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« Les décideurs engagés de l’assurance » : première

Le 5e groupe d’assurances est un actionnaire actif de grandes entreprises, afin de les encourager à agir en faveur de la transition écologique, selon son directeur général, Adrien Couret, lors de la première émission « Les décideurs engagés de l’assurance ».

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Plus de trente jours sans pluie dans l’Hexagone entre janvier et février 2023. Les météorologues annoncent déjà qu’il s’agit de l’hiver le plus sec jamais enregistré en France. Plusieurs départements ont déjà pris des mesures de restrictions d’eau. Après un inquiétant été, avec des températures dépassant les 40 degrés, les assureurs doivent maintenant travailler sur les dégâts de la sécheresse avant même le début du printemps. L’impact du changement climatique était au cœur de l’émission de l’Institut de formation de la profession de l’assurance (Ifpass), « Les décideurs engagés de l’assurance », en partenariat avec L’Hémicycle, qui avait pour premier invité Adrien Couret, directeur général d’Aéma Groupe – groupe mutualiste de protection et 5e assureur français, constitué des marques Macif, Aésio mutuelle, Abeille Assurances et Ofi Invest.

« Les conséquences du changement climatique menacent tout le monde désormais »

Ce sujet environnemental est d’autant plus sensible « qu’il vient toucher directement les intérêts des sociétaires », a souligné Adrien Couret, qui dirige un groupe détenu par ses sociétaires, et non par des actionnaires. Cette structure mutualiste, sans actionnaire à rémunérer, permet de comprendre et d’agir plus rapidement selon les priorités et les besoins des usagers. « Les conséquences du changement climatique menacent tout le monde, désormais, et quelle que soit la situation géographique, a-t-il poursuivi. Les épisodes de grêle des mois de mai et de juin, notamment, ont eu une ampleur géographique inédite jusqu’alors. Les dégâts sont nombreux, ils impactent directement le pouvoir d’achat des assurés, qui nous interpellent. » Dans les années 1980, les sinistres liés aux aléas climatiques représentaient un milliard d’euros par an. Plus de quarante ans plus tard, le coût est exponentiel : en 2022, les assureurs ont payé huit milliards d’euros en raison de la multiplication des sinistres naturels. La facture atteint des sommets, mais Aéma Groupe a décidé de ne pas faire porter la charge sur les assurés. « Nous avons fait le choix très clair, en 2022, de ne pas augmenter nos tarifs à la hauteur de l’augmentation de la sinistralité et de l’inflation malgré la hausse des sinistres, a-t-il aussi indiqué. Ces coûts supplémentaires, nous les avons pris sur nos marges. » 

Les assureurs ne pourront sans doute pas se permettre de telles concessions chaque année. Pour le secteur, la situation devient tendue : les primes pourraient grimper à mesure que le dérèglement climatique s’intensifiera. L’autorité prudentielle de contrôle et de résolution prévoit une hausse comprise entre 113 et 200 % dans les deux prochaines décennies. Il existe plusieurs solutions pour limiter les dégâts, à l’avenir, et donc réduire les coûts : « Un quart du parc immobilier français est exposé au risque sécheresse et les prochaines canicules ne feront que fragiliser les habitations, selon Adrien Couret. On peut déjà envisager une réhydratation des sols pour les terrains concernés. Il existe aussi des systèmes pour consolider les structures et éviter les fissures. La prévention a un coût, mais il sera toujours moins élevé qu’une catastrophe ». 

Pour supporter ces coûts, un partenariat entre le public et le privé est souhaité par les principaux acteurs du secteur, même si le régime de catastrophe naturelle, qui fonctionne depuis quarante ans, répartit déjà les coûts entre l’État et les assureurs. « Nous aurions besoin d’un autre système pour réagir rapidement face à de nouveaux défis et éviter des situations où il faut tout organiser subitement comme lors de la pandémie, préconise Adrien Couret. Le secteur avait bien proposé un régime de catastrophe exceptionnelle en 2020 pour couvrir les entreprises des risques systémiques, mais le gouvernement l’a refusé. Augmenter les tarifs pour les assurés en pleine période de tension sociale n’était pas envisageable, selon le ministère de l’Économie. Il faut cependant anticiper ce type de risque auquel nous sommes confrontés pour nous mettre en capacité d’en absorber les chocs à l’avenir. »

Soigner le mal à la racine

Aussi la transition écologique constitue-t-elle désormais l’un des principaux défis à traiter, afin de soigner le mal à la racine. Le groupe a ainsi renforcé considérablement sa stratégie en faveur du climat et de la biodiversité avec l’adhésion à la Finance for Biodiversity Pledge, à la Net Zero Asset Owner Alliance et aux Principes pour l’Investissement Responsable. Mais aussi en adoptant une politique d’exclusion du pétrole et du gaz renforcée, via ses marques Macif, Aésio mutuelle et Abeille Assurances. C’est dans cette optique d’agir concrètement pour une finance plus responsable et durable, qu’Aéma Groupe a créé, en 2022, son pôle de gestion d’actifs, Ofi Invest, 5e groupe français de gestion d’actifs, au travers duquel il endosse un rôle d’investisseur et d’actionnaire actif, par exemple chez Danone ou TotalEnergies : « Nous sommes un investisseur activiste et un acteur des transitions. Aucun nouvel énergéticien ne va émerger. L’enjeu, c’est donc de mettre la pression en interne sur ceux qui existent déjà. Notre droit de vote nous permet de fixer un niveau d’exigence assez élevé et, parfois, de nous opposer à d’autres actionnaires lors de réunions intenses ». Le groupe d’assurances a ainsi demandé que TotalEnergies limite l’expansion des champs pétrogaziers et que ce groupe monte son investissement dans les énergies renouvelables à hauteur de 30% de ses dépenses annuelles. Et Adrien Couret de prévenir : « Si le groupe énergétique ne respecte pas ses engagements, l’actionnaire sortira de cet investissement ». L’entreprise veut également donner l’exemple en investissant directement dans des secteurs d’activité tournés vers l’environnement, comme le nettoyage des océans, le recyclage ou l’implantation de forêts. Les assurés aussi sont sollicités. Le groupe est ainsi devenu le premier assureur des mobilités douces en prenant en charge les deux-roues électriques. Il a aussi été le premier à proposer à ses assurés de passer à des solutions plus vertueuses, comme les panneaux photovoltaïques dans les maisons individuelles.

Dans ces conditions, pourquoi ne pas prendre le statut d’entreprise à mission ? Introduite dans le droit français par la loi Pacte, en 2019, cette notion désigne les sociétés commerciales qui se fixent un ou plusieurs objectifs sociaux, environnementaux, intégrés dans les statuts de l’entreprise. Danone est devenu le premier groupe coté à adopter cette règle en 2020. Aéma ne l’envisage pas, car « une mutuelle est, par nature, une entreprise à mission. Un assureur mutualiste ne verse pas de dividendes. Ce n’est pas la vision d’un seul homme, mais celle de la société civile qui la compose, celle des sociétaires qui décident de la direction que prend le groupe ». Et la situation actuelle laisse à penser que la majorité de la population prend au sérieux le défi climatique.

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