Éric Piolle (photo : Jean-Pierre Clatot)

Éric Piolle (photo : Jean-Pierre Clatot)


Entretien avec Éric Piolle, maire de Grenoble

En vue de la Cop 21, le gouvernement mobilise fortement les collectivités territoriales. Ces dernières ont-elles les moyens de répondre à ses attentes ? 
Éric Piolle : À l’échelle locale, leur mise en action est de plus en plus visible. Des dynamiques s’enclenchent avec les plans climat. Les projets de rénovation thermique du parc immobilier se multiplient. Via les bailleurs sociaux, le nombre de logements concernés par ces travaux a ainsi doublé à Grenoble. Idem pour les copropriétés privées, là aussi grâce au financement public. C’est clairement positif. Pour autant, si l’injonction du gouvernement est légitime, demeure une contradiction forte. On ne peut ignorer la baisse drastique des dotations de l’État qui frappe les collectivités territoriales : pas moins de 11 milliards d’euros par an jusqu’en 2017. Rien que pour ma ville, c’est 18 millions d’euros en moins sur un budget de fonctionnement annuel de 250 millions. C’est colossal. Les élus locaux ont beau être motivés et conscients des enjeux à venir, leur capacité d’action est largement affectée. Et celles des acteurs associatifs engagés dans cette transition énergétique aussi, dans la mesure où les collectivités locales ne peuvent plus autant les aider qu’auparavant.
Comment sortir d’une telle impasse ?
É. P. : En trouvant notamment des possibilités de tiers financement. Nous y sommes parvenus à Grenoble. Nous avons signé une convention-cadre avec la Caisse des dépôts et consignations, afin qu’elle accompagne nos investissements de transition énergétique. Ce type d’accord est une première. Il ne porte pas sur un projet spécifique, mais sur des objectifs concernant la rénovation du patrimoine public. Tout le monde y gagne. Car, outre leur intérêt environnemental évident, ces opérations assurent des créations d’emplois et une baisse programmée des dépenses de fonctionnement. Un tel cercle vertueux mériterait qu’on joue le coup à fond.
À vos yeux, ce n’est donc pas le cas…
É. P. : C’est le moins que l’on puisse dire. Le message est d’autant plus confus que le gouvernement émet des signaux contradictoires : abandon de la taxe poids lourds, plan de relance autoroutier, taxe carbone, etc. On peut toujours ironiser sur le retour du charbon en Allemagne. En attendant, leurs collectivités territoriales investissent massivement dans les énergies renouvelables et la rénovation thermique. Il faut bien comprendre une chose : c’est à l’échelle locale que les leviers d’action contre le réchauffement climatique sont les plus forts. Car, au-delà des questions d’investissement, les dimensions comportementales et culturelles sont aussi décisives. À titre d’exemple, depuis notre accession à la mairie, le nombre de déplacements à vélo a augmenté de 20 %. Enfin, j’ajouterai que les collectivités locales sont moins soumises que les gouvernements à la pression des lobbys. Nous avons pu le constater lors des dernières négociations internationales autour du climat.
Qu’attendent prioritairement les villes de la Cop 21 ?
É. P. : D’être enfin entendues par les États négociateurs. C’est le sens du combat mené par Ronan Dantec. Nos revendications sont concrètes et doivent être prises en compte lors des négociations de décembre prochain. Parmi elles, une évolution notable du cadre réglementaire des marchés publics et des modèles d’ingénierie financière est plus que souhaitable. En matière de lutte contre le réchauffement climatique, nos marges de manœuvre sont bien trop restreintes. D’ailleurs, il faudrait pouvoir séparer investissements d’usage et de transition énergétique. Qu’on limite les dépenses dans les infrastructures publiques, génératrices de frais de fonctionnement, est une chose. Mais pourquoi devrait-on procéder de la même manière concernant les investissements d’avenir ? Cela n’a rien de logique.
Lire notre enquête : COP 21 : les États sous la pression des villes

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