Corinne Erhel

Corinne Erhel, députée des Côtes-d’Armor, CREDIT : LECARDINAL


Économique, flexible et réactive, « l’informatique dans les nuages » pourrait bien transformer en profondeur le fonctionnement de l’administration. Expérimenté avec succès à l’étranger, notamment par le gouvernement américain, le cloud séduit désormais la France, qui vient d’y investir 150 millions d’euros.
5,5 milliards de dollars : c’est l’argent économisé annuellement par le gouvernement américain depuis la mise en place du cloud, en 2009. Une somme non négligeable quand on sait que son budget informatique s’élève, chaque année, à près de 80 milliards de dollars. Comment « l’informatique dans les nuages » a-t-elle rendu cela possible ? Concrètement, le cloud est une nouvelle manière d’utiliser l’informatique. Jusqu’ici, dans l’administration, les données et les logiciels étaient stockés sur des serveurs internes ou sur les ordinateurs du personnel. Avec le cloud, toutes ces applications sont déportées sur des serveurs extérieurs, gérés par des prestataires de services et accessibles par Internet. En clair, le cloud rend possible, à partir de n’importe quel ordinateur, d’utiliser sa messagerie, d’éditer des documents partagés et de travailler sur tout type de logiciel.
L’informatique à la demande Par conséquent, en passant au cloud, les services publics n’ont plus à se préoccuper des infrastructures informatiques et de leur maintenance, entièrement gérées par les prestataires extérieurs. L’Utah est ainsi passé de 1 900 serveurs en 2010 à 500 aujourd’hui, lui per mettant d’économiser 14,5 millions de dollars par an. Car au lieu d’acheter des serveurs, logiciels et autres outils numériques, l’administration les loue. Le cloud transforme donc l’informatique en ser vice à la demande. Au final, l’utilisateur paie uniquement ce qu’il consomme. Et cela est bien pratique quand il faut gérer des augmentations brutales de l’activité, comme lors de la publication de résultats d’examens par exemple. Jusqu’ici, une administration devait disposer d’assez de serveurs pour supporter une telle charge. Il fallait donc payer, toute l’année, la maintenance d’un matériel inutilisé la plupart du temps. Ce n’est plus le cas avec le cloud, suffisamment puissant pour gérer, instantanément, ce genre de situation.

La France s’y met aussi
Une flexibilité qui permet aussi de moderniser très facilement les outils informatiques. Faire passer tout un service sur un nouveau logiciel de traitement de texte, par exemple, pouvait auparavant prendre des semaines. Grâce au cloud, cette opération peut être réalisée dans l’heure. Tous ces aspects ont séduit, parmi d’autres, l’Australie, l’Angleterre, les Pays- Bas mais surtout les États-Unis. Et pour cause : c’est là-bas qu’a émergé le cloud computing, avec comme chefs de file Amazon et Microsoft. Les ex périmentations menées à l’étranger ont fait leurs preuves, mais quel ques inquiétudes demeurent chez les aspirants au cloud. Délocaliser ses données implique une dépendance à un prestataire privé. Dans quelle mesure sont-elles en sécurité ? Une question d‘autant plus essentielle qu’elle concerne les informations des citoyens… Aujourd’hui, les leaders du marché sont aux États-Unis et soumis au Patriot Act, qui permet aux services de sécurité d’accéder à n’importe quelle donnée présente sur le cloud américain. C’est pourquoi la France a décidé de rééquilibrer le marché en investissant 150 millions d’euros dans un cloud à la française, destiné au secteur public et privé.
Une opportunité pour l’État et les territoires « La question de la localisation des données en France est un point important pour l’hébergement des données sensibles en provenance de l’État, des administrations et des collectivités mais aussi des grandes entreprises ou des PME », affirme Corinne Erhel, députée PS des Côtes-d’Armor. Pour cette spécialiste des questions d’aménagement numérique du territoire, « la conversion numérique de la société est en marche et le cloud computing doit être considéré comme une opportunité pour l’État et les territoires, afin de garantir une accessibilité permanente et sûre des données, en tous lieux. » D’autant plus que le cloud semble répondre aux nouvelles attentes du gouvernement, qui a créé fin octobre un secrétariat général pour la modernisation de l’action publique, visant notamment à développer l’e-administration. Il devra proposer, selon le décret, des mesures « tendant à la dématérialisation des procédures administratives » et inciter « au développement de services numériques ». Ce nouveau « cloud souverain » devrait permettre de répondre à ces attentes, grâce à des serveurs placés en France, dépendant intégralement du droit français et répondant aux normes maximales de sécurité. De quoi rassurer l’administration et lui permettre de s’envoler sans risque vers les nuages.
Vous pouvez retrouver d’autres articles du cahier spécial « Numérique et Territoires » sur sfr.com

Morgane Tual
Article paru dans le cahier spécial du numéro 456
du mercredi 21 NOVEMBRE 2012

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