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De nombreux internautes utilisent une identité numérique différente de leur identité civile. Ils espèrent ainsi protéger leur anonymat. Utile lorsqu’il s’agit de dissidents politiques, cette identité numérique peut s’avérer dangereuse si l’objectif est de masquer des activités illégales ou de propager des rumeurs ou des propos diffamatoires.
Lorsqu’un internaute veut écrire un commentaire d’article, publier un billet sur un site collaboratif ou même ouvrir un profil sur un réseau social, le site en question lui demande qui il est. Et la réponse est libre. Du coup, tintin7894, pitchounette ou le_r@leur, ces « noms » qui ne figurent sur aucun papier, ont progressivement fait irruption dans notre quotidien. Sans remplacer notre identité légale, ils sont notre identité numérique. L’utilisation de ces pseudonymes est relativement ancienne, elle a débuté avec les forums de discussion et s’est popularisée avec les premiers services d’e-mails gratuits comme Hotmail. Quinze ans après l’arrivée du grand public sur le Web, de nombreux internautes se sont forgés une véritable vie digitale, avec un nom qui, bien que différent de leur patronyme légal, leur est propre et les identifie clairement auprès de leurs interlocuteurs.
Cet usage est maintenant contesté par certains États. La raison ? La sécurité. Une identité numérique, disent-ils, est un masque derrière lequel se cachent des pirates et des cyberterroristes pour s’attaquer à leurs intérêts vitaux. Les acteurs du Web comme Google se battent aussi contre les pseudonymes pour des raisons économiques : la constitution de bases de données d’informations personnelles est un marché juteux évalué à plusieurs dizaines de milliards d’euros. D’autres enfin prennent position contre cette pratique, arguant du fait qu’ils facilitent la propagation de rumeurs ou de propos diffamatoires.
En face, de nombreux analystes du monde numérique rétorquent que cet anonymat protège un minimum les personnes développant une opinion dissidente et que ces pseudonymes ont entre autres permis l’émergence des dissidents dans les pays arabes ou en Chine. À l’heure où les entreprises vont scruter les réseaux sociaux pour mieux connaître leurs employés ou candidats à l’embauche, l’utilisation de ces pseudonymes peut aussi avoir un intérêt dans la protection de la vie privée. Un employeur doit-il connaître l’orientation sexuelle, l’engagement politique, les croyances religieuses, par exemple, de ses collaborateurs ?
Au-delà de ce débat sur la dichotomie entre identité légale et identité numérique, de nou- velles difficultés apparaissent : alors que le Web prend toujours plus d’importance, la tentation existe de se faire passer pour un autre, soit en utilisant comme pseudonyme l‘identité réelle d’une personne vivante ou morte, soit en usurpant une identité numérique déjà existante. Ces conflits d’identité se multiplient et sont complexes à résoudre, car le Web fonctionne toujours sur le mode du premier arrivé, premier servi. Exemple : Google lance un nouveau réseau social ? L’Élysée a tout intérêt à s’y intéresser rapidement et à créer le compte « Nicolas Sarkozy », même si ce compte reste inactif. Sinon un petit malin pourrait le faire. Et l’utiliser comme bon lui semble.
Identité numérique et vie digitale, sans protection
Deux milliards d’internautes dans le monde, certains, connectés en permanence, ont transféré des pans entiers de leur vie, e-mails, blog, agendas, documents de travail, photos, vidéos, sur le Cloud. Une bonne idée qui ne va cependant pas sans certains risques. Un étudiant américain en a fait récemment l’amère expérience. Il avait regroupé l’ensemble de sa vie digitale sous une même identité numérique sur la plateforme de Google. Ce dernier, invoquant une violation des conditions d’utilisation, a décidé un beau matin de suspendre puis de supprimer ce compte. Cet étudiant a perdu du même coup ses e-mails et ses travaux de thèse. Ayant aussi perdu son carnet d’adresses, il a été mis dans l’incapacité de prévenir ses correspondants. En un clic, c’est sept ans de sa vie qu’il a perdus, sans possibilité de retour. Il est peut-être temps de se pencher sur ces « conditions d‘utilisation » qui souvent font des dizaines de pages et sont incompréhensibles pour l’internaute lambda. L’importance croissante du Web dans la vie quotidienne impose des règles claires. Faudra-t-il un texte de loi ?
Le chiffre
90% des recruteurs chassent les profils de cadres sur les réseaux sociaux. (Étude RegionsJob 2011)

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