Photo Saul Loeb / AFP


Deux ans après, Copenhague n’en finit pas d’avoir des conséquences négatives. Les émissions de carbone progressent encore sur la planète et les dirigeants jouent aujourd’hui la politique du chacun pour soi. Barack Obama en tête.
Désormais, on n’attend plus rien d’une réunion internationale sur le climat ! Ainsi, on n’est pas déçu. On a pu vérifier la désolante pertinence de cette approche la semaine dernière à Panama City, où se tenait l’ultime séance préparatoire à la conférence de Durban – qui doit en principe accoucher d’un successeur au protocole de Kyoto, qui arrivera à échéance le 31 décembre 2012. Mais plutôt qu’un faire-part de naissance, c’est un avis de décès couleur carbone qu’il faut préparer. La réunion de Panama City a confirmé qu’un accord de haut niveau sur le climat, et donc les réductions de gaz à effet de serre, était désormais parfaitement inaccessible.
Au premier rang des responsables, les États-Unis. L’élection de Barack Obama avait fait naître de grands espoirs après l’obscurantisme des années Bush. Le Président américain a découvert que, même dans son propre camp, la lutte contre le carbone ne passait pas toujours très bien, et notamment auprès des nombreux élus issus des États liés au pétrole, à l’automobile ou à l’avion. Les élections de mi-mandat ont définitivement refermé la perspective de la validation par le Congrès d’un texte contraignant sur le climat. On est revenu quinze ans en arrière : Bill Clinton avait signé Kyoto, mais le Congrès n’avait pas ratifié l’accord. L’immobilisme américain arrange en fait beaucoup d’autres pays, au premier rang desquels on retrouve les grands émergents. La Chine, qui de toute manière refuserait les contraintes, trouve ainsi un alibi imparable. L’Inde, la Russie, le Brésil, l’Afrique du Sud suivent la même démarche. Et, en plus, l’Australie ne veut pas d’accord, pas plus que le Canada. Le Japon ne bougera pas non plus, englué par les suites de Fukushima et les incertitudes sur le nucléaire, dont le possible abandon relancerait l’électricité d’origine fossile. Finalement, seule l’Europe se retrouve engagée sur une baisse de 20 % de ses émissions en 2020 par rapport à 1990. L’Europe va d’ailleurs atteindre les objectifs fixés par Kyoto.
Une autre difficulté est en train d’émerger. Elle est liée au mode de calcul des émissions de CO2. Le problème, pour la France comme pour d’autres pays, c’est que les délocalisations industrielles ont également délocalisé le carbone. Selon le cabinet spécialisé Carbone 4, il est faux de ne compter que ce qui est émis sur place. Il faut calculer ce que l’on consomme vraiment. Selon Carbone 4 et compte tenu de l’augmentation de la population, les émissions d’un Français n’auraient pas baissé de 25 % mais… augmenté de 13 % en vingt ans. Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), les besoins en énergie vont augmenter de 50 % d’ici à 2035, et les émissions de gaz à effet de serre d’autant. En ouvrant la conférence de Copenhague, Ban Ki-moon avait lancé : « Nous sommes au bord du précipice. » Depuis, les perspectives d’accord ont reculé, mais pas le précipice !

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