Estelle Grelier. Présidente de la Communauté de communes de Fécamp et députée européenne. Photo Kenzo Tribouillard : AFP


De Noirmoutier au Tréport, les sites qui accueilleront les premiers parcs éoliens en mer à l’horizon 2015 suscitent des réactions contradictoires où l’on retrouve pêle-mêle des oppositions locales et des rivalités interrégionales. L’enjeu : la création de filières industrielles des énergies renouvelables.
Lancé cet été par le Gouvernement, le premier appel d’offres pour l’installation de 600 éoliennes en mer au large des côtes de la Manche et de l’Atlantique attise les convoitises. Il s’inscrit dans l’objectif fixé par le Grenelle de l’environnement, qui prévoit de consacrer 23 % de l’énergie consommée en 2020 aux ressources renouvelables. Sur les 25 000 mégawatts (MW) produits par l’éolien, 6 000 MW proviendront à terme de quelque 1 200 installations en mer. Celles-ci devraient assurer 3,5 % de l’électricité consommée en France. Aujourd’hui, l’éolien terrestre fournit moins de 2 % de la consommation française. « Au-delà de l’évolution du mix énergétique de la France, l’enjeu est de constituer une filière industrielle française et de conquérir une position de leader dans l’industrie des énergies éoliennes en mer. Plus de 10 000 emplois pourraient ainsi être créés à l’horizon 2020 », estime la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet.
En Haute-Normandie, Fécamp, qui devrait accueillir une soixantaine de machines à 14 km de ses côtes, a pressenti l’opportunité économique dès 2007. Compatible avec la zone Natura 2000 régionale, l’initiative bénéficie du soutien des professionnels de la pêche, des élus locaux, du public et des associations. « Notre projet s’inscrit tout autant dans une démarche de respect de l’environnement que dans une dynamique de développement économique. Et cela en adéquation parfaite avec notre volonté d’inscrire la région fécampoise au cœur des préoccupations en matière de développement durable », observe Estelle Grelier (PS), présidente de la communauté de communes de Fécamp et députée européenne. « Ce type de consensus ici, autour et au large de Fécamp, est un cas unique sur le territoire français. »
Oppositions au Tréport, à Courseulles-sur-Mer et à Saint-Brieuc
Son de cloche différent au Tréport, où pêcheurs, commerçants, habitants et élus s’inquiètent des 141 éoliennes qui seront installées à une quinzaine de kilomètres des côtes. Figure de proue de l’opposition, Alain Longuent, maire (PCF) du Tréport, s’emporte : « Comme la plupart des habitants et comme certains maires des Côtes d’Albâtre et Picarde, dont celui du Touquet, je m’oppose au projet. Ce serait une catastrophe économique et touristique pour Le Tréport, dont le cœur de ville bat au rythme du port et de la pêche, et dont les eaux sont, à l’échelle française, l’une des plus riches en poissons. »
Nicolas Bay, chef de file du Front national au conseil régional de Haute-Normandie, s’élève pour sa part contre l’implantation au large des côtes du Calvados. « Le littoral normand devient le champ d’expérimentation de l’irresponsabilité du Gouvernement en matière d’environnement. Après Le Mont-Saint-Michel, Le Tréport et Fécamp, c’est au tour des plages du Débarquement de voir s’installer prochainement des éoliennes offshore géantes. »
Côté breton, le discours est également loin de faire l’unanimité. « Le projet modifiera durablement nos conditions de vie avec un impact environnemental fort », dénoncent ainsi les associations opposées au futur parc d’éoliennes en mer de Saint-Brieuc.
La Fédération environnement durable (FED) vient d’ailleurs de déposer un recours contre l’appel d’offres lancé par le Gouvernement. Des craintes partagées par les écologistes à Saint-Nazaire, et par l’association Robin des bois Manche. Fondations, construction, pose des câbles sous-marins… la Convention pour la protection du milieu marin de l’Atlantique du Nord-Est (Ospar) dénombre une vingtaine de risques potentiels que l’énergie éolienne offshore fait courir à la biodiversité pendant la phase de fonctionnement et après l’arrêt de l’exploitation.
Pour ces détracteurs, d’autres sources d’énergies renouvelables comme le soleil ou les énergies marines liées aux courants et à la houle (actuellement testées au large de Brest), plus prévisibles et moins aléatoires, doivent être prises en compte.
Une concurrence interrégionale
Sur le plan économique, l’opposition à l’éolien offshore laisse place à la rivalité entre Dunkerque, Brest et Saint-Nazaire. Gisèle Gautier, sénatrice de Loire-Atlantique, souligne ainsi « la concurrence entre les ports et les régions françaises. Les rivalités interrégionales, face à une concurrence européenne et mondiale déjà forte [venue notamment d’Écosse, d’Allemagne et du Danemark], sont des difficultés qui sont à traiter. Il s’agit d’une priorité si nous voulons voir l’essor de filières industrielles nationales des énergies marines, en faveur du développement économique et de l’emploi. »
La concurrence exacerbée entre Brest et Saint-Nazaire pour l’implantation d’activités industrielles et logistiques en est la dernière illustration. La Bretagne et les Pays de la Loire développant chacun leur propre site d’essais d’hydroliennes. Les principaux acteurs industriels, publics et scientifiques de la région Nantes-Saint-Nazaire ont mis également en place une filière complète, appelée Énergies marines renouvelables (EMR), dédiée au futur parc d’éoliennes en mer. Elle regroupe plus de 200 entreprises et 27 partenaires institutionnels. D’autres initiatives semblables sont en cours en Basse-Normandie autour des Ports normands associés (PNA), et en Bretagne avec le regroupement d’entreprises Bretagne pôle naval (BPN).
Symbole des tensions générées par un programme dont l’investissement global avoisinera les 10 milliards d’euros, le projet des Deux Îles en Vendée devrait finalement être repêché à l’occasion d’un second appel d’offres prévu avant l’élection présidentielle de 2012. Le programme auquel était opposé Philippe de Villiers, alors président du conseil général de Vendée, fait aujourd’hui l’objet d’un consensus au sein de l’assemblée départementale, désormais présidée par Bruno Retailleau. La mer attise l’éolien, comme le vent la girouette.
600 éoliennes produiront 3 000 MW d’électricité
Les cinq sites retenus au début de l’année pour accueillir les premières fermes éoliennes couvrent une surface totale de 533 km2 : Le Tréport (Seine-Maritime) avec 110 km2 et une puissance maximale de 750 MW, Fécamp (SeineMaritime) avec 88 km2 et une puissance de 500 MW, Courseulles-sur-Mer (Calvados) avec 77 km2 et 500 MW, Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) avec 180 km2 et 500 MW, et enfin Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) avec 78 km2 pour 750 MW. Les 600 premières éoliennes (sur un total à terme de 1 200) produiront 3 000 MW d’électricité à partir de 2015. Un second appel d’offres sera lancé début 2012. Il prévoit notamment un parc offshore de 96 machines au large de Noirmoutier.

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