Nathalie Andrieux

Nathalie Andrieux, directrice générale adjointe en charge du numérique. PHOTO DR


Le groupe La Poste s’engage dans le développement du numérique. Dans chacune de ses activités, La Poste innove pour que le numérique soit au service de ses clients, particuliers ou professionnels. Nathalie Andrieux, directrice générale adjointe en charge du numérique, s’en explique dans l’Hémicycle.

Entreprendre dans le numérique reste encore associé à l’idée de start-up ?C’est votre avis ?
C’est vrai que pour beaucoup de Français, le numérique rime avec start-up. Les entrepreneurs du digital ont souvent un parcours admirable. Ils sont partis de rien ou presque et ils ont construit, parfois au fond d’un garage ou d’un studio, Apple, Facebook, Twitter, Viber, ou Criteo. Et il faut des qualités exceptionnelles pour réussir en ne partant que d’une bonne idée. La recette implique de la volonté, un engagement non-stop, du travail 24h/24, la capacité à oser et à prendre de véritables risques, notamment financiers. Réussir à construire, à créer quelque chose de totalement nouveau, c’est une gageure incroyable.Mais entreprendre dans le numérique, ce n’est pas que dans les start-up…
C’est-à-dire que le numérique est aussi un défi pour le groupe La Poste ?
Si entreprendre est légitimement associé à cette vision de start-up, cette association ne doit pas être « exclusive ». Oui, entreprendre dans le numérique peut signifier créer une start-up. Mais entreprendre n’est pas que cela. La Poste ne fait pas exception et s’est engagée dans cette révolution du numérique, qui offre de formidables opportunités à notre groupe, et dans chacune de nos activités. Les mots La Poste / numérique / entrepreneuriat peuvent même parfois sembler antinomiques à certains. Et pourtant. Le numérique fait désormais partie de notre culture. Nos quatre métiers historiques sont totalement revisités pour intégrer ces nouvelles technologies. Pour le courrier : nous avons attaqué de nouveaux marchés sur le marketing online et nous avons désormais une capacité à proposer à nos clients le meilleur du papier et du numérique. Le courrier physique existe encore, mais il s’accompagne aussi d’offres digitales et d’offres hybrides. Il en est de même pour le colis : le e-commerce a pris le pas et il a représenté 80%des volumes transportés par notre groupe en 2012. Il constitue désormais le coeur de marché. 86 % des Français reçoivent des colis avec en moyenne 15 colis par an. Ce défi du numérique impacte aussi nos activités de bancassurance : cela impose de repenser la relation de confiance entre une banque et ses clients, compte tenu de l’apparition des banques en ligne ou des nouveaux intermédiaires financiers, qui ne sont d’ailleurs pas toujours des banques. Demain nous serons aussi confrontés aux paiements sécurisés par mobile. Nous sommes bien sûr en phase avec les attentes de notre clientèle, qui aura toujours besoin de proximité grâce au conseiller, mais qui consultera de plus en plus ses comptes par Internet ou achètera en ligne. Et enfin pour l’enseigne, c’est-à-dire notre réseau de 17 000 points de contact, pour lesquels il s’agit aussi de revoir complètement la notion de réseau de proximité. Nous devons penser la relation client en mode multicanal, c’est-à-dire en conjuguant le meilleur des deux réseaux, physique et numérique. Nous avons enfin l’opportunité de nouveaux territoires de développement comme celui de la confiance numérique avec des offres clés comme Digiposte ou l’identité numérique.
Les collaborateurs de La Poste sont-ils impliqués dans cette évolution ?
Il est clair que cette profonde transformation ne pourra pas se faire sans la mobilisation des postiers. C’est pourquoi nous accordons beaucoup d’importance au partage du sens et à la dynamique interne. Une dynamique portée au plus haut niveau de l’entreprise par notre président, qui a positionné la direction du numérique au niveau de nos directions d’activités (courrier, colis, banque et réseau). Notre monde change. Internet est facteur d’accélération et redonne une place importante à la confiance et à la proximité. Et la confiance et la proximité sont au coeur de notre ADN d’entreprise.
Entreprendre dans le numérique à La Poste, c’est aussi favoriser le développement des start-up ?
Entreprendre dans le numérique à La Poste c’est aussi être en lien et soutenir des entreprises et start-up innovantes sur l’ensemble du territoire. Le groupe La Poste s’est engagé depuis plus de 15 ans dans le soutien au développement des PME et start-up innovantes. Pour accélérer le rythme de ses développements et mieux coller aux évolutions technologiques (particulièrement fortes et fréquentes dans le domaine du numérique), La Poste et ses filiales initient des collaborations avec des acteurs externes comme des collectivités, des universités, des entreprises. Cette démarche permet de s’appuyer sur des compétences spécifiques, et de mieux comprendre les changements externes pour s’y adapter. Les entreprises innovantes présentent un potentiel important, car elles proposent des solutions concrètes en réponse à des problématiques précises. Créée en 2003 à l’initiative de La Poste, initialement sous la forme d’une société de capital-risque (SCR) avec notamment Alten, Neopost, CDC Entreprises, Allianz, CNP Assurances… XAnge Capital a été suivie fin 2011 du Fonds XAnge Capital 2 dédié aux innovations numériques des partenariats. Le groupe La Poste construit également des partenariats structurants avec les grands fédérateurs d’écosystèmes innovants associant grands groupes, PME et investisseurs : l’IEclub, Cap Digital, Paris Region Lab, la Fing…
Avez-vous en tête quelques exemples très innovants en matière numérique ?
C’est le cas pour la détection et la réponse aux appels à projets publiés par des entreprises ou des acteurs publics. Par exemple, La Poste et Connecthings (PME innovante) dans le cadre de l’appel à projets lancé par la Mairie de Paris sur le mobilier urbain connecté. Le prototype de boîte aux lettres de rue greffé d’un tag NFC et d’un tag 2D permet à tout possesseur de smartphone d’accéder à des services et des informations en ligne, relatifs à La Poste et à la collectivité. Je peux aussi citer un autre exemple, celui de notre Lab Postal. Il s’agit d’un programme de détection des PME innovantes susceptibles de prototyper un service en partenariat avec le groupe La Poste. Depuis 2009, La quinzaine d’entreprises retenue bénéficie d’une large visibilité au sein du groupe La Poste et à l’extérieur (auprès des adhérents de Cap Digital notamment), et d’un financement pour co-construire le prototype avec notre groupe. Les entreprises retenues ont aussi des opportunités business à travers les rencontres établies lors de l’événement annuel. 70 PME ont été valorisées en quatre ans, dont une partie témoigne sur www.labpostal.fr.
Enfin un dernier mot sur «entreprendre» et «numérique» à La Poste?
Vous l’aurez compris La Poste et le numérique c’est une évidence et c’est pourquoi en interne nous avons aussi besoin de véritables entrepreneurs dans nos grandes maisons. Nous comptons au quotidien sur ces talents, ces jeunes, ces innovateurs prêts à s’engager dans ces grands chantiers. Et La Poste sera toujours une entreprise formidable pour le faire.

Propos recueillis par Joël Genard
Article paru dans le numéro 466
du mercredi 19 juin 2013

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