Les pôles de compétitivité

les pôles de compétitivité, AFP


Créés en 2005 pour les plus anciens, les pôles de compétitivité entrent dans une nouvelle phase de leur existence. Globalement confortées dans leur action, ces « usines à projets » se voient assigner un nouveau rôle : celui d’« usines à croissance ».
Lancés en 2005, les pôles de compétitivité s’étaient vus confier une mission ambitieuse : pallier le déficit de compétitivité de l’industrie française, dû notamment au cloisonnement entre les acteurs de l’innovation.
Leur vocation principale : favoriser la mise en réseau et le développement de synergies entre entreprises, petites et grandes, instituts de recherche et acteurs académiques sur des territoires donnés. Et permettre ainsi de sortir des schémas traditionnels de recherche et de production et de conforter des activités, essentiellement industrielles, à fort contenu technologique ou de création sur des territoires reconnus pour leurs spécialisations, comme l’étaient l’Aquitaine et le Midi-Pyrénées pour l’aéronautique, la Bretagne pour les technologies de l’information et les télécoms ou encore le Rhône-Alpes pour les textiles techniques. Au total, 71 « usines à projets » avaient été créées. Leurs missions ? Susciter des projets collaboratifs de recherche et développement et accompagner leurs adhérents en leur facilitant l’accès au financement, public ou privé, en développant leur ouverture à l’international ou en les accompagnant dans le dépôt de brevets. Pour soutenir les projets de recherche et développement collaboratifs labellisés par les pôles, un fonds spécifique, le Fonds unique interministériel (FUI), alimenté notamment par les ministères de l’Industrie, de la Défense et de l’Agriculture, a été créé. Sur la période 2009-2012, il était doté de 600 millions d’euros. Mais d’autres fonds publics sont également mobilisables, ceux de l’Agence nationale de la recherche (ANR) comme ceux des collectivités territoriales. Au total, sur la période 2008-2011, ce sont 5,7 milliards d’euros qui ont été investis dans les projets de recherche et développement labellisés par les pôles, dont 3 milliards issus des partenaires privés. Ce qui correspond à 4,5 % des dépenses nationales de R & D.
Des résultats globalement positifs
Après une première évaluation en 2008, une seconde appréciation de l’activité des pôles a été commandée en novembre 2011 à trois cabinets de conseil : BearingPoint, Erdyn et Technopolis. Trois mille sept cent quarante-huit projets labellisés, deux mille cinq cents innovations… Au-delà des chiffres bruts de la phase 2 de la vie des pôles, le rapport rendu par les évaluateurs met l’accent sur leur impact positif. Renforcement d’éco-systèmes dédiés à l’innovation, structuration de filières régionales, rapprochements entre entreprises et acteurs de la recherche, création de passerelles entre grands groupes et PME, augmentation de l’attractivité des territoires, accompagnement de projets… Dans tous ses domaines, les objectifs sont globalement remplis. « Les pôles ont eu un effet structurant. Ils ont contribué à faire émerger des problématiques communes à tous les acteurs d’un même secteur et à initier des projets de recherche et développement collaboratifs sur des technologies d’avenir. Ils ont également permis d’optimiser l’ingénierie public-privé, indispensable au développement industriel », remarque Alain Rousset, président de la Région Aquitaine. S’appuyant sur l’exemple d’Aerospace Valley, qui s’étend de Midi-Pyrénées à l’Aquitaine, il souligne le rôle de laboratoire d’idées des pôles, citant notamment l’accélération du développement des usages satellitaires dans la vie civile, en matière de sécurité maritime ou de traitement de la vigne. Des effets très concrets qui ne sont sans doute pas pour rien dans l’augmentation du nombre d’adhérents. Entre 2008 et 2011, il a connu, en moyenne, une croissance de plus de 50 %. Du côté des entreprises, rares sont celles qui regrettent de s’y être engagées. Soixante-six pour-cent d’entre elles affirment avoir créé des emplois du fait de leur adhésion. Elles sont un tiers à déclarer que leur adhésion leur a permis d’augmenter leur chiffre d’affaires et d’améliorer leur capacité à exporter.
Des performances inégales
L’attractivité et la capacité à mobiliser des pôles dépendent aussi de l’offre de services proposée par leurs équipes d’animation. Dans ce domaine, Images & Réseaux, dédié aux usages futurs d’Internet, de la télévision et des contenus numériques, a multiplié les initiatives. Afin d’encourager les petites structures à monter des projets avec un laboratoire académique, le pôle, avec la Région Bretagne, a mis en place des appels à projets spécifiques, dont le montant va de 300 000 à 1 million d’euros. « Un moyen pour elle de se familiariser avec le travail en mode collaboratif, assure Vincent Marcatté, président de ce pôle. Nous avons mis en place des services dans les domaines où nos membres peuvent avoir des faiblesses, comme le marketing, les relations presse ou encore l’international. Dans ce domaine, nous organisons des missions à l’étranger au cours desquelles toutes les compétences du pôle sont représentées. » Images & Réseaux met également l’accent sur les rencontres entre ses membres, au travers de clubs et de conférences. « Autant d’occasions pour des acteurs venant d’univers différents d’apprendre à se connaître pour ensuite travailler ensemble, en confiance », assure Vincent Marcatté. Si Images & Réseaux est classé dans la catégorie des pôles très performants, d’autres se retrouvent sur la sellette. C’est notamment le cas d’Élastopôle, dédié au caoutchouc et aux polymères, qui est classé dans les pôles peu performants. « C’est un pôle qui n’a que quatre ans d’activité, soumis à une conjoncture difficile. Il est normal qu’il ait moins de résultats à afficher que d’autres. Mais le classement global est sévère », constate Olivier Gilles, son directeur opérationnel. La sentence semble également lourde en Région Pas-de-Calais, dont trois des six pôles sont également classés dans la dernière catégorie. « La question pour le Nord est de se placer sur une trajectoire vertueuse de progrès permanent, en atteignant progressivement une stature internationale, explique Pierre de Saintignon, vice-président de la Région Nord-Pas-de-Calais, chargé du développement économique, des nouvelles technologies et de la formation permanente. Si cette dynamique n’est pas prise en considération et que seul le niveau atteint compte, nous ne passons pas la barre… » La crainte pour ces seize pôles dont les résultats ont été jugés insuffisants ? Se voir délabellisés. En 2010, à l’issue de la première évaluation, six d’entre eux avaient en effet subi ce sort. À ce stade cependant, une telle décision n’est pas envisagée. Mais rien ne dit non plus que leur avenir est assuré…
Des objectifs appelés à évoluer
Car pour le moment, côté gouvernement, l’heure est encore à la réflexion et à la concertation. Une chose est certaine : le financement des pôles de compétitivité est d’ores et déjà garanti pour les trois prochaines années. C’est l’un des engagements qui a été pris lors de la rencontre organisée à l’Élysée entre les présidents de Région et le chef de l’État, le 12 septembre dernier. Reste à savoir à quelle hauteur car, entre 2008 et 2011, les dotations du FUI ont en effet sensiblement diminué, passant de 256 millions à 149 millions d’euros. Pour le reste, quelques pistes se font jour, proches des recommandations des évaluateurs. Dans la droite ligne, aussi, des propos de la ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Économie numérique, Fleur Pellerin, qui déclarait le 24 septembre à Toulouse, à l’occasion d’une visite à Aerospace Valley, qu’il fallait désormais « que l’innovation permette de créer du chiffre d’affaires et des emplois ». La troisième phase des pôles devrait donc avoir pour priorité la transformation des travaux de recherche et développement de ces dernières années en nouveaux produits et services. Les pôles devraient se voir assigner de nouveaux objectifs, dont une meilleure traçabilité des projets initiés en leur sein. En clair, il s’agit de transformer les « usines à projets » des débuts en « usines à croissance », débouchant sur des innovations ayant des répercussions… sonnantes et trébuchantes.
De ce fait, des indicateurs et des critères d’évaluation nouveaux devraient être mis en place, en lien avec la création d’emploi et l’export. Rendez-vous avant la fin de l’année, sans doute courant novembre, pour connaître dans le détail la nouvelle feuille de route assignée aux pôles.

Jean-Marc Engelhard
Article paru dans le numéro 454
du mercredi 24 OCTOBRE 2012

Partager :