Stephane Roussel

Stéphane Roussel, CREDIT : JEAN CHISCANO


Le numérique bouleverse en profondeur tous les secteurs de la société. État, collectivités et entreprises doivent s’adapter à cette nouvelle vie connectée. Pour Stéphane Roussel, PDG de SFR, il s’agit là d’un nouvel « ascenseur digital » : une opportunité pour la France et les collectivités. Entretien.
Quelles opportunités représente le numérique pour la France ? La révolution numérique peut jouer un rôle de levier économique. Mais à certaines conditions seulement… La France doit rester innovante. Cela passe par des mesures en faveur du financement de l’innovation, mais aussi par la capacité des entreprises à créer un écosystème favorable à l’innovation. La deuxième condition est de déployer des infrastructures réseaux fixe et mobile, afin que la France ne rate pas le tournant du très haut débit (THD). Pour ce faire, le cadre réglementaire doit être clairement posé et rester stable, tout comme les règles du jeu. Il est à présent nécessaire de revaloriser le rôle des élus locaux dans le déploiement du THD et rétablir un principe de solidarité dans les zones de couverture territoriale, en particulier sur les zones moyennement denses. Une péréquation des tarifs est également à envisager pour garantir un accès égal à la fibre. C’est en restant mobilisés autour de ces questions que le numérique pourra devenir le nouveau moteur de l’ascenseur social : l’ascenseur digital. Concrètement, qui peut profiter de cet « ascenseur digital » en France ? On doit donner à chacun la possibilité de maîtriser les ingrédients de la culture numérique. Cette maîtrise du numérique devient un facteur clé dans le développement personnel et professionnel de chacun. Prenons quelques exemples : pour une personne en situation pré caire, augmenter son capital digital, c’est être connectée, joignable, pour chercher un emploi ou effectuer des démarches. Pour une entreprise, c’est accroître sa productivité, à travers le cloud computing notamment. Pour une ville, c’est optimiser la gestion de ses services et développer son attractivité. Quant aux territoires ruraux, être connecté leur permet de se désenclaver et de favoriser leur développement de façon durable. C’est aussi faciliter le quotidien de leurs habitants en leur donnant accès à des services en ligne sans avoir à se déplacer. Quels sont, selon vous, les grands chantiers numériques à mener ? Il faut poursuivre le déploiement du très haut débit fixe et mobile (4G). Nous bénéficions en France de réseaux de télécommunications de qualité. Il est impératif que nous ne soyons pas distancés pour garantir la compétitivité du pays. Le développement du numérique passera par une contribution accrue des grands acteurs du Web, qui utilisent les infrastructures pour diffuser leurs contenus sans apporter les contreparties à hauteur des bénéfices perçus. Sur ce sujet, la discussion avec le gouvernement avance dans le bon sens. On peut aussi s’interroger sur la pertinence de notre système fiscal pour le secteur du numérique, qui tend à défavoriser les acteurs français. Enfin, il faut anticiper sur l’avenir en misant sur l’éducation au numérique et en identifiant les compétences dont nous aurons besoin demain. L’idée de développer une filière numérique publique dans l’enseignement supérieur me semble être une bonne piste. Quel est l’intérêt, pour les collectivités, de miser sur le numérique ? Plus personne ne doute du fait que le numérique soit une opportunité sans précédent pour les collectivités. La logique de partenariat public-privé, déjà développée sur les sujets de déploiement via les délégations de service public (DSP), pourrait être réinventée sur d’autres sujets. Je vois trois grands sujets d’opportunité à court terme : la digitalisation des services et du commerce, la relocalisation de l’activité professionnelle et enfin la valorisation des données. La numérisation des services permet d’établir de nouvelles relations entre les citoyens et les collectivités. En rendant l’accès à l’in formation plus fluide, ces dernières peuvent non seulement faciliter les démarches des administrés mais aussi les faire interagir dans une approche de démocratie participative. Les PME qui misent sur le numérique peuvent renforcer leur ancrage local et leur compétitivité dans leurs relations commerciales, tout en s’ouvrant au marché international. La relocalisation de l’activité professionnelle s’envisage par l’émergence de « tiers-lieux » en périphérie urbaine et du télétravail ; cette nouvelle forme de travail plus durable plébiscitée par les collaborateurs et rendue possible par les connexions haut débit et le cloud. Les acteurs privés ont un rôle à jouer notamment pour aider les collectivités à favoriser ces nouvelles pratiques. Dernier point, l’open data, qui offre l’opportunité d’utiliser et valoriser les données du territoire, stimulant le développement de services innovants, accessibles à tous.
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