuis un an. S’il considère que l’acte III de la décentralisation sera une étape nouvelle pour les collectivités, il craint leur étouffement financier et réclame plus d’audace !
Quel bilan tirez-vous de cette année écoulée depuis le dernier Congrès de l’AMF ?
L’année qui s’est écoulée depuis le dernier Congrès est une année contrastée. Depuis juillet nous avons un nouveau gouvernement qui lance beaucoup de chantiers. Celui de l’intercommunalité a été un gros dossier sur les six premiers mois de l’année. Il reste toutefois un tiers des départements sans schéma départemental. Et même dans ceux où il y en a un, cela ne veut pas dire qu’il se mettra facilement en oeuvre. Toute cette procédure a eu un immense défaut. Passez-moi l’expression berrichonne, mais on nous a demandé d’acheter un lièvre en sac ! On a redessiné des intercommunalités sans qu’il y ait la moindre simulation financière. Il risque d’y avoir beaucoup de surprises. Cela conduira dans certains cas à des baisses de dotations. L’AMF est sur tous les fronts et il ne peut y avoir de développement économique sans le concours des collectivités locales. C’est aussi l’avis du chef de l’État. Nous sommes aujourd’hui dans une période où nous exprimons nos souhaits auprès des pouvoirs publics en attendant les décisions et les choix politiques.
Comment voyez-vous évoluer les dotations dans ce contexte de crise ?
Pour 2013, l’engagement du gouvernement est que les dotations resteront strictement à l’identique. C’est-à-dire qu’elles seront gelées. Cela conduira à une perte de pouvoir d’achat de 2 % compte tenu de l’inflation. C’est d’ailleurs la preuve que nous participons à l’effort demandé. Mais on ne peut resserrer le garrot sans cesse. C’est toutefois moins grave que ce qui avait été annoncé par la précédente majorité, qui prévoyait une amputation des dotations de 2 milliards chaque année sur cinq ans. Il faut tenter de trouver des solutions différentes à celles proposées par l’actuel gouvernement ainsi que des formes de compensations comme des baisses de charges. C’est pourquoi les élus souhaitent un pacte de confiance avec l’État qui leur apporte des garanties sur la durée. La première question qui se pose est très clairement celle de savoir si l’on veut étouffer les capacités d’investissement des collectivités locales. En 2014, je prédis une baisse importante des communes et communautés. L’intérêt national n’est-il pas de favoriser l’investissement pour participer à la relance ? La seconde question est de savoir si l’on veut affaiblir le service public local ? La nation ne gagnera pas à voir fermer des services de proximité. L’avenir sera fait de la réponse à ces deux questions et j’entends bien les poser lors de ce congrès.
Qu’attendez-vous de l’intervention du chef de l’État ?
Il faut des réponses de fond. Le problème est de passer des paroles aux actes. Il semble, malheureusement, que parfois les vieilles habitudes aient la vie dure. Est-ce en continuant à nous appliquer ce garrot financier, en affaiblissant nos capacités d’action que nous pourrons contribuer avec le plus d’efficacité au redressement de la France ? Pour participer au renouveau, nous avons besoin que soient levées les entraves. Il nous faut une liberté financière marquée par l’accès au crédit et l’autonomie fis cale. Nous réclamons aussi la liberté d’action qui nécessite moins de tutelle et moins de normes. Cette nouvelle étape de décentralisation doit être marquée par l’audace !

Joël Genard
Article paru dans le numéro 456
du mercredi 21 novembre 2012

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