(K. Tribouillard/AFP)

(K. Tribouillard/AFP)


Entretien avec Pascal Canfin, ministre délégué chargé du Développement.

Le Forum Afrique, que vous organisez en partenariat avec l’Agence française de développement (AFD), c’est une agence des bonnes pratiques ?
Le « Forum Afrique – 100 innovations pour un développement durable » est un événement qui rassemblera, en marge du sommet de l’Élysée le 5 décembre 2013, des femmes et des hommes qui ont inventé des objets ou des méthodes qui changent le quotidien en Afrique tout en favorisant le développement durable. L’idée de ce forum trouve sa source dans les nombreux déplacements que j’ai faits sur le continent africain depuis mai 2012. À de nombreuses reprises j’ai rencontré des entrepreneurs, petits ou grands, qui, partant de besoins concrets de la population, apportent des solutions efficaces dans tous les domaines : recyclage des déchets, nouvelles technologies, énergies vertes… Le forum les mettra à l’honneur et leur permettra de nouer des relations avec des bailleurs de fonds privés ou publics afin de diffuser à plus grande échelle leurs initiatives.
Quelques exemples de projets et d’initiatives sélectionnés ? Que sera-t-il proposé aux meilleurs projets ?
La sélection a été difficile car nous avons reçu plus de 800 dossiers en un mois. Ce succès témoigne du dynamisme des innovateurs en Afrique. Sans déflorer la sélection, je peux vous dire, par exemple, que sera présentée une innovation qui concerne une technique de construction d’habitat sobre en carbone, la transformation d’une plante envahissante en charbon dont la combustion génère peu de CO2, un sac permettant le transport de Biogaz… Le « Forum Afrique – 100 innovations » est un moment de mise en réseau, d’éclairage sur ces innovateurs qui mettent l’imagination en action. Nous suivrons bien entendu au long cours le devenir de ces initiatives notamment avec l’Agence française de développement.
La 8e édition du sondage de l’AFD sur les Français et l’aide au développement confirme l’attachement des Français à l’aide aux pays en développement : même en période de crise, une majorité d’entre eux (68 %) privilégie le maintien au même niveau (52 %) ou une hausse (16 %) de la part du budget de l’État consacré à l’aide publique au développement. Un encouragement ?
C’est un encouragement pour la politique que nous menons. C’est aussi la validation de notre engagement budgétaire qui vise à préserver, malgré un contexte contraint, les crédits du développement. Dans un autre domaine, cette étude relève également que pour 87 % des Françaises et des Français, l’aide au développement doit concilier lutte contre la pauvreté et protection de l’environnement. Ce résultat montre que la rénovation de la politique de développement, que nous menons depuis mai 2012, qui allie lutte contre la pauvreté et préservation de la planète rencontre l’adhésion de nos concitoyens. C’est le sens du projet de loi que je présenterai dans les prochaines semaines.
Certains pays africains vont parvenir à atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement, d’autres non. L’exploitation des matières premières est un sujet central, et vous avez mis l’accent sur la bonne gouvernance, la transparence des flux financiers et des contrats. Pensez-vous qu’on puisse mettre fin un jour à ce qu’on appelle « la malédiction des matières premières » en Afrique ?
Il n’y a pas de fatalité et c’est pour cela que la France soutient le principe de transparence des revenus tirés de l’exploitation des matières premières. Le gouvernement a été à la pointe du combat au niveau européen pour faire de la transparence la règle – et non plus l’exception – pour l’ensemble des entreprises européennes à l’image de ce qui s’impose déjà aux entreprises américaines. Aujourd’hui, ce mouvement est en marche même si, en matière de transparence, il est toujours possible de progresser. La transparence est un moyen et non une finalité. La France soutient également les organisations de la société civile qui contrôlent l’utilisation de ces ressources. C’est ainsi que nous contribuons à ce que les ressources tirées des matières premières contribuent réellement au développement.
Quels doivent êtres les axes prioritaires de l’agenda post-2015 ?
L’enjeu principal est aujourd’hui d’intégrer pleinement la durabilité dans l’agenda du développement. Il y a sur la planète 1,3 milliard de femmes et d’hommes qui vivent avec moins de 1,25 dollar par jour. Nous devons continuer à nous mobiliser pour éradiquer cette extrême pauvreté. Mais nous n’y arriverons pas si nous ne menons pas de front la bataille contre le changement climatique. Un monde qui ne parviendrait pas à empêcher le dérèglement climatique, c’est un monde avec plus de sécheresses, donc un monde avec plus de famines et, au final, une augmentation de la mortalité infantile. Nous devons intégrer cette soutenabilité dans ses trois dimensions économique, sociale et environnementale dans l’ensemble des objectifs pour le développement pour l’après 2015.
 

Partager :