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Tribune

Terre à terre

Élus et commentateurs s’émeuvent des déboires du monde agricole dans un lamento qui, pour la majorité d’entre eux, sonne faux.

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« La terre ne ment pas », sûrement, mais tous les récents avocats de la cause paysanne sont-ils bien sincères ? Il est permis d’en douter. D’ailleurs, que savent-ils des déboires du monde agricole français et de sa réalité ? L’acharnement médiatique contre le collège Stanislas et les maladresses des premiers pas de l’ancienne ministre de l’Education nationale ont alimenté de manière obsessionnelle l’actualité. Tout à coup, on découvre que la France des paysans est au bout du rouleau. Chacun y va de son lyrisme pour dire à quel point l’agriculture est au principe même de la vie, combien la patrie leur doit reconnaissance et attention, et l’on voit fleurir sur les réseaux sociaux des têtes à l’envers d’élus soucieux de montrer tactiquement leur solidarité intéressée pour cette partie de la population tellement essentielle… Mais on marche sur la tête !

Ces emballements sont symptomatiques d’un décrochage total d’une forme d’élite du reste du peuple.  La déconnection transpire de l’agenda médiatique et génère une double défiance mortifère envers les gouvernants comme les dirigeants, quels qu’ils soient. Ce qui se joue est un jeu dangereux, où certains se servent du feu qu’ils attisent pour ébranler un pouvoir mal installé sur ses bases parlementaires, pendant que les autres laissent faire pour éviter la convergence des luttes et l’embrasement du pays. Au mépris de l’ordre républicain qui doit demeurer pourtant intangible. Et la grande majorité des élus et des commentateurs de s’émouvoir dans un lamento qui sonne un peu faux…

Le débat ayant quasiment disparu sous le feu de l’urgence émotionnelle de « l’info en continu », on ne fait qu’effleurer les vrais sujets pour n’en retenir que les effluves soufrés. Les images de blocages de routes et de projections de lisier font « la une » et frappent les imaginations. Pourtant, il y a bien des députés, des sénateurs qui depuis cinq ans alertent sur le dogmatisme écologique européen, des scientifiques pour ramener de la raison et de la modération autour de sujets qui affectent de plein fouet le monde rural : glyphosate, remembrement des terres, zéro artificialisation nette, méga-bassines… qui déterminent les conditions et les rendements des matières premières agricoles, en même temps qu’ils dessinent les contours des paysages.

C’est à raison qu’on nous parle de « souveraineté alimentaire du pays », hissant le sujet au bon niveau. Mais ce dernier avatar d’embrasement médiatique, cette impression latente d’arbre qui cache la forêt, devrait aussi nous interroger sur notre « souveraineté intellectuelle collective » à faire la part des choses. Et inviter la société de l’information à garder les pieds sur terre. 

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