Cécile Duflot, ministre de l’Égalité des territoires et du Logement, en 2012 (DR)


Interpellations familières, « blagues » stéréotypées, remarques sur les tenues vestimentaires, les comportements machistes ont cours à l’Assemblée. En particulier lors de la séance des questions au gouvernement.

Comme partout ailleurs, l’Assemblée nationale demeure un espace de lutte de pouvoir entre les hommes et les femmes. Mais dans ce lieu de surexposition médiatique et de projection de toutes les ambitions, les tensions y sont sans doute un peu plus exacerbées, les remarques empreintes de sexisme ordinaire plus répandues. En particulier envers celles qui sont considérées comme « jeunes et enthousiastes ». Toutes les femmes députées en ont fait tôt ou tard l’expérience, même si leur travail est largement respecté. Sur le Tumblr « Et sinon, je fais de la politique », Barbara Pompili pose avec humour, avec un écriteau mentionnant la phrase prononcée souvent à son encontre : « Barbie fait de la politique ». L’ancienne ministre et députée PS Michèle Delaunay sait de son côté repérer le profil typique du macho : « un hâbleur qui dit adorer les femmes ».
C’est durant l’exercice des questions au gouvernement que les comportements des élus mâles sont les plus violents à l’égard de leurs alter ego féminins. « J’étais prévenue que cela chahutait », ironise la députée UMP Isabelle Le Callenec. Durant ce moment extrême de confrontation politique, chacun emploie ses armes. Des huées, un bon mot ou une réflexion machiste de bas étage. Pour déstabiliser leurs consœurs, les hommes ne reculent devant rien. « Quand une femme s’exprime ou descend à la tribune, on peut entendre des phrases du type “Elle est bien roulée”, “On se la ferait bien” », note la députée PS Clotilde Valter. L’épisode de « la robe à fleurs » est de ce point de vue assez emblématique. Vêtue de ce vêtement cintré et stylisé par ses motifs floraux, Cécile Duflot, alors ministre de l’Égalité des territoires et du Logement, suscite les huées en 2012. Un député de droite va jusqu’à hurler : « Vas-y défais les boutons ! » « Les quolibets n’ont rien d’anodin : Cécile Duflot vient répondre à une question sensible sur le Grand Paris. Un homme aurait été attaqué sur le fond », juge la porte-parole d’EELV Sandrine Rousseau et auteure du Manuel de survie à destination des femmes en politique (Les Petits Matins). Dans son ouvrage, l’écologiste a recensé avec justesse l’ensemble des mécanismes parfois invisibles du sexisme qui s’exprime en politique. Sa démonstration s’applique parfaitement au microcosme de l’Assemblée nationale. Interpellations familières, utilisation du prénom, colères qui ne laissent pas de place au dialogue d’égal à égale, le diable se niche dans les détails. La jeune femme pointe aussi les remarques faites sur le grain de voix des femmes. « Elles sont souvent considérées comme agaçantes. Celles des hommes jamais. Comme si la fonction de tribun ne leur était pas ouverte. D’ailleurs, la tribune, le mot décliné au féminin renvoie à un meuble. Tout est dit », souligne Sandrine Rousseau. Résultat : les femmes sont les premières à s’autocensurer dans leurs interventions ou à limiter leur temps de paroles, même dans le champ des médias. Rares sont celles qui descendent dans le chaudron médiatique des quatre colonnes. « Les femmes ne sont pas là pour faire le buzz médiatique ou ne rien dire, elles sont dans le concret et l’opérationnel », justifie Clotilde Valter.
La présidente PS de la délégation aux droits des femmes, Catherine Coutelle, voit dans la difficulté de certains à accepter la féminisation des titres la preuve d’un conservatisme tenace. « Julien Aubert, qui persiste à appeler Sandrine Mazetier Madame le Président, doit encore considérer qu’une femme vice-présidente n’est pas légitime », s’agace l’élue.
Face à ces marques de sexisme ordinaire comment réagir ? « Avec humour », insiste Michèle Delaunay. L’ex-ministre prône aussi des tenues correctes, à l’instar de Ségolène Royal, qui interdit les décolletés dans son ministère : « Si on veut être respectée dans son travail, il faut s’en donner les moyens. » Faut-il en rire ou réagir vivement ? Catherine Coutelle se montre pour sa part partagée. « À force d’avoir entendu trop de blagues sarcastiques, parfois on monte au créneau. Et il y en a un qui paye pour tous les autres », constate l’élue de la Vienne. Comme ce jour où de nombreuses députées sont arrivées en retard à la séance des questions au gouvernement, pour défendre leur consœur écologiste Véronique Massonneau. Un député UMP avait imité les caquètements de poule pendant son intervention. Une chose reste sûre : toutes restent persuadées que la lutte contre les réflexes tenaces passe par la parité. D’un point de vue arithmétique, on reste bien en deçà de l’égalité. 26,9 % des élues sont des femmes pour 40 % de candidates. Michèle Delaunay d’observer : « On n’attribue pas aux femmes des circonscriptions facilement gagnables. » La cancérologue de profession sait de quoi elle parle. En 2007, la députée a battu contre toute attente Alain Juppé. « Mais celles qui sont élues ont de sacrées personnalités », fait remarquer Isabelle Le Callenec. La situation devrait heureusement changer en 2017 : la loi sur l’égalité hommes-femmes de 2014 prévoit, en cas de non-parité, le doublement des pénalités à l’égard des partis politiques.

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