(photo : J. Demarthon / AFP)

(photo : J. Demarthon / AFP)


Ferme mais pas autoritaire, le président du groupe socialiste, républicain et citoyen (SRC) à l’Assemblée nationale est apprécié par toutes ses ouailles, même les plus contestataires. Mais à force de vouloir jouer les arbitres, il peut apparaître isolé.
« On aurait dit une séance de team-building avant les municipales », note un député PS. Le 11 mars, alors que la session parlementaire était déjà suspendue, le président du groupe PS à l’Assemblée, Bruno Le Roux, a maintenu la réunion des députés. L’accueil a même été soigné : le rendez-vous hebdomadaire était suivi d’un buffet organisé à la questure. Quinze jours avant, Bruno Le Roux avait aussi distribué aux parlementaires un livret et un document plastifié résumant les dix-huit mois le bilan du gouvernement.
Depuis 2012, le patron des députés ne ménage pas ses efforts pour mobiliser ses troupes et soutenir l’action du gouvernement. Avec une popularité de l’exécutif qui touche le plancher et un groupe à la sociologie très diverse, sa tâche est pourtant loin d’être aisée. Ses ouailles, toutes obédiences confondues, sont les premières à reconnaître ses talents d’arbitre.
« Ressemblant à une holding qui réunit de très nombreuses TPE, le groupe est difficile à faire fonctionner », note le président PS de la commission des lois Jean-Jacques Urvoas. « Faire le syncrétisme entre l’ancienne garde impériale de la reconquête, les élus locaux repliés sur leur circonscription et la nouvelle génération, prête à travailler –parce que non-cumularde–, le tout sur fond d’individualisme grandissant. Cela n’a rien d’évident », surenchérit Yann Galut (Cher), cofondateur de la gauche forte.
Pour fédérer toutes les énergies même les plus variées, le successeur de Jean-Marc Ayrault s’efforce à donner sa place à chacun, quel que soit le degré d’ancienneté. Aux sensibilités de courant, il préfère privilégier les compétences et l’envie de travailler. Un travail d’orfèvre reconnu et apprécié. « Les anciens ne sont pas martyrisés et les jeunes ont su trouver leur place », témoigne Thomas Thévenoud (Saône-et-Loire), élu en 2012 et qui, honneur suprême, a pu poser trois questions au gouvernement. Malek Boutih (Essonne) de souligner néanmoins : «  Dans son art de la synthèse, Bruno Le Roux est très hollandais. Mais en ne privilégiant aucun clan, il peut apparaître seul. Ce qui ne l’aide pas, quand il faut peser sur le gouvernement. »
Face aux récalcitrants, il a, en tout cas, su trouver son ton. A la main de fer de Pierre Joxe, président du groupe PS en 1981, l’ancien maire d’Epinay oppose un style tout en rondeur. « Il n’est ni caporal, ni diviseur », constate Jean-Jacques Urvoas. « C’est un chef de troupeau qui sait toujours garder le sourire, même si quelques-unes de ses brebis s’égarent », estime le député Michel Issindou (Isère).
Même les tenants de l’aile gauche, qui lui reprochent son côté « petit doigt sur la couture du pantalon », finissent par y trouver leur compte. « Il évite les brisures trop profondes et les humiliations », confie Malek Boutih, qui n’a essuyé aucune sanction, après avoir traité « Jean-Marc Ayrault de « poids mort de la gauche ». Laurent Baumel, le chef de file de la gauche populaire, qui, a mis la pression sur le gouvernement à l’automne, reconnaît l’attitude respectueuse de Bruno Le Roux.  « S’il soutient sans état d’âme le président de la République et le gouvernement, il n’est pas autocrate. Assez ferme sur le fond, il n’est pas arrogant sur la forme et ne cherche pas à couper les protestataires du groupe. Si ces derniers ne contaminent pas les autres, il les laisse dans leur rôle de voix critiques. »
Plutôt que de faire taire les trublions, Bruno Le Roux passe plus de temps, en effet, à faciliter le travail de ceux qui veulent s’investir. Au quotidien, ses collaborateurs s’emploient à abreuver les élus de notes, d’argumentaires et de SMS, parfois avec excès. « Le jour de la conférence de presse du Président, nous recevions des SMS d’explication toutes les minutes », tacle Laurent Baumel. Ce proche de François Hollande essaie aussi de fluidifier les rapports avec l’exécutif. Là, il a du pain sur la planche. « Pour avoir un rendez-vous dans les cabinets ministériels, c’était très difficile la première année », relève Yann Galut. L’élu a apprécié que Bruno Le Roux lui ouvre les portes de Matignon pour présenter son travail sur la lutte contre l’escroquerie à la TVA.
Dans les mois qui viennent, faire passer le pacte de responsabilité mobilisera bien évidemment toute l’énergie du patron du groupe. Pour aborder cette nouvelle phase qui s’annonce délicate, Thomas Thévenoud lui suggère la mise en place autour de lui d’une task force, qui fait défaut aujourd’hui : « Une équipe punchy serait la bienvenue, pour répondre aux critiques venant d’en face. » Et elles seront sûrement nombreuses.
« TOUS LES TEXTES ONT ÉTÉ VOTÉS, ET BIEN VOTÉS. »
(photo : P. Kovarik / AFP)

(photo : P. Kovarik / AFP)


Entretien avec Bruno Le Roux, président du groupe socialiste, républicain et citoyen (SRC) à l’Assemblée nationale
Quelle est votre plus grande satisfaction depuis 2012 ?
La majorité a toujours été en soutien du président de la République. Tous les textes ont été votés, et bien votés. Nous n’avons eu aucun accident de procédure. Quand il y a une voix discordante et isolée, cela attire toujours l’attention, et quand le travail législatif est bien fait, personne n’en parle.
Les tensions qui pouvaient exister entre les « jeunes » et les « anciens » sont-elles toujours d’actualité ?
Il n’y a pas eu de vraies tensions. Peut-être un peu de surprise de la part des plus anciens de voir les tout jeunes élus se comporter comme s’ils étaient déjà anciens. Mais le travail parlementaire s’est imposé à tous. Et tout le monde travaille en bonne intelligence au service de la mise en œuvre de nos engagements.
Comment accueillez-vous les voix discordantes à la majorité ?
Il y a une petite ritournelle que l’on entend sur chaque texte important, interprétée par une dizaine de parlementaires et qui reflète les débats internes du parti. Parfois, cela contribue à améliorer les textes que nous examinons. Parfois, c’est un peu académique. Mais les députés socialistes savent que le groupe, ce n’est pas le parti. Nos règles de fonctionnement sont différentes.
Quelle est votre définition de la discipline de groupe ? 
Depuis le début de cette mandature, je dis deux choses. La première : personne n’est obligé d’adhérer au groupe SRC. La deuxième : en adhérant à un groupe, on bénéficie de la force qu’il représente et des capacités qu’il met au service de tous. On ne peut pas avoir une appartenance en pointillé. C’est pour moi une question de morale politique vis-à-vis de soi-même, mais également de ses collègues et des électeurs. Pour le reste, je crois aux vertus du débat ! Un débat permet toujours d’améliorer un texte et de renforcer l’adhésion collective.
Quand Jean-Marc Ayrault était président de groupe, que vous a-t-il appris ?
Jean-Marc a toujours été disponible pour ses collègues, sa porte était toujours ouverte. Il dispose par ailleurs –et je sais qu’il n’a pas changé depuis qu’il est Premier ministre– d’une grande capacité d’écoute. Il laisse toujours le débat aller à son terme. J’essaie de m’inspirer de son exemple. Bien sûr, ma personnalité est différente, tout comme le contexte.
Comment moderniser le travail parlementaire ?
Nous sommes l’Assemblée qui a voté la fin du cumul de mandats et nous devons également être l’Assemblée qui prépare celle de l’après-cumul. Je souhaite des députés dotés de moyens renforcés, d’une capacité d’expertise plus forte et plus indépendante des services de l’État et exerçant pleinement les fonctions d’évaluations et de contrôle, aujourd’hui trop imparfaitement remplies. L’Assemblée devra pouvoir exercer la tutelle directe de certains organismes d’évaluation des politiques publiques.
Comment abordez-vous le pacte de responsabilité ?
Avec confiance et détermination. Le pacte de responsabilité, tel que voulu par le président de la République, est une formidable opportunité de se mobiliser pour l’emploi et l’investissement. Cette baisse du coût du travail sera encadrée de manière à ce qu’elle ne profite pas aux dividendes et à la rente. Au sein du groupe socialiste, tout le monde –je dis bien tout le monde– est convaincu de cette nécessité.
Propos recueillis par P. T
 

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