photo : Lionel Bonaventure / AFP

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Bien acceptée, l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP ne génère pas d’enthousiasme débordant. Les députés attendent de voir comment l’ancien chef de l’État va répondre aux prochains défis électoraux.

Cela se passe plutôt correctement », glisse un député copéiste. « Il a plutôt bien réussi ses premières semaines », ajoute l’élu de Paris Jean-François Lamour, proche de François Fillon. Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP semble bien perçue, quelle que soit l’obédience. Les différents chefs de file qui rencontrent régulièrement l’ancien Président affichent pour le moment leur satisfaction.
La façon dont le nouveau patron de la rue Vaugirard a constitué l’organigramme a plutôt été appréciée. À quelques déçus près, qui se seraient bien vus à des postes clés, comme Philippe Vitel (Var) ou Christophe Guilloteau (Rhône), chaque courant y a trouvé à peu près son compte. Les copéistes se sont sentis bien servis avec la nomination de Sébastien Huyghe au porte-parolat. Parmi les secrétaires nationaux thématiques, à noter aussi la présence de Georges Fenech (Rhône) à la justice, Claude Goasguen (Paris) au Grand Paris et Laurence Arribagé (Haute-Garonne) aux sports. Les fillonnistes n’ont pas été non plus oubliés. Isabelle Le Callennec (Ile-et-Vilaine) a été désignée porte-parole, Pierre Lellouche délégué général aux relations internationales. Quant aux lemairistes, Thierry Solère (Hauts-de-Seine) a été propulsé animateur de la commission de préparation à la primaire. Résultat : toutes les chapelles sont prêtes à œuvrer pour le rassemblement. « Personne ne veut se mettre à l’écart ou rouler pour sa pomme », constate un député. Que l’ancien président de la République ait accepté le principe des primaires ouvertes a aussi rassuré tout le monde.
Si l’ambiance est plutôt bonne et que « le leadership de Nicolas Sarkozy est incontesté », pour reprendre les mots du député du Nord Daniel Fasquelle, le retour fracassant se fait encore attendre. « Où est passée la tornade que ses proches, comme Brice Hortefeux, avaient annoncée ? », tacle un élu. Si les troupes de François Fillon se sont un peu racornies, chacun reste campé sur ses positions et sur son écurie. Les lignes ont peu bougé. « Il n’y a pas de rejet, pas de doute, mais un fort attentisme », constate le député non aligné Philippe Gosselin.
Les députés de droite attendent en effet de voir dans les prochains mois comment l’ancien chef de l’État va répondre aux défis des élections cantonales, régionales et présidentielles. « L’effet Nicolas Sarkozy saura-t-il endiguer la montée des voix du Front national ? », s’inquiète un parlementaire. Comment, après la période de deuil et d’émotion suite à l’attentat barbare visant le journal Charlie Hebdo, l’ancien président de la République répondra-t-il aussi à la demande de débat de l’extrême droite sur l’islamisme fondamental et plus généralement sur celui de la citoyenneté, religion ou laïcité demandé par certains concitoyens ?
Clé, la question du socle idéologique n’a pas encore été définie. « Où veut-il vraiment nous emmener ? Ce n’est pas encore clair », observe Philippe Gosselin. « Il aurait pu arriver avec des idées », tacle de son côté un autre parlementaire. Pour beaucoup d’élus, la création du tandem Wauquiez-NKM à la tête du parti est la parfaite illustration du non-choix idéologique opéré par Nicolas Sarkozy. « Cela tire à hue et à dia », grince Philippe Gosselin. Si le « 11 septembre français » n’accélère pas le processus d’éclaircissement, « l’échéance du congrès post-cantonal est capitale », insistent de nombreux élus.
Autre inquiétude : l’articulation du groupe avec le parti. Pas question pour les députés de se retrouver sous la coupe réglée de la rue de Vaugirard. Le patron des députés UMP, Christian Jacob, qui voit régulièrement l’ancien chef de l’État, sait qu’il doit redoubler de vigilance et se porter garant de l’autonomie du groupe, qui a su résister à la guerre des clans Copé-Fillon. « Bien coordonner le groupe avec le travail du parti constitue un véritable enjeu », confirme Thierry Solère. Si, lors de sa deuxième venue devant le groupe, l’ancien Président a su retourner avec brio la salle pour appeler à voter contre la résolution concernant la création d’un État palestinien, il a aussi fait montre d’un certain autoritarisme qui, cette fois, a déplu. Il a lâché que les propositions de loi émaneraient du bureau politique. « Nous avons mis cela sur le compte de l’enthousiasme », ironise Jean-François Lamour. La préparation du vote de la loi Macron, pour laquelle de nombreuses voix discordantes se font déjà entendre au sein du parti, est décisive dans les relations entre les parlementaires et l’organe de décision de la rue de Vaugirard. Alors que Nicolas Sarkozy prône le refus en bloc, certains députés, comme Jean-François Lamour, préféreraient s’engager sur la voie d’une discussion du texte pour l’améliorer : « Il s’agirait d’afficher une opposition ferme sur l’essentiel mais laisser le libre choix sur certains amendements », suggère le député de Paris. Nicolas Sarkozy a bien des défis à relever.
 

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