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Stéphane Junique : « L’ESS, c’est l’entreprise de demain »

Président de Vyv, le plus grand groupe mutualiste de France, il est candidat à la présidence d’ESS France, la structure qui représente les différentes familles de l’Economie sociale et solidaire, dont l’élection aura lieu le 10 avril. Parmi ses concurrents, l’ex-ministre en charge du secteur, Benoît Hamon.

VyV Stéphane Junique, Président

Quel regard portez-vous sur l’état de santé de notre pays ? 

Stéphane Junique Nous devons être fiers de notre modèle de protection sociale ! Aujourd’hui, c’est un des modèles les plus performants, qui permet d’avoir un reste à charge, notamment concernant les dépenses de santé, parmi les plus faibles au monde. Protégeons-le. Et ce n’est pas parce que nous sommes un groupe mutualiste que nous souhaitons une fragilisation de ce modèle, au contraire ! Je milite pour le protéger. Car ce modèle est confronté à des défis importants, notamment celui des inégalités sociales et territoriales. Les différences de parcours de vie, de protection économique ou de situation professionnelle des individus conditionnent des inégalités d’accès aux soins. Par exemple, un cadre a une espérance de vie de près de dix ans de plus qu’un ouvrier. Et ces inégalités sociales sont renforcées par des inégalités territoriales. Le second défi, c’est celui de l’explosion des dépenses de santé : depuis 2011, elles ont augmenté de plus de 30% et ne vont pas ralentir dans les décennies qui arrivent. Les principales causes sont le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et l’importance des innovations en matière thérapeutique et médicale.

Comment votre groupe fait-il face à ces défis ?

S. J. Le groupe Vyv a vocation à apporter sa contribution. Les mutuelles ne sont pas que des « rembourseuses » de soins non pris en charge par la Sécurité Sociale. Demain, notre utilité ne sera pas simplement de rembourser, mais également d’accompagner. Nous avons fait le choix d’investir 500 millions d’euros sur le développement de l’offre de soins et de proximité pour lutter contre les inégalités sociales. Sur les 45 000 collaborateurs du groupe, 35 000 sont affectés aux 17 métiers de l’offre de soins et d’accompagnement : sur la petite enfance, sur notre vingtaine de cliniques, sur les 300 Ehpad… De même, l’investissement de Vyv sur quatre services de médecine de proximité dans la région Pays de Loire démontre une prise de conscience des inégalités sociales auxquelles sont confrontés plusieurs dizaines de milliers de personnes, qui n’avaient plus de médecin traitant… Je suis très fier de faire ça. Ce qui m’importe, ce n’est pas de faire de longs discours. C’est d’être au rendez-vous et d’apporter des réponses.

Votre groupe a-t-il identifié d’autres enjeux pour l’avenir ?   

S. J. Face à l’explosion des dépenses de santé et de soins, nous devons être au rendez-vous des révolutions qu’il est essentiel de mener dans notre pays, notamment celle de la prévention. La France n’a pas de culture en la matière. Le groupe Vyv y apporte sa contribution avec la possibilité, pour les 11 millions de personnes que nous protégeons, de pouvoir s’inscrire dans plus de 500 parcours de prévention : plus de 500 000 adhérents en bénéficient. Je suis prêt à aller beaucoup plus loin et à y investir 2% de nos cotisations, notamment sur deux déterminants de santé majeurs. Le premier, c’est celui des fragilités psychologiques. Il y a un problème en France : il existe un réel manque de prise en considération de la santé mentale et des fragilités psychologiques de la population. Chaque année, plus de 850 000 de nos assurés consultent un psychologue, dont 24% ont moins de 17 ans. L’État et les politiques publiques doivent s’emparer de ce sujet, mais les acteurs que nous sommes avons nous aussi le devoir d’investir. L’autre enjeu majeur, c’est l’activité physique et sportive, qui permet de prendre soin de soi. Ce sujet concerne les collectivités territoriales et les entreprises. On considère que ça peut avoir un impact extrêmement fédérateur pour des communautés de travail ou dans des bassins de vie.

Quel regard portez-vous sur le secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS) ?

S. J. Notre pays repose sur une mine d’or, et l’ignore ! L’ESS peut protéger certains secteurs d’activité de l’hyper financiarisation auxquels ils sont confrontés. Nous appelons cela « des biens communs » : ils protègent des services d’utilité sociale ou d’intérêt général. Est ce qu’on va laisser l’hyper financiarisation se développer sur les secteurs de la petite enfance ou du grand âge, alors qu’il y a des enjeux énormes de régulation et de qualité de service ? Les associations, les coopératives, les fondations, les mutuelles de l’ESS les protègent car elles reposent sur un modèle de non-lucrativité. L’ESS est un secteur d’engagement. Et qui dit engagement dit cohésion. Car face à l’hyper-fragmentation de notre société, les bénévoles et les militants de l’ESS contribuent au renforcement des valeurs de partage et de relation à l’autre. Ils créent du lien. La réponse de l’ESS aux maux de notre pays n’est pas assez valorisée. Mais c’est également un secteur économique, qui crée de l’emploi. On y compte 2,6 millions de salariés des entreprises, et, depuis deux ans, plus de 80 000 emplois ont été créés dans les territoires en proximité. De plus, c’est un secteur qui se développe sur des filières d’avenir, notamment pour faire face à la transition écologique juste. En cela, notre pays qui doit affronter bien des transitions vit un moment ESS. Je crois à ce modèle d’entreprendre. L’ESS, c’est l’entreprise de demain pour faire face aux transformations de notre société.

Vous avez déclaré votre candidature à l’ESS France, structure qui représente les différentes familles du secteur. Quel est votre projet ? 

S. J. Je défends trois convictions : la première, c’est que nous devons travailler sur une loi de programmation de l’ESS, dix ans après celle que Benoît Hamon (ancien ministre de l’ESS, ndlr) a portée en 2014. L’objectif est de permettre aux acteurs de bénéficier des outils de financement afin de mieux accompagner les filières portées par l’ESS, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.  La possibilité de bénéficier d’un crédit d’impôt « innovation sociale », au même titre que le crédit d’impôt recherche, pourrait être inscrite dans le cadre de cette loi. Ma seconde conviction, c’est la nécessité de conforter la coopération territoriale. Les emplois de l’ESS ne sont pas délocalisables : sa dynamique et son développement repose sur la vitalité des territoires. Je souhaite donc travailler sur la reconnaissance des chambres régionales de l’ESS (CRESS) en tant que chambres consulaires, comme le sont les CCI ou les chambres de l’artisanat. La troisième conviction que je porterai, c’est la structuration d’une diplomatie de l’ESS. L’enjeu est de conforter ce modèle au niveau national, européen et international. 

Comment comptez-vous procéder sur ce dernier point ?

S. J. Depuis deux ans, nous constatons un alignement des acteurs institutionnels, européens et internationaux, sur ce modèle : l’ONU a voté une résolution, la Commission européenne a voté un plan d’action en faveur du développement de l’ESS, et même l’OCDE, institution traditionnellement davantage tournée vers le modèle de l’économie de marché, a fait de l’ESS une priorité. Certains pays ont besoin de reposer sur cette forme d’entreprise pour accompagner leur transition. La Colombie a développé ces dernières années des vrais programmes gouvernementaux, la Pologne vient de s’engager à travers la mise en place d’un ministre de l’ESS, l’Espagne a investi plus d’un milliard d’euros sur le développement de l’ESS… Nous sommes dans un moment européen et international de l’ESS, que la France doit saisir.

En quoi êtes-vous plus légitime que votre concurrent Benoît Hamon, ancien ministre en charge de l’ESS ?

S. J. Trois candidats se présentent. Ce qui nous différence, ce ne sont pas les idées. Benoit Hamon et Damien Baldin (directeur général de la fondation La France s’engage, présidée par François Hollande, ndlr) sont des frères d’armes. Nous avons mené ensemble des combats communs. J’ai soutenu la loi portée par Benoit Hamon quand il était ministre de l’ESS. En tant qu’opérateur, j’ai eu à cœur à mettre en œuvre cette loi. La question n’est pas de savoir celui qui portera le mieux les idées de l’ESS, mais celui qui sera le plus en capacité de les transformer en actes. Je suis le candidat qui incarne le modèle d’entreprise de l’ESS. Celui qui a la capacité d’appréhender au mieux les dimensions économiques des défis de notre secteur. Celui qui, à travers son parcours a fait une priorité du combat pour les solutions concrètes et la traduction dans les territoires. Je suis un militant pragmatique de l’ESS. C’est en cela que je me distingue des autres candidats.

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