Miao Wei, ministre chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information. Son ministère, qui pilote la fabrication des produits informatiques, entend défier sur leur terrain Google et Apple. Photo Odd Andersen / AFP


Deuxième puissance économique du monde, la Chine est en passe de prendre le leadership dans l’industrie informatique. Le groupe chinois Lenovo devrait rapidement devenir numéro un devant les fabricants américains Hewlett-Packard et Dell.
Les nouvelles puissances industrielles asiatiques ont conquis leurs galons de poids lourd de l’économie mondiale. Dès les années 1970, le Japon prend sa place auprès des États-Unis et des pays européens. Les années 1990 voient l’émergence du « dragon » coréen, les années 2000 consacrent la Chine comme « usine de la planète ». Mais l’Asie n’est plus seulement la région du globe où se fabriquent nos outils de haute technologie. Son industrie a désormais les moyens de concevoir les nouvelles générations. Avant de lancer leurs propres créations ? Le marché des ordinateurs personnels en est une preuve : peu à peu les grands constructeurs occidentaux abandonnent cette activité, qui passe progressivement du secteur de la haute technologie à celui de la consommation de masse. Le prix et les lieux de vente des ordinateurs d’entrée de gamme sont un exemple frappant : ces produits sont désormais vendus en grande surface à des prix comparables à ceux d’une télévision dernier cri. Ainsi, un petit portable se vend aujourd’hui en dessous de 200 euros.
IBM, après avoir dominé ce marché au début des années 1980, avait senti ce changement et vendu sa division micro au chinois Lenovo dès 2004. Ce constructeur chinois est récemment devenu le troisième fabricant mondial, talonnant les leaders américains HP et Dell. Il compte d’ailleurs dépasser ce dernier avant le fin 2011. Hewlett-Packard, de son coté, est en pleine difficulté et songe à se séparer de son activité de construction de PC après avoir abandonné la lutte sur le marché des tablettes. La Chine, premier marché des ordinateurs personnels, est donc en passe de s’imposer comme le leader mondial avec des produits conçus et confectionnés dans ses usines. Et le secteur du logiciel n’est plus hors de sa portée. L’industrie informatique bruisse de rumeurs sur le lancement prochain d’un système d’exploitation chinois pour outils mobiles, qui permettra de créer un smartphone 100 % chinois. Avec un marché domestique d’un milliard de clients, cette technologie chinoise aura les moyens de venir défier Google et Apple sur ce marché stratégique.
Les transferts de technologie sont sans doute à l’origine de cette concurrence dans l’innovation, mais pas seulement. Les universités asiatiques sont désormais parmi les meilleures du monde, capables de former les créateurs de demain. L’innovation industrielle repose, selon les experts, sur la concentration du savoir, des compétences et d’un secteur manufacturier. Le large mouvement de délocalisation opéré ces vingt dernières années nous a-t-il désarmés en détruisant l’industrie informatique européenne ? Un journaliste américain, Greg Lindsay, alertait ses compatriotes en août dernier : « Seulement 3 % de ce que nous consommons vient de Chine, mais ce sont les 3 % qui ont le plus de valeur » (source : www.fastcompany.com).
Terminaux mobiles : Samsung défie Apple, l’Europe décroche
Le concurrent direct d’Apple, constructeur américain et leader mondial, est une entreprise coréenne : Samsung. Ces deux compagnies se battent pour le contrôle de ce marché juteux sur toute la planète, allant jusqu’à porter leur contentieux sur les violations de brevet devant les tribunaux. Apple tente de faire interdire la vente des tablettes Samsung par les tribunaux allemands et australiens, Samsung utilise la même stratégie contre Apple aux Pays-Bas. Mais leurs relations ne sont pas que concurrentielles : la presse a récemment dévoilé que 25 % des composants d’un iPhone d’Apple viendraient de chez Samsung. Face à cette bataille de titans, l’industrie européenne est distancée. Nokia, le géant scandinave et ancien leader du marché de la téléphonie mobile, a raté le virage des smartphones et en est réduit à une alliance avec Microsoft, autre géant en déclin, pour survivre. Inquiétant, lorsqu’on sait que ce marché représentera la principale croissance du marché de la téléphonie mobile en 2011 avec 462 millions d’unités vendues au monde d’ici la fin de l’année.
Le Chiffre :
21eme, Position de la France sur l’index mondial de la compétitivité dans les technologies de l’information, en perte de vitesse depuis 2009, y compris en Europe. (Source : Business Software Alliance)

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