François Hollande et Paul Biya (A. Jocard / AFP)

François Hollande et Paul Biya (A. Jocard / AFP)


Le président de la République entamera début juillet une nouvelle tournée africaine qui le conduira au Bénin, en Angola et au Cameroun. L’occasion d’illustrer une politique africaine dont le « réalisme » est de plus en plus critiqué.

Il avait dit connaître à Bamako en février 2013, quelques semaines seulement après une foudroyante riposte contre les raids djihadistes, « le plus beau jour » de sa vie politique. François Hollande venait de savourer le résultat d’une prise de décision saluée par beaucoup comme courageuse et responsable, non sans avoir alerté ses pairs depuis des mois sur le danger du djihadisme au Sahel. Certains esprits sourcilleux avaient alors critiqué un comportement « solitaire », un « aventurisme » dans l’usage de la force, et une vision courte sur la sortie de crise, selon l’adage connu qu’il vaut mieux démarrer une opération armée en en connaissant l’issue. Moins d’un an plus tard, l’intervention en Centrafrique est venue se cogner au même genre de critiques. « Ce que je vois réapparaître, c’est une Françafrique bottée, pleine d’autosatisfaction et de bonne conscience socialistes, mais dont les bottes sont hélas trouées », ose le député UMP Pierre Lellouche, de retour de Bangui, dans une interview à l’Opinion en avril dernier. La « Françafrique bottée », vraiment ?
S’il y a bien un terme que l’on récuse à l’Élysée, c’est cette expression, qui rappelle à la fois un état d’esprit et des méthodes. L’idée que la France devait défendre son « pré carré » en cultivant des « réseaux » politico-affairistes qui sentaient bon les coups tordus et la corruption. Or ce système s’est considérément affaibli au cours des trois premières années du mandat Hollande. Non seulement la cellule africaine de l’Élysée est placée depuis 2012 sous le contrôle du pôle diplomatique de la Présidence, mais François Hollande a opté pour un contact direct avec ses pairs africains pour éviter la confusion des genres et les lobbyings indirects. « Le début de notre relation avec François Hollande a été un peu laborieux, confie un responsable africain, mais aujourd’hui la relation est très bonne, les pratiques des mallettes n’ont plus cours, même si cela frustre beaucoup de gens » Certains leaders du Continent avaient été affligés par le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy et exaspérés par son manque de considération. « On ne fait pas cinq mille kilomètres pour venir passer deux heures dans une capitale africaine », poursuit notre source. Indiscutablement, la donne a donc changé avec François Hollande. Pas seulement sur la forme. Les deux interventions militaires au Mali et en Centrafrique, déclenchées le plus légalement du monde, ont également rassuré les chefs d’État des régions concernées. Mais cette « militarisation » de la politique africaine reste l’objet de critiques. Un rapport parlementaire, présenté en avril dernier par le député « frondeur » Philippe Baumel et jugé « pessimiste » par la présidente de la Commission des affaires étrangères, Élisabeth Guigou, recommande aux autorités françaises de redéployer au plus vite un certain nombre d’autres outils pour redonner la priorité à l’aide au développement. François Hollande avait promis de porter l’APD à 0,7 % du PNB. Or, elle n’est aujourd’hui que de 0,4 %, en régression de près de 10 %, alors que l’APD britannique, elle, a augmenté de plus de 25 % sur la même période de 2013. En serait-ce fini de la « politique ambitieuse de développement » souhaitée par le Président lors des Assises de la solidarité internationale ? La question est posée à la trop discrète secrétaire d’État au développement international, Annick Girardin, par un autre rapport, publié l’automne dernier par l’IFRI sous la plume d’Aline Lebœuf et d’Hélène Quénot-Suarez, avec ce titre : Renouvellement et impensé stratégique. Selon les auteures, la France serait ainsi coupable de vision à court terme et de ne pas avoir de stratégie mûrement réfléchie. Une situation imputable, en partie, à l’obligation de gérer des crises successives, le tout dans un environnement qui n’est pas uniquement sécuritaire mais largement dominé par la perte d’influence économique et commerciale de la France en Afrique au profit, notablement, de la Chine. « Aujourd’hui, la France doit savoir que les chefs d’État africains ont le choix et que le choix de la France ne peut pas nous être imposé », indique un officiel africain, pour qui « l’éléphant chinois n’affronte que des buffles européens ». Autrement dit, la France peut et doit faire mieux, en sachant que si elle manque à l’appel, l’Afrique, y compris francophone, saura trouver ailleurs des partenaires moins regardants et financièrement plus à l’aise.
D’autres flèches, décochées par la gauche et des ONG, ciblent le « réalisme » de la politique africaine de la France. François Hollande n’aurait pas suffisamment pris ses distances avec un certain nombre de chefs d’État africains coupables d’atteintes aux droits de l’homme ou aux pratiques démocratiques douteuses. C’est le cas pour la relation avec le Tchad, dirigé par un Idriss Deby à poigne, mais également pour le Cameroun, où le Président se rend en juillet, une première pour un dirigeant français de ce rang depuis la visite effectuée par Jacques Chirac en 2001. Paul Biya, au pouvoir depuis 32 ans, n’est franchement pas un modèle du genre pour la gouvernance que souhaite promouvoir François Hollande. Quelques mois seulement après son arrivée à l’Élysée, le Président avait jeté un froid, lors de son déplacement au sommet de la Francophonie à Kinshasa, en critiquant son hôte, Joseph Kabila, pour ses violations des droits de l’homme et de l’opposition. Depuis, il y a eu le Mali, la Centrafrique et Boko Haram, rétorquent les autorités françaises, et le Cameroun, comme l’Algérie ou l’Angola, dirigés par des « dinosaures », sont devenus des partenaires obligés avec lesquels il faut bien composer. Comme le répète souvent Jean-Yves Le Drian, devenu ministre de l’Afrique, de fait, « il n’y a pas de démocratie sans sécurité ».
On guettera donc avec attention le message du Président français à Cotonou comme à Yaoundé. « La démocratie, c’est le haut du millefeuille mais ce n’est pas déterminant en dernière instance lorsqu’un chef d’État estime qu’il n’a de compte à rendre qu’à son clan et à ses ancêtres », rappelle Antoine Glaser, historien de la Françafrique et auteur d’un récent Africafrance remarqué. « Aujourd’hui, “l’Afrique de la nuit” reprend le dessus », poursuit-il en évoquant la crise de régime au Burundi qui fait écho aux volontés de se maintenir au pouvoir, par le biais d’une réforme de la Constitution sur la limitation du nombre des mandats ou sur la limite d’âge pour exercer le pouvoir suprême. Il ne faudrait pas que la France s’en rende complice, par inertie, obsession électorale face à l’explosion des flux migratoires ou par une politique qui donnerait la priorité au seul commerce. Chacun comprend que c’est un ensemble et que gérer les temps courts ne suffit plus.

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