Yves Tournie

Yves Tournié - TDR


Total Développement Régional soutient des Petites et Moyennes Entreprises (PME) qui se créent, se développent, se transmettent ou s’exportent. Le Groupe Total contribue ainsi, en partenariat avec les acteurs socio-économiques locaux, au dynamisme des Régions où il intervient, et à la création ou au maintien d’emplois. Les enjeux avec Yves Tournié, directeur de Total Développement Régional.
Peut-on dire que Total est aujourd’hui un acteur du développement local ?
Total s’inscrit dans une politique de développement durable, en particulier en France. Cette démarche est notamment portée par notre filiale Total Développement Régional (TDR), qui assure un ancrage économique dans les régions traditionnelles d’implantation du Groupe. Nous veillons aussi à ce que les territoires conservent leur dynamique, y compris en cas de restructuration industrielle, comme à Dunkerque où nous avons dû fermer une raffinerie. Et puis, la bonne santé d’un territoire, c’est aussi la bonne santé d’un grand Groupe qui travaille avec lui ! Il s’agit bien d’un intérêt mutuel. Notre raison d’être est la création d’emplois au sein des PME, par des aides financières ou de conseil dans l’accompagnement de leur développement. C’est ainsi que nous avons déjà aidé plus d’un millier d’entreprises : au cours des seules dix dernières années ce sont 15 000 emplois qui ont été programmés ou créés, 60 millions de prêts qui ont été accordés, dont 20 millions pour la revitalisation des territoires.
Quels sont les critères de sélection des entreprises qui bénéficient de cette démarche d’accompagnement ?
Il y a deux niveaux d’intervention. Le premier concerne l’aide à la création, au développement ou à la reprise d’activité. Cette démarche s’adresse à des entreprises de taille modeste. Nous leur permettons de bénéficier d’un prêt de trois à cinq ans, sous forme d’avances remboursables à taux zéro, jusqu’à 50 000 euros. Ce sont des entreprises qui ont moins d’un an ou moins de cinq ans de reprise. Cet appui concerne tous les secteurs d’activité, sans lien avec nos activités. La seconde démarche consiste à apporter un appui financier pour les entreprises innovantes dans leur phase de développement, qu’elles soient matures ou start-up. C’est une action menée notamment avec Oséo* ou le Cetim**, qui identifient des « champions » de l’innovation. Oséo en repère environ 400 chaque année en France. Nous en sélectionnons une quarantaine par an, dans des secteurs spécifiques intéressant le Groupe, avec lesquelles nous prolongeons ainsi l’action d’Oséo pour leur permettre de passer le cap difficile du passage de la phase de recherche à la phase de production. Nous pouvons leur accorder jusqu’à 300 000 euros. Ce prêt s’effectue sur une durée de cinq à six ans, avec un différé de remboursement. Cet appui concerne des entreprises qui ont une démarche pertinente dans des hautes technologies utilisables dans le secteur de l’énergie, pétrole ou gaz par exemple.
Cette démarche se limite à la France ?
Nous aidons des entreprises françaises susceptibles d’intervenir à l’export. Plusieurs de nos filiales à l’étranger peuvent permettre d’accompagner cette volonté. Nous mettons à leur disposition notre connaissance du pays et des acteurs locaux, ainsi que, localement, des VIE [Volontariat international en entreprise, NDLR] qui leur sont dédiés. Il faut toutefois que cette démarche à l’international profite à la création d’emplois en France. Nous faisons en sorte que cette démarche soit en cohérence avec notre ancrage territorial.
Est-ce que toutes ces démarches s’inscrivent avec les politiques menées par les Conseils régionaux, certaines villes ou départements ?
Ces entreprises nous arrivent par le biais du Réseau Entreprendre, d’Oséo, des Chambres de commerce et d’industrie (CCI), mais aussi par les régions d’implantation. C’est le cas en Aquitaine, Pays de Loire, Normandie, vallée du Rhône, Nord et l’Est et PACA. L’État fait beaucoup avec Oséo, UbiFrance, la Caisse des dépôts et consignations. Mais l’intervention d’un acteur privé est souvent utile pour évaluer la pertinence du soutien sur le plan de l’expertise économique ou industrielle. Nous conjuguons nos talents avec les Régions et nous utilisons le le vier de l’État. Car je pense qu’il est nécessaire, comme en Allemagne ou dans les pays anglo-saxons, d’avoir recours à des fonds privés. Cela permet de restreindre la prise de risque par un banquier. C’est une impulsion qui conforte les Conseils régionaux, l’État, et qui permet ainsi à des projets de voir le jour ou d’être confortés. Nous échangeons aussi sur ces bonnes pratiques avec plusieurs grandes entreprises du Cac 40 qui adhèrent à cette démarche, au sein de l’initiative « Pacte PME », et cela permet de développer cette approche fonds publics-fonds privés. C’est ainsi que des dossiers qui ne seraient pas pertinents avec notre propre logique d’ancrage régional peuvent être transmis à d’autres grands Groupes. C’est une dynamique qui doit être amplifiée, car, au-delà de l’appui financier, la caution est indispensable à l’entreprise qui présente son dossier aux banques.
Avez-vous un exemple significatif d’entreprise qui existe ou continue d’exister grâce à votre démarche ?
Il y en a beaucoup ! Je citerai l’entreprise OTech, dans les Landes. Au départ il s’agissait d’un atelier agricole semi-industriel dans le secteur de l’arrosage. Nous trouvions sa démarche pertinente et nous l’avons aidée. Elle souhaitait élargir son champ d’action compte tenu de la saisonnalité de son activité. Nous l’avons emmenée en Australie afin de trouver une activité à contre-cycle. Et dans un second temps nous lui avons permis d’être présente au Kazakhstan. Elle réalise désormais 40 % de son chiffre d’affaires avec ce pays. Il s’est agi uniquement d’une mise en relation avec les entreprises locales de ce pays. Il faut s’appeler Total pour avoir cette capacité de contact.
C’est donc un engagement de solidarité… ?
C’est d’abord un engagement d’ancrage économique auprès des territoires. C’est une démarche de solidarité. La bonne santé des territoires, comme je l’ai déjà dit, c’est la bonne santé de Total. Depuis que je suis dans ce métier, j’observe une grande qualité de dossiers, en particulier dans l’innovation. En France, on manque de crédibilité dans les soutiens et il faut plus de solidarité entrepreneuriale. Nous sommes dans cette démarche qui permet d’insuffler une dynamique entre fonds publics et fonds privés auprès des entreprises françaises parce qu’elles le méritent ! C’est pourquoi, ainsi que je vous l’ai dit, nous irons encore plus loin en faveur des PME innovantes en octroyant des prêts significatifs. Nous réfléchissons à la possibilité de faire de nos PME les plus innovantes des ETI [Entreprise de taille intermédiaire, NDLR]. Ce sera le nouveau front d’action de Total pour permettre de renforcer la compétitivité de nos entreprises.
* Epic qui finance les PME françaises pour l’emploi et la croissance. ** Centre technique des industries mécaniques. 

Joël Genard
Article paru dans le numéro 456
du mercredi 21 NOVEMBRE 2012

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