François Hollande

François Hollande. FRANCE 2/AFP.


Les hommes politiques, dans un contexte de crise économique et sociale majeure, tentent toujours de faire illusion, mais ils n’ont guère de prise sur le cours des choses. Des forces plus puissantes qu’eux-mêmes sont à l’oeuvre, promesses et incantations n’y changeront rien ! La France n’échappe pas à la règle.
François Hollande est dangereusement affaibli. Il semble avoir du temps devant lui, mais la dégringolade dans les sondages s’accélère : 68 % des personnes interrogées se déclarent mécontentes de leur Président, si l’on en croit un sondage Ifop publié le 24 mars par Le Journal du Dimanche, et il n’y aurait que 31% de satisfaits… Un record après 10 mois seulement à l’Élysée !… La poursuite de la montée inexorable du chômage, l’absence de marges de manoeuvre financières, la discipline imposée par Bruxelles et les partenaires européens, les tiraillements au sein même de la majorité et du peuple de gauche, la mobilisation qui ne faiblit pas, dans la rue, contre le mariage gay décrédibilisent largement les efforts de François Hollande pour apparaître comme le capitaine fédérant son équipage et gardant le cap dans la tempête.
L’intervention du président de la République le 28 mars sur France 2 face à David Pujadas n’aura rien apporté de nouveau. Des mots sur des maux… Le contenu de la boîte à outils était déjà connu, le choc de simplification est annoncé dans l’organisation et les procédures administratives, mais il reste à faire dans le domaine de la com’.
François Hollande a eu le courage de se placer en première ligne, utilisant le « je » et oubliant au passage son chef de gouvernement, Jean-Marc Ayrault. Ce faisant, il s’expose à la brutalité des statistiques économiques, aux humeurs de l’opinion, et aux audaces convenues des journalistes, prompts à vouer aux gémonies ce qu’ils ont adoré.
Ce n’est pas la première fois que François Hollande prend des risques. Cela peut lui coûter cher sans forcément lui rapporter gros. Il a récemment effectué un voyage dans la France profonde, en Bourgogne, au contact de la population, et le comportement à l’endroit du chef de l’État est apparu souvent familier, voire irrévérencieux ; il persiste à choisir la voie parlementaire pour faire aboutir son projet de « mariage pour tous » qui divise les Français alors que de vraies priorités nécessiteraient l’union nationale et la mobilisation de tous ; il a exposé le jeudi 28 mars une série de mesures assez peu lisibles pour le grand public, sans véritablement être en mesure de faire renaître une confiance qui, d’ailleurs, on le sait, ne se décrète pas ; il est accusé par certains de « faire des cadeaux aux patrons » alors que les employeurs, pour leur part, se plaignent d’avoir été matraqués avant d’être cajolés ; les effets d’annonce (taxation à 75 % des hauts revenus à la charge des entreprises et non à celle des personnes physiques, remise en cause des allocations familiales pour les ménages les plus aisés…) sont de peu de portée sur les plans psychologique et politique.
Même si la durée du mandat présidentiel est passée de sept à cinq ans, les choses vont de plus en plus vite en démocratie. Il ne serait de l’intérêt de personne que des impatiences deviennent énervements et que des doutes se fassent jour sur la légitimité de nos institutions et leur aptitude à affronter la crise.

Fabrice Le Quintrec
Article paru dans le numéro 462
du mercredi 3 avril 2013

Partager :