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Anne Hidalgo : « Les Français sont prêts à élire une présidente »

La maire de Paris est désormais officiellement candidate à la présidentielle, en 2022. Elle s’était confiée à L’Hémicycle en janvier dernier, alors qu’elle y réfléchissait sérieusement. Revoici son interview en accès libre.

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La maire de Paris est désormais officiellement candidate à la présidentielle, en 2022. Elle s’était confiée à L’Hémicycle en janvier dernier, alors qu’elle y réfléchissait sérieusement. Revoici son interview en accès libre.

Après plus d’un an de crise sanitaire, plusieurs confinements et couvre-feux, comment percevez-vous l’état de la France et des Français ? 

Cela a été très dur et cela reste très dur. Les Français ont été patients et créatifs. Je l’ai vu à Paris, avec des Parisiens solidaires et responsables. Ils ont été trop souvent stigmatisés. Franchement, quand on voit les conditions de vie de ceux qui sont restés à Paris pendant le premier confinement, certains dans de petits appartements sans possibilité de prendre l’air sur un balcon, avec, en plus, l’angoisse d’attraper le virus, les Parisiens, comme les Français, ont été exemplaires. Malgré la maladie, la mort, l’impossibilité de se projeter dans leur vie – je pense notamment aux jeunes –, j’ai vu beaucoup de mobilisation et d’implication au cours de cette crise qui n’est pas terminée.

Je comprends donc parfaitement les questionnements, les attentes et la colère devant les ratés de la campagne de vaccination. Après l’échec des masques, celui des tests, l’inorganisation de la campagne vaccinale a fini par abîmer le lien de confiance entre les citoyens et le gouvernement. Les Français ont perçu qu’échouer sur les vaccins, c’était autant de mois de perdus avant de retrouver une vie normale. Ils exigent des politiques non pas de l’empathie, mais de la transparence. Ils veulent être considérés comme des adultes responsables et qu’on leur dise ce qui se passe. 

Quelles leçons politiques tirez-vous, dans ce moment inédit, de la gestion de la crise par l’exécutif ? 

Quand la crise arrive, l’impréparation et l’incertitude règnent. Je le constate, dès janvier 2020, au moment du Nouvel An chinois, quand je rencontre, avec mon équipe et le maire du 13e arrondissement, la communauté asiatique de Paris. Les associations me disent qu’elles veulent annuler toutes les festivités et même le traditionnel défilé. A ce moment-là, je comprends qu’il se passe quelque chose de grave. Nous appelons le ministère de la Santé en demandant s’il y a des consignes. Ils nous disent : « Non non, pas du tout ». Je téléphone à Martin Hirsch, le directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris : « Tu as vu ce qui se passe à Wuhan ? Qu’est-ce qui se passerait chez nous ? Est-ce envisageable, que cela arrive en France ? ». Lui aussi est inquiet. Le chercheur Carlos Moreno me met en relation avec le docteur français Philippe Klein, qui se trouve à Wuhan. Lequel me donne des informations sur la gravité réelle de la situation et l’ampleur qu’elle risque de prendre. L’ancien ministre Pierre Lellouche, élu au Conseil de Paris, qui est en lien avec de nombreux think tanks étrangers, me fait passer note sur note. Elles sont très alarmantes. Je vois aussi le professeur Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur. Tous sont très inquiets.

Même si je peux comprendre que face à quelque chose de si nouveau et de si exceptionnel, le pouvoir ne puisse pas mesurer tout de suite ce qui va se passer, il faut se renseigner pour mieux anticiper. Je m’aperçois très vite que la gestion de la pénurie est l’élément déterminant qui va dicter la politique de l’État. Évidemment, ce n’est pas avoué. Lors du premier confinement, la première question qui se pose est, souvenez-vous, celle du stock de masques. Or, à Paris, des masques, nous en avons ! Contrairement à l’État, Paris avait constitué des stocks, et avait continué à en acheter ces dernières années. 

La Ville se retrouve, donc, début 2020, à la tête d’un stock de masques important quand l’État, lui, en manque. Ma première réaction est d’appeler Martin Hirsch et de proposer aux hôpitaux de l’AP-HP 2,5 millions de masques. Je lui demande simplement de vérifier s’ils sont toujours valables. Après expertise, ces millions de masques sont jugés en très bon état ; ils sont donc envoyés aux hôpitaux, aux médecins, aux infirmiers, aux Ehpad et aux agents de la Ville alors qu’à ce moment-là, rappelez-vous, le gouvernement demande de ne pas leur en donner. Je prends la décision de protéger ceux qui sont en première ligne. Je pense aux agents de la propreté, aux personnels des Ehpad, aux volontaires qui viennent en aide aux plus vulnérables. C’est ma responsabilité. Le gouvernement ne voit pas ma décision d’un très bon œil, même s’il n’ose pas réquisitionner mes masques – ce qu’il a fait à d’autres élus. Pour autant, il me fait passer quelques messages : distribuer des masques ne serait pas la doctrine de l’État. Un ministre va même jusqu’à me dire que ce que je fais « n’est pas républicain ». Je lui réponds que je ne me suis pas mise toute seule dans une situation de pénurie : « C’est la pénurie qui dicte votre politique. Il n’est pas question que je mette en danger les agents de la ville ! ».

Comment cela s’est-il passé pour les tests ?

Très vite, la mortalité dans les Ehpad augmente gravement. Le bon sens invite alors à tester massivement les gens, même asymptomatiques, parmi le personnel et les résidents des Ehpad. Ainsi, on arrivera sans doute à enrayer la propagation de l’épidémie là où les gens sont très fragiles. J’ai pourtant dû batailler deux semaines avec l’administration de la santé : on m’indiquait que les tests ne devaient être réalisés que pour les gens présentant des symptômes. Je me suis battue contre cette doctrine déconnectée du réel. En fin de compte, nous avons obtenu que tous les Ehpad franciliens testent aussi les asymptomatiques, ce qui nous a permis de stopper la propagation galopante du virus dans ces résidences. 

En sortant du premier confinement, j’ai en tête que réussir « l’après » passe par des masques, des tests, des gestes barrières et par l’accompagnement de ceux qui vont se retrouver en quarantaine parce qu’ils sont positifs. La seule réponse que j’obtiens du gouvernement, c’est : « N’ouvrez pas les parcs et les jardins ». Avec les services de la Ville, nous décidons de prendre les devants en proposant d’organiser des barnums pour se faire tester en utilisant, notamment, Paris Plage. Tout le monde sait que si quelqu’un est positif, il va plus facilement se mettre à l’isolement et protéger les siens. Mon intuition est qu’il faut tester massivement. C’est aussi une manière de responsabiliser les citoyens. 

L’été dernier, c’était le moment d’être plus offensif dans la culture du test. Mais le gouvernement invente un truc génial : le test sous prescription médicale ! Ce qui crée un engorgement inutile chez tous les médecins. Quant aux tests antigéniques, les pharmaciens nous disent qu’ils sont partants pour tester les Parisiens si on les autorise à installer des tentes devant leur pharmacie. Pour aller plus vite, j’écris donc à toutes les pharmacies en leur disant qu’ils ont une autorisation a priori ! A partir de ce moment-là, alors que Paris faisait partie des zones les plus fortes de diffusion du virus, la ville passe en dessous de la moyenne nationale. Cela a été un élément clé pour réduire le nombre de contaminations. 

A quoi attribuez-vous l’impréparation du gouvernement dont vous parlez ? A la lourdeur administrative, à un amateurisme du pouvoir ?

Je l’attribue à une bureaucratie déconnectée du monde réel, qui considère qu’elle est là pour imposer de la norme et vérifier qu’elle est bien appliquée. Alors qu’on a besoin d’agilité. Quant au pouvoir, de mon point de vue, il n’endosse pas son rôle de politique. C’est quoi, la valeur ajoutée du politique ? C’est, avec son expérience, son vécu, son expertise, de juger que telle idée ou telle proposition correspond ou non au monde réel. Pour cela, il faut sans cesse questionner les processus. C’est ce qu’attendent de nous les Français. Or le gouvernement ne l’a pas fait. La vision bureaucratique l’a emporté ; ce qui a conduit aux catastrophes que l’on connaît. 

Qu’est-ce qui n’a pas été vu, selon vous ? 

Les ARS ne sont pas adaptées à la gestion de la crise sanitaire où le nerf de la guerre, c’est l’exécution, donc la logistique. Elles ont été inventées pour réduire les dépenses du système de santé et ne disposent donc d’aucune compétence opérationnelle. Nous sommes tout de même nombreux à avoir alerté que faire reposer la gestion de la crise sur les seules ARS étaient vouées à l’échec. Le Sénat l’a pointé dans un rapport. Quant à la vaccination, c’est de la logistique de haut vol qui aurait dû être confiée, dès le départ, aux préfets, qui seraient spontanément allés voir les maires qui, eux, disposent des moyens humains et matériels et savent anticiper.

Est-ce que vous pensez que cette situation a aggravé la défiance entre les Français et les politiques ? 

Oui, ces ratés ont abîmé la relation de confiance entre les Français et le pouvoir central. Dès lors, il est nécessaire de reconstruire la démocratie. A mes yeux, cela passe par de l’information, par de la transparence et par l’implication des citoyens. 

La défiance vient aussi de l’enchaînement des états d’urgence. A chaque fois, on force les Français à abandonner une part de liberté, individuelle et collective. Cette dérive m’inquiète de plus en plus. Si la conséquence de la défiance est la hausse des violences et la protestation, auxquelles l’État répond par un cran supplémentaire dans l’état d’urgence, alors il n’y a pas d’issue. Il faut sortir de ce cercle infernal qui s’éloigne à grands pas de notre modèle républicain. 

Vous évoquez l’implication des citoyens. Les collectifs de Français tirés au sort vous semblent-ils pertinents pour répondre à cette crise de la démocratie ? Ou est-ce de l’ordre du gadget ? 

L’implication des citoyens dans l’action publique, c’est le moteur d’une démocratie qui se réinvente. C’est ce que nous faisons, avec mon équipe, à la mairie, sur toutes les grandes décisions en matière de logement, de santé ou plus récemment sur la pandémie. A chaque fois,  les propositions du panel de citoyens nous éclairent, elles sont débattues et traduites en décisions concrètes entérinées par un vote. La convention sur le climat qui a eu lieu en France a constitué un temps fort pour ce nouveau type d’approche. Je souscris à cette démarche qui permet de connaître et de partager les interrogations des citoyens, plutôt que d’opter pour une gouvernance par les sondages. Cette façon de faire ne se substitue pas à la démocratie représentative, mais enrichit en continu le travail des élus. Il y a mille et une façons de sortir de la crise démocratique. Mais toutes passent par une implication plus grande des citoyens.

C’est dur d’avoir 20 ans en plein Covid. Craignez-vous une génération déprimée, voire sacrifiée ? 

Je refuse l’idée degénération sacrifiée. La jeunesse n’est pas passive, elle demande qu’on lui fasse confiance et qu’on lui donne les moyens d’agir. Voilà pourquoi je veux créer, au cœur de Paris, un lieu dédié à l’engagement des 16-25 ans, dans la mairie du 1er arrondissement. Ce sera un lieu où la Ville proposera à tous les jeunes notamment des missions de service civique, pour créer du lien social, être utile à la collectivité et acquérir de l’expérience. Ils pourront aussi y rencontrer des acteurs privés offrant des stages. Aucun jeune ne doit rester sans une proposition lui permettant d’avancer sur le chemin de l’autonomie.

« Le PS s’est replié sur lui-même », observe Anne Hidalgo. L’ancienne secrétaire nationale a toujours sa carte du parti, mais ne s’implique pas dans sa vie interne. Ici, lors de l’Université d’été du PS à Blois, en août 2020. AFP

Nous souhaiterions évoquer un autre malade : le Parti socialiste. Pensez-vous, comme Valérie Rabault, la présidente du groupe PS à l’Assemblée, qu’il est « rabougri » ?

Le paysage politique a été bouleversé par l’élection présidentielle de 2017. Le PS, traversé par des divisions anciennes et les difficultés du dernier quinquennat, s’est replié sur lui-même. Je suis d’accord avec Valérie Rabault. J’ai été longtemps secrétaire nationale du PS, j’en ai toujours la carte, mais je n’ai jamais eu trop le goût pour le fonctionnement des partis. Mon terrain politique, c’est Paris, qui permet de penser et d’agir, de prouver qu’on peut entreprendre différemment, par exemple en matière de transformation écologique. L’ancien maire de Lisbonne, aujourd’hui Premier ministre portugais, António Costa, m’a toujours dit que la reconquête vient des territoires, des élections locales, et que la victoire passe par là. 

Mais le Parti socialiste, c’est aussi des militants mobilisés partout en France, sous l’impulsion renouvelée d’Olivier Faure, des élus locaux enracinés qui font un super boulot, comme Carole Delga en Occitanie et tant d’autres maires, présidents de conseils départementaux. Je me dis que ces valeurs continuent à être portées. Il faut donner plus de force à ce mouvement. Pour moi, la social-démocratie et l’écologie sont les solutions de demain. Elles vont de pair. Je ne crois pas une seconde que la social-démocratie soit morte. L’idée que, dans une société, la santé, l’éducation et l’emploi sont les piliers sur lesquels on construit la confiance est fondamentale pour moi. 

Je suis convaincue que la crise actuelle accélère la faillite du système néolibéral et individualiste. On a réalisé qu’on ne pouvait pas s’en sortir tout seuls et qu’on était dépendants les uns des autres. Ce qui pouvait paraître utopique il y a encore quelques mois ne l’est plus. Le temps est venu d’une réflexion sur la place de chacun, sur l’utilité sociale du travail, sur une économie au service du bien-être des personnes et, donc, de l’écologie. Nos indicateurs économiques doivent évoluer et intégrer la dette écologique dans la création de valeur. Par exemple, aujourd’hui, quand vous construisez une voiture, vous produisez de la valeur du point de vue du PIB. Si vous produisez un vélo en substitution de ce véhicule, vous produisez moins de valeur. Mais si vous intégrez la dette écologique de la voiture par rapport à celle du vélo, ça change tout. Voilà le type de réflexion qu’il nous faut engager.

A vous entendre, on se dit que se dessine devant nous une candidate à la présidentielle avec un programme, une méthode…

Je suis convaincue que, face à Emmanuel Macron, il existe une autre voie. Mais il faut travailler collectivement à construire une nouvelle offre politique : social-démocrate, écologiste, progressiste et républicaine. Il serait salutaire de ne pas rentrer dans l’exercice de 2022 en considérant que le jeu de 2017 va se rejouer de la même manière. Je n’y crois pas. 2022 ne sera pas un copier-coller de 2017.  Cette nouvelle offre politique doit être portée collectivement. Ensuite, à titre individuel, je prendrai ma part.  

Vous ne dites plus non, vous ne dites plus : « Ça ne m’intéresse pas »

Je m’inscris dans cette démarche collective et large. 

Mais à quelle place ? 

A la place qui est la mienne. Je donne des idées, j’essaie de donner de l’énergie et d’être utile pour le pays. Je veux aussi montrer qu’à l’échelon local, en conduisant des politiques publiques volontaristes, on peut agir utilement. Tous les cinq ans, dans une forme d’hystérie collective, notre pays se met en quête de choisir l’homme providentiel. Il faut en sortir. Certes, à un moment, il faut de l’incarnation. Mais il faut avant tout un projet collectif, une vision partagée. Et montrer qu’un autre chemin politique est possible, non pas dans la division et l’opposition des Français, mais dans la reconnaissance des talents de chacun, dans la sauvegarde des libertés, dans l’idée qu’il n’y a pas qu’un seul modèle de réussite.  

Anne Hidalgo souhaite prendre sa part à un travail collectif pour construire une « nouvelle offre politique ». En juillet 2020, une vingtaine de maires socialistes et écologistes se sont rassemblés à Tours, pour créer un nouveau réseau d’alliance des villes « pour le climat et la justice sociale ». AFP

Quel est le but de la plateforme d’idées « Idées en commun », qui a été lancée par vos proches ?

Construire ce projet et ce chemin, et les mettre en débat public.

Est-ce que cette autre voie que vous appelez de vos vœux se détermine via des primaires ? 

Il faut sortir de l’idée qu’aujourd’hui, les partis politiques décident encore de tout. Ils seront parties prenantes de la décision et de l’organisation de la campagne, mais je ne les vois pas être aux avant-postes. Je trouve plus intéressants les collectifs de citoyens qui se montent : ils peuvent créer du partage d’idées, de l’envie, quelque chose de commun. C’est un modèle à inventer.

Encore faut-il parvenir à rassembler la gauche ! Jean-Luc Mélenchon est déjà candidat pour La France insoumise, tandis que les écologistes organisent leur propre primaire…

Il est sain que les partis aient leur propre processus. Ensuite, le collectif se construira, je n’ai pas d’inquiétude.

Est-ce que ce collectif pourrait intégrer d’autres élus républicains, y compris de droite ? Arnaud Montebourg fait, par exemple, l’éloge de Xavier Bertrand…

Idées en commun, c’est une plateforme d’échange. Ce sera le lieu pour faire émerger des propositions, des solutions innovantes pour sortir notre pays de la crise qu’il connaît. Ces idées doivent être débattues avec le plus grand nombre et portées en discussion. Il faut d’abord partager un diagnostic, que ce soit, par exemple, sur les enjeux climatiques, sur la transition énergétique ou encore sur la réindustrialisation du pays qui est, à mes yeux, une priorité. Il faut ensuite travailler sur les perspectives que l’on offre à la jeunesse qui ne croit plus en son avenir. Évidemment, il faut aussi reposer la question de la place du service public et de son rôle au lendemain de la crise sanitaire, tout comme celui de notre modèle de santé si éprouvé. Il faut encore trouver des voies pour rendre beaucoup plus concrète la promesse républicaine, trop souvent malmenée. Enfin, il faut trouver les voies d’un profond renouveau démocratique. Voilà des pistes de travail. Il y en a d’autres. Chacun doit pouvoir contribuer, s’impliquer et participer au débat public.

Bien sûr, les élus locaux, de toutes sensibilités politiques, qui ont tenu le pays à bout de bras depuis quatre ans, qui ont continué à investir pour préparer l’avenir et qui se sont mobilisés sans compter pour être aux côtés de leurs concitoyens depuis le début de la crise sanitaire auront toute leur place. Il y a là une formidable énergie, une source d’inspiration très novatrice. 

Comment travailler avec les écologistes au plan national ? Vous-même, par exemple, avez des relations compliquées avec eux… 

A Paris, nous travaillons très bien ensemble. Mes adjoints font un super boulot. Quand nous ne sommes pas d’accord, nous nous le disons avec franchise et respect. Cela fait vingt ans que nous sommes en responsabilité, vingt ans que nous formons une majorité, avec ses composantes diverses et, en vingt ans ensemble, nous avons profondément transformé Paris.

Mais ces désaccords ne portent pas sur des questions mineures ! Vous avez expliqué que les écologistes avaient « un sujet » avec la République. N’est-ce pas une différence suffisante pour empêcher tout travail en commun ?

Après mes propos, je ne m’attendais pas à une telle polémique. Quand il y a eu cet incident public lors d’une discussion pour dédier un lieu parisien à Samuel Paty [le professeur assassiné, le 16 octobre 2020, par un terroriste islamiste, NDLR], ce qui m’a choqué, c’était le propos consistant à dire qu’il ne fallait pas prendre de décision « sous le coup de l’émotion ». Alors oui, j’ai dit ce que j’avais à dire et je continuerai à le faire. C’est en discutant qu’on arrive à avancer. Avoir des désaccords ne signifie pas ne pas pouvoir travailler ensemble. Dans une majorité, il est indispensable de pouvoir échanger et dire ce que l’on pense.

Vous avez un ami inattendu… Nicolas Sarkozy. Comment qualifiez-vous les liens entre vous ? 

Du respect et de l’amitié. Aucun de nous ne partage les idées de l’autre. On en plaisante, et on apprécie de discuter ensemble. Qu’on le veuille ou non, il a un parcours hors norme ; il s’est battu pour ses idées. Il s’est d’ailleurs lui aussi heurté à une noblesse d’Etat qui considérait que le politique devait avoir une place secondaire dans la décision, derrière la bureaucratie. Nicolas Sarkozy aime la politique dans la capacité à transformer les choses. C’est une vision que je partage avec lui.  

Est-ce qu’en 2022, la France serait prête à élire une présidente ?

Ce sera aux Français de le dire. Mais oui, je pense que les Françaises et les Français sont désormais prêts à élire une présidente. Enfin, ça dépend de laquelle ! Je pense que les femmes montrent, partout où elles exercent le pouvoir, une autre méthode, une autre manière de diriger. Ce n’est pas lié à la biologie, mais aux expériences de la vie. Elles sont riches de cela, elles ont souvent connu beaucoup d’étapes difficiles pour y arriver. J’en sais quelque chose.

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