Par Bertrand Delais, président-directeur général de La Chaîne parlementaire – Assemblée nationale (LCP – AN)

Oui, à quoi sert une chaîne parlementaire ? Cette question, un brin provocatrice, est pourtant à poser si l’on veut pouvoir dessiner ses contours et préciser sa mission. Dans une France marquée par la montée de l’antiparlementarisme, une chaîne parlementaire doit obéir à deux missions complémentaires et distinctes.

La télévision, soft power de la démocratie représentative

Depuis plus d’un an, la valorisation et la mise en perspective du travail parlementaire sont au cœur de mon projet pour LCP. Il ne s’agit pas seulement de donner écho aux questions au Gouvernement du mardi, il y a nécessité à souligner combien l’élu est d’abord le représentant des citoyens, que le Parlement, par son travail, plonge au plus profond de la réalité sociale et politique du pays.

En cela, des émissions qui viennent souligner le travail sur le terrain des élus – à l’image de la collection Circo où un journaliste de la rédaction suit un député en circonscription – doivent permettre de relégitimer la fonction représentative.

Cette mission de relégitimation de la démocratie représentative doit être au cœur de la démarche d’une chaîne parlementaire. En effet, la tentation est grande d’en faire une chaîne politique. Mais en résumant le travail parlementaire à une seule et unique grille politique détachée de toute incarnation et de tout enracinement social, on renforce le discours antiparlementaire sur la déconnexion des élus de la réalité du pays. Soft power de la démocratie représentative, LCP a accompagné le grand débat en privilégiant un dispositif-antenne sans les ténors politiques mais avec ceux qui témoignaient de la vitalité du pays dans ce moment précis. De la même façon, nous avons organisé une émission spéciale sur la violence contre les élus, évoquant le sort, non seulement des députés, mais aussi celui des maires ou des représentants syndicaux.

Par ailleurs, nous mettons en place un dispositif d’accompagnement des questions au Gouvernement plus dynamique, plus moderne et plus jeune pour toucher un public plus large (pari en partie réussi puisque LCP devance BFMTV le mardi après-midi). Par ailleurs, des émissions comme Émois et moi ou Ça vous regarde permettent de souligner combien le travail parlementaire est l’expression de convictions d’hommes et de femmes… Des émissions et des missions qui interpellent en réalité tous les citoyens. Avec de tels rendez-vous, LCP participe à la création « d’un commun » nécessaire pour relégitimer la fonction représentative. Mais pour que cette exigence soit totalement remplie, il faut aussi que la chaîne parlementaire joue pleinement son rôle de créateur de lien social.

La télé comme créateur de lien social

Une chaîne parlementaire est d’abord un média qui remplit une mission de service public, avec l’impérieuse nécessité de créer du lien social. Dans son cahier des charges, LCP se doit non seulement de rendre compte du travail parlementaire mais aussi d’assurer et d’endosser les enjeux de la citoyenneté dans une France morcelée.

Or, la télévision a naguère rempli ce rôle et la multiplication des écrans a été concomitante à la disparition des rendez-vous collectifs qui pouvaient participer à la construction d’un vivre ensemble. Une émission comme Rembob’Ina endosse ce rôle, transformant la télévision d’hier en véritable « lieu de mémoire », selon les termes du grand historien Pierre Nora. Cet aspect de la mission de la chaîne parlementaire est indispensable à appréhender aujourd’hui car c’est sans doute par ce biais que l’on peut trouver les moyens de relégitimer la fonction représentative elle-même. Bien avant les Gilets jaunes, LCP a organisé une soirée autour des départements où Marine Le Pen était arrivée en tête à la dernière élection présidentielle. Cette soirée exceptionnelle a connu un vrai succès d’audience et a permis de donner la parole à des Français qui avaient le sentiment d’en être dépourvus. Un tel programme, proposé par une chaîne comme LCP – par ailleurs débarrassée de toute contrainte d’audience – répond tout à la fois à la nécessité d’une télévision citoyenne, construisant « un commun », et à la relégitimation comme à la revitalisation de la démocratie représentative. Ces choix éditoriaux clairs pour une chaîne parlementaire supposent un ultime principe pour qu’ils soient couronnés d’efficacité : il faut que la chaîne soit désinstitutionnalisée.

Une désinstitutionnalisation nécessaire pour relégitimer le Parlement

Le contexte politique est singulier et tout concourt à nourrir une possible critique, « la chaîne parlementaire est l’expression d’une forme de dépense publique inopportune en ces temps de disette budgétaire ». Pourtant, on peut évidemment considérer qu’elle est tout à la fois l’expression d’une vitalité démocratique en étant en réalité une véritable fenêtre ouverte sur le Parlement. Cependant, des émissions autour de l’engagement des parlementaires, de leur travail en circonscription valorisent le travail des députés et par voie de conséquence celui du Parlement. La chaîne parlementaire doit d’abord être davantage une chaîne des parlementaires plutôt qu’une chaîne du Parlement. En accompagnant cette évolution, je souhaite assurer à la chaîne parlementaire avant tout une ligne politique multiple, ouverte à toutes les formations représentées au Parlement et surtout rendre possible à LCP, ainsi détachée de l’institution, de trouver les moyens d’avoir des ressources propres pour se développer. En effet, si la fusion des chaînes parlementaires a pu par le passé être une éventualité, elle serait aujourd’hui contre-productive puisqu’elle renforcerait la dimension institutionnelle et nourrirait alors invariablement un scepticisme à l’égard du média lui-même. Cette évolution éditoriale et stratégique de LCP porte ses fruits. Avec une progression de plus de 12 % de l’audience sur l’année 2018-2019, ce sont plus de vingt-quatre millions* de téléspectateurs qui regardent tous les mois LCP.

*Audience cumulée mensuelle Médiamétrie / Médiamat’Thématik

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