Pranab Mukherjee

Pranab Mukherjee, le Président indien, le 23 janvier 2013. ASHWINI JOSHI/AFP


Le président de la République est attendu jeudi en Inde. Pour sa première visite d’État en Asie, à forte tonalité économique, François Hollande cherche à rééquilibrer les relations de la France avec l’Inde sans vexer la Chine. À la clé une série de contrats avec New Delhi sur le Rafale et deux centrales nucléaires.
Aller chercher la croissance où elle se trouve. Il n’a pas échappé à François Hollande qu’en dépit d’un euro fort qui pénalise l’Hexagone et d’une croissance qui s’essouffle dans le deuxième pays le plus peuplé du monde, le salut des entreprises françaises passe par un accroissement des investissements en Inde et un renforcement des exportations tricolores vers le marché indien. D’où l’accélération des négociations entre Dassault et le ministère indien de la Défense pour l’achat de 126 Rafale, un dossier crucial pour l’avionneur français. Le contrat final ne devrait pas être signé pendant la visite de François Hollande après d’intenses discussions la semaine dernière au Salon aéronautique de Bangalore, mais les Indiens auraient donné des assurances pour une signature en 2013, c’est-à-dire avant le début de la campagne électorale pour le renouvellement du Parlement en 2014. « Ce contrat est très lourd financièrement, plus de 10 milliards d’euros, et le gouvernement indien est toujours paralysé en fin de cycle, ce qui rend la signature plus compliquée », explique Christophe Jaffrelot, spécialiste de l’Inde au Centre d’études et de recherches internationales (CERI). « Il existe aussi des risques de récupération politique dans la mesure où les Indiens ne comprendraient pas pourquoi, par temps de crise, le gouvernement dépense autant pour se doter d’une nouvelle flotte de combat. » Idem pour les deux EPR que la France entend vendre à l’Inde. Depuis la catastrophe de Fukushima au Japon, il existe une réelle opposition au nucléaire en Inde. Des manifestations ont mal tourné récemment lors de l’inauguration d’une centrale russe avec des incidents qui ont fait un mort. François Hollande et Laurent Fabius, partisans de la diplomatie économique, entendent également développer l’implantation et la croissance des PME françaises en Inde. Ce qui n’est pas toujours aisé en raison d’une bureaucratie qui ralentit les circuits de décision et d’une corruption toujours réelle dans le pays. Mais cela n’a pas empêché les Allemands ou les Italiens de faire de véritables percées sur le plan commercial. Question de patience et de volonté ? Pour répondre à cette question, et à l’image de ce qui avait été fait avec Jean-Pierre Raffarin pour l’Algérie ou de Martine Aubry pour la Chine, un représentant spécial pour la relation économique franco-indienne a été nommé le mois dernier en la personne de Paul Hermelin, un ancien de l’équipe Delors devenu patron de Capgemini. Sur le plan stratégique, l’Élysée n’a pas voulu faire de tort à la Chine en choisissant l’Inde pour première destination en Asie du Président Hollande. Le prétexte de la mise en place de la nouvelle direction collégiale chinoise au printemps a servi pour justifier le départ vers New Delhi quelques semaines avant. Faut-il rester neutre dans cette guerre d’influence souterraine qui se joue au quotidien entre les deux plus grands pays du monde ? Les Indiens aimeraient bien que la France illustre avec force sa conception du monde multipolaire. Selon l’un des experts consultés par l’Élysée pour préparer le déplacement présidentiel, « les relations entre les deux pays dans la lutte contre le terrorisme sont excellentes », mais l’Inde ne serait pas fâchée que la France renforce davantage sa présence militaire dans l’océan Indien. L’idée étant de ne pas laisser l’Inde assister seule au spectacle de la surenchère entre Chinois et Américains. Ce qu’un officiel français, fin connaisseur des questions stratégiques, appelait également de ses voeux : « Le jour où nous aurons un sous-marin nucléaire en permanence dans les eaux asiatiques, nous serons vraiment une grande puissance. »

François Clemenceau
Article paru dans le numéro 459
du mercredi 13 février 2013

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