Barack Obama

Barack Obama montant à bord d’Air Force One à Chicago. PHOTO JEWEL SAMAD/AFP


Le Président américain se rend pour la première fois cette semaine depuis son élection en 2008 en Israël et en Palestine ainsi qu’en Jordanie. Il espère y recréer un cadre propice à la reprise du processus de paix, au point mort depuis 2010.
Tout reprendre à zéro ? Presque. Entre le discours du Caire de 2009 et cette première visite en Israël, où Benjamin Netanyahou vient avec peine de former une coalition bien fragile, la relation israélo-américaine et israélo-palestinienne a atteint des pics de frustration et d’exaspération.
Barack Obama, mieux réélu que son pair israélien, espère bien profiter de ce capital politique et d’un second mandat, qui le libère de toute pression politique, pour relancer une dynamique. À l’image de ce que Bill Clinton avait tenté en 1998. À l’époque déjà, suite à l’assassinat de Yitzhak Rabin par un extrémiste israélien et aux attentats épouvantables perpétrés par le Hamas sur le sol de l’État hébreu, le Président américain de l’époque avait su nouer des liens avec Benjamin Netanyahou puis avec Ehud Barak pour prolonger la dynamique endeuillée des accords d’Oslo. Ce fut un échec et la seconde Intifada, conjuguée à la guerre contre le terrorisme post-11 septembre, enterra le processus de paix pendant de longues années. Depuis, le retrait de Gaza par Ariel Sharon n’a pas occulté la poursuite à outrance de la colonisation en Cisjordanie par ses successeurs. En arrivant à la Maison Blanche, Barack Obama avait une idée en tête : obtenir d’Israël l’arrêt de la colonisation pour permettre le redémarrage des négociations. Cette vision des choses, relancée par des voyages sur place d’ Hillary Clinton, du conseiller à la sécurité nationale, Jim Jones, et du vice-président, Joe Biden, a été clairement sabotée par Benjamin Netanyahou. Non seulement en humiliant les émissaires américains venus discuter en Israël, mais jusque dans le Bureau ovale et au Congrès, en rejetant devant les médias et les élus américains la stratégie du président des États- Unis. Netanyahou a même été jusqu’à souhaiter la victoire du rival républicain du président démocrate, Mitt Romney. Durant toutes ces années de mésentente israélo-américaine, les conditions de vie des Palestiniens se sont sérieusement aggravées. « Aujourd’hui, une nouvelle génération de Palestiniens n’a jamais été autorisée à se rendre à Jérusalem pas plus qu’en Israël ou de Cisjordanie vers Gaza et vice-versa », souligne Rashid Khalidi, l’historien américain d’origine palestinienne jadis proche de Barack Obama. « Cette ghettoïsation des Palestiniens et la construction d’un mur d’apartheid sont les fruits du soi-disant processus de paix. » Et d’en conclure : « Obama peut continuer de contrôler et de financer un statu quo qu’il a aidé à se maintenir ou bien il peut démarrer une nouvelle politique qui condamne l’occupation et soutient le droit inaliénable des Palestiniens à la liberté et au droit d’avoir un État, il n’y a pas de juste milieu. »
Aujourd’hui, Netanyahou est affaibli. Non seulement parce que son ami Mitt Romney a perdu la présidentielle américaine, mais aussi parce que son parti (le Likoud) n’est plus aussi puissant. Le paysage politique israélien a considérablement changé en quatre ans. La gauche est laminée, le centre laïc du jeune Yaïr Lapid a réalisé une percée, tout comme l’extrême droite des colons religieux de l’ancien directeur de cabinet de Netanyahou, Naftali Bennett. C’est donc avec ces deux composantes que le Premier ministre vient de composer. Si les centristes de Lapid ne sont pas opposés à un État palestinien, ce dernier ne fait pas partie de leurs priorités, la décolonisation encore moins. Les religieux de Bennett, en revanche, sont clairement annexionnistes et seraient parfaitement capables de quitter le gouvernement dès qu’il sera question de retourner négocier avec les Palestiniens. L’opposition, de son côté, est désormais constituée des ultraorthodoxes ashkénazes et sépharades, du parti travailliste, de l’extrême gauche et des partis arabes. C’est avec cette mosaïque plus éclatée que jamais, « ces grandes familles tribales », selon le mot de l’ancien négociateur israélien Daniel Levy, que Netanyahou doit gouverner et que Barack Obama peut espérer composer. Compliqué, mais pas impossible. D’autant que, sur le dossier iranien, Obama ne partage pas l’empressement de Netanyahou à vouloir frapper les installations nucléaires de la République islamique. Le Premier ministre israélien estime que la ligne rouge a été franchie, c’est-à-dire que Téhéran est déjà en mesure de fabriquer la bombe atomique dès lors que l’ordre sera donné par le Guide suprême. Barack Obama, lui, estime qu’il reste encore un an avant que ce soit le cas. Le Président américain n’a pas perdu espoir de nouer une relation directe avec la direction iranienne pour la contraindre à renoncer à son ambition nucléaire. Dans ce délai, il ne comprendrait pas que les Israéliens gèlent plus longtemps tout dialogue avec les Palestiniens, comme si la menace iranienne empêchait de prendre toute autre initiative. Mais attention, prévient Robert Malley, l’ancien conseiller de Bill Clinton pour le Proche-Orient : « Toute précipitation risquerait de faire capoter les choses, rien ne serait plus dramatique qu’un nouveau blocage des négociations, mieux vaut pas de négociations du tout qu’un échec. » Raison pour laquelle le Président Obama va essayer d’inscrire son ambition dans un calendrier raisonnable. Avec dans l’ordre des priorités : renouer une relation plus convenable avec Netanyahou, s’adresser plus souvent et plus directement à l’opinion publique israélienne pour lui faire comprendre les enjeux de société et de sécurité par-dessus la tête de dirigeants politiques à courte vue, faire admettre à Netanyahou sa fragilité et en quoi toute perspective d’accord avec les Palestiniens la renforcerait grâce au soutien de l’Amérique et de l’Europe. Même si, selon un récent sondage, les Israéliens n’aiment pas Obama, ils savent que le soutien des États-Unis est crucial et qu’Israël ne peut se payer le luxe de se fâcher durablement avec son seul allié stratégique dans le monde.
L’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine n’est pas loin de penser à l’identique. « Il faut que le Président américain torde le bras à la droite israélienne et au lobby des colons tout en court-circuitant le Congrès américain », propose l’ancien patron du Quai d’Orsay. À trois conditions. « D’abord, il faut cesser de s’appuyer sur un dialogue qui n’existe pas entre les Palestiniens et les Israéliens, c’est une attitude à la Ponce Pilate. Ensuite, il faut être capable de se dire que le résultat de tout accord imposé sera de gérer le chaos palestinien qui en découlera. Enfin, il faut qu’Obama considère cette mission comme vitale. » Le Président américain est un adepte de la formule « mieux vaut essayer que de renoncer ». Et qui pourrait lui reprocher d’avoir essayé ?

François Clemenceau
Article paru dans le numéro 461
du mercredi 20 mars 2013

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