Arnaud Robinet, députés de la Marne.

Arnaud Robinet, députés de la Marne.


Présenté le 18 septembre en Conseil des ministres et examiné dès le 7 octobre, le projet de loi ne fait pas l’unanimité à gauche. L’augmentation de la durée des cotisations et son impact sur la jeunesse sont au centre des crispations.
Présenté comme l’une des réformes phare du quinquennat et « à l’avant-garde du progrès social », le texte sur les retraites échauffe déjà les esprits. Sans surprise, les élus communistes sont vent debout. Que l’effort soit supporté par les salariés passe mal. L’annonce faite par le gouvernement d’une compensation aux entreprises de la hausse des cotisations patronales leur est aussi insupportable. « Ce cadeau est énorme et inaccep table », lâche la députée communiste Jacqueline Fraysse, qui a posé une question au gouvernement dans ce sens, la semaine dernière. Le texte est « une forme d’insulte à la jeunesse », a surenchéri le président du groupe du Front de gauche, André Chassaigne. Le groupe CRC, qui souhaite rester dans une attitude constructive, va déposer une proposition de loi présentant de nouvelles pistes de financement, comme l’imposition des revenus des placements financiers des entreprises. Elles sont sur la table de la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, qui n’y a pas donné suite pour le moment. « Ce silence m’inquiète », déplore Jacqueline Fraysse. Ces propositions trouvent néanmoins un bon écho auprès de certains députés socialistes et écologistes. Dans la majorité parlementaire, le texte suscite de nombreuses interrogations. Difficile pour l’heure de déterminer le nombre d’élus socialistes qui voteront contre, le scénario de rupture restant peu vraisemblable. « Il n’y a pas de casus belli majeur », confirme le porte-parole du groupe PS Thierry Mandon. Pour autant, les tenants de l’aile gauche commencent à faire entendre leurs nuances, voire leurs discordances majeures. Le courant Maintenant la gauche, qui est descendu dans la rue aux côtés des syndicats le 10 septembre, ne digère pas la mesure prévoyant l’allongement de la durée de cotisation. L’une des stars du courant, Jérôme Guedj, qui avait appelé avant l’été à reporter la réforme, souhaite amender cette nouvelle disposition. De son côté, les représentants du courant hamoniste Un Monde d’Avance saluent les avancées, mais espèrent pouvoir aussi sensiblement améliorer le texte. La question des jeunes, des femmes, du cadre de la pénibilité et du principe de réversibilité sont au centre de leurs préoccupations. « Va-t-on pouvoir aller vers plus de justice ? » s’interroge la députée Barbara Romagnan (Doubs), qui ne votera pas ce texte s’il reste en l’état, à l’instar de ses collègues. Du côté des députés de la gauche populaire, la réforme est jugée a minima. « Le gouvernement est resté habile et prudent », observe le député d’Indre-et-Loire Laurent Baumel, cofondateur du club, qui s’interroge aussi sur la posture globale du gouvernement en direction des ménages et de leur pouvoir d’achat. « Ils sont mis une fois de plus à contribution », poursuit l’élu. « Courroucés », les 30 élus rattachés à ce club ne porteront pas le fer pour autant. Ils préfèrent se réserver sur le projet de loi de finances. À droite, bien évidemment, les argumentaires sont déjà préparés. Sévèrement attaquée par le PS en 2010, au moment de la réforme dite Woerth, l’UMP entend bien inverser les rôles, en pointant du doigt les incohérences de la majorité sur les propos tenus il y a trois ans et aujourd’hui. Désigné comme le chef de file sur ce texte, le député UMP Arnaud Robinet préfère parler de mesures fiscales cachées que d’une véritable réforme. « Les nouveaux droits sont justifiés, mais l’objectif fondamental demeure le rétablissement de l’équilibre financier et il n’est pas tenu », argue l’élu de la Marne, qui appelle à une augmentation de l’âge légal dans le temps et à une plus grande équité entre le système public et privé. Et de conclure : « Si on note le texte, c’est zéro d’un point de vue de l’intérêt général et 18 sur 20 en termes d’habileté politicienne. » À voir.

Un homme de dialogue à la manœuvre

Michel Issindou, député PS de l'Isère.

Michel Issindou, député PS de l'Isère.


Expert reconnu du dossier, le député fabiusien Michel Issindou est le rapporteur du projet de loi de la réforme des retraites.
De Didier Migaud, son ancien patron à l’agglomération de Grenoble, Michel Issindou espère avoir appris son sens de l’écoute. « Je vais en avoir bien besoin », dit-il d’un sourire. Nommé rapporteur, le député socialiste de l’Isère a, en effet, la charge délicate de piloter le projet de loi sur les retraites. Un texte qui ne fait pas du tout l’unanimité dans les rangs socialistes et encore moins à droite – bien sûr – déjà animée, selon Michel Issindou, par « un esprit revanchard ». Pour mener à bien sa tâche, l’élu fabiusien peut se reposer sur son profil de technicien de longue date. Au moment de la réforme portée par la droite en 2010, il était en première ligne avec ses pairs socialistes Marisol Touraine et Jean Mallot (qui, lui, n’a pas été réélu en 2012). Il est l’un des rares rescapés de cette époque. Membre du Conseil d’orientation des retraites, du Fonds de réserve pour les retraites et du Fonds solidarité vieillesse, Michel Issindou a manifesté son intérêt pour le sujet dès la victoire de la gauche. « J’ai tout de suite dit que je passais volontiers mon tour pour porter d’autres textes », confirme-t-il. Dès la mimai, il a monté un groupe de travail, auquel Gérard Sebaoun (Val d’Oise), Fanélie Carrey-Conte (Paris), Christophe Sirugue (Saôneet- Loire), Linda Gourjade (Tarn) et Jean-Patrick Gille (Indre-et-Loire) se sont montrés les plus assidus. Sur la philosophie générale, le député reprend le message martelé par le gouvernement. « C’est une réforme équilibrée et juste », affirmet- il. Est-elle a minima ? « On n’a pas besoin de provoquer sang et larmes si les deux objectifs de pérennité du système et de justice sont respectés », réplique-t-il. À la critique portée par l’UMP sur le non-alignement du régime public sur celui du privé, l’ancien haut fonctionnaire répond encore: « Attention aux lobbys et aux fantasmes. La réforme de 2008 a rapproché les deux systèmes. » Sur la méthode, l’élu isérois applaudit aussi des deux mains. Avec Estelle Denize et Gabriel Attal, les conseillers de la ministre des Affaires sociales et de la Santé, les relations ont été fluides. Même chose à Matignon, avec les conseillers sociaux du Premier ministre Christophe Devys et Jean-Philippe Vinquant. « Depuis un an, on travaille », certifie Michel Issindou. Avec le démarrage des séances en commission le 30 septembre et l’examen du texte à partir du 7 octobre, la réforme entre dans sa phase décisive et complexe. Michel Issindou sait que l’allongement de la durée des années de cotisation et l’impact de la réforme sur les jeunes passent mal dans une partie de l’aile gauche. Sur la pénibilité, il estime aussi nécessaire de clarifier les conditions permettant l’obtention de ce compte. Quelles que soient les modifications apportées par les parlementaires, Michel Issindou reste convaincu : « Il n’y aura aucune modification dans les grands équilibres. »

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