Nicolas Hulot (N. Maeterlinck/AFP)

Nicolas Hulot (N. Maeterlinck/AFP)


Entretien avec Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète.

En marge du sommet pour la paix et la sécurité en Afrique, vous organisez, avec le ministre de l’Écologie Philippe Martin, une table ronde sur « la lutte contre le trafic et le braconnage des éléphants et des espèces menacées ». L’affaire Bouba N’Djida a-t-il favorisé la prise de conscience des États, et notamment de la France ? La France va-t-elle faire de cette lutte une priorité ?
Oui, l’affaire de Bouba N’Djida a probablement été une révélation pour le grand public : 200 éléphants massacrés par une bande lourdement armée, pratiquement sous les yeux des équipes de télévision. C’est la démonstration du fait que le braconnage a changé d’échelle, que nous sommes passés d’un braconnage de subsistance à un trafic de grande ampleur. Avec la drogue et les armes, le trafic des espèces protégées est le 3e au monde. Europol évoque un marché illégal de 20 millions d’euros par an uniquement pour l’Europe, on parle de 10 à 20 milliards de dollars au niveau mondial ! La table ronde organisée en marge du sommet de l’Élysée va être l’occasion pour la France d’annoncer un plan d’action volontaire qui dotera notre pays d’un dispositif parmi les plus complets en matière de lutte contre ces trafics.
Cette lutte trouve sa place dans ce sommet pour la paix et la sécurité en Afrique, car ces exactions portent atteinte à la souveraineté des États et des populations, selon vous. Le dernier rapport de l’IFAW va même plus loin puisqu’il affirme que ces exactions menacent la sécurité mondiale, dans la mesure où elles sont le fait d’une criminalité transnationale, liée au terrorisme. Comment la combattre ? Faut-il une approche multilatérale pour combattre cette criminalité ? Ce sommet peut-il faire avancer les choses ?
Le Secrétaire général des Nations unies, dans un rapport relatif à la situation en Centrafrique qui date du 14 novembre, établit clairement le lien entre braconnage et sécurité indiquant qu’« il existe un large consensus régional pour considérer que le braconnage représente un élément de l’activité commerciale illicite, utilisé pour financer les réseaux criminels et les groupes rebelles armés comme l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) ». Oui, il nous faut agir au niveau mondial pour lutter efficacement contre ces trafics. J’ai d’ailleurs souhaité que l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, la Convention de Washington (CITES) et Interpol soient présents à la table ronde que nous organisons. La présence de nombreux chefs d’État au sommet de l’Élysée est une occasion pour eux d’échanger, de se concerter, de se mobiliser. Le 25 septembre dernier, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, l’Allemagne et le Gabon ont posé une première pierre ; le Botswana organise un sommet à Gaborone auquel je participe du 2 au 4 décembre. Paris sera aussi une étape importante avant Londres qui accueillera un sommet le 14 février prochain.
Demandez-vous, comme l’IFAW, que ce type d’exactions obtiennent le statut de « criminalité grave » ?
Il faudrait préciser ce que l’on entend par « criminalité grave ». La notion de crime varie d’un pays à l’autre. Je pense que les trafics doivent être plus lourdement sanctionnés, les amendes doivent être en rapport avec les bénéfices que génèrent ces trafics pour être réellement dissuasives. Tant que les amendes coûteront moins cher que le prix d’une défense d’ivoire ou d’une corne de rhinocéros… le trafic continuera. Éléphants, rhinocéros, hippopotames, bonobos, gorilles, lions seront chassés sans merci. Je crois surtout que nous devons revoir notre rapport à la nature, nous devons sortir d’une vision utilitaire de la nature. Nous ne pouvons pas la considérer seulement comme un réservoir inépuisable de ressources, de beauté, d’agrément… Elle a sa raison d’être !

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