Thierry Guerrier. Stéphane de Sakutin/AFP

Thierry Guerrier. Stéphane de Sakutin/AFP


Florange et la chimère de la nationalisation… Le refus de Notre-Dame-des-Landes et la théorie ténébreuse de la décroissance… Le droit de vote des étrangers et le rappel incessant à ses promesses de campagne… Sur sa gauche, rouges, verts et jaunes, les démagogues de tous calibres se surpassent depuis quelques semaines pour submerger François Hollande sous leurs surenchères, supposées vertueuses. Héritiers d’une gauche tribunitienne toujours fâchée avec le réalisme économique, enfants gâtés d’une société qui n’ose plus assumer (et promouvoir) son développement, éternels théoriciens d’un antiracisme de salon, ils préfèrent manier l’anathème à l’égard du nouveau pouvoir (qu’ils avaient pourtant appelé de leurs voeux et au sein duquel nombre de leurs camarades tentent d’agir), l’anathème plutôt que la bienveillance, a minima, à défaut évidemment d’un soutien politique clair. Jusqu’où ces tenants d’une « vraie gauche », celle qui déteste le réel et s’y salir les mains, iront’ils dans leur escalade faussement angélique ? Combien de temps la schizophrénie qui a saisi le gouvernement et la majorité va-t-elle continuer à affaiblir son chef, au point de miner le fragile équilibre sur lequel s’appuie le président de la République ? Et surtout, comment faire prévaloir le sens des réalités sur les fantasmes des jusqu’au-boutistes ? Qui, par exemple, au sein de la gauche de gouvernement osera rappeler à Arnaud Montebourg et à ses thuriféraires qu’une nationalisation à un milliard d’euros pour sauver six à sept cents emplois, à Florange ou ailleurs, entraînerait la nation dans une spirale suicidaire, déclenchant des revendications similaires et tout aussi légitimes dans d’autres industries en difficulté ? Qui aura le courage d’exiger de Cécile Duflot la « cohérence » entre son mandat ministériel et son soutien aux opposants au projet de transfert de l’aéroport de Nantes sur une plateforme indispensable à l’essor économique de tout le Grand Ouest pour les trente ans à venir ? Qui, enfin, aura l’autorité morale suffisante pour fermement suggérer aux dirigeants de SOS Racisme de ne pas exiger « tout, tout de suite » du chef de l’État, le droit de vote des étrangers n’étant pas, et de loin, la première préoccupation des Français ?! Certes, des voix comme celle de Michel Rocard tentent bien un rappel à la sagesse ou, tout au moins, au pragmatisme. Le « sage» de la deuxième gauche a-t-il jamais été entendu… Il est tout de même une institution et un personnage, dont c’est bien la mission de monter sans cesse en première ligne pour défendre l’exécutif et expliquer ses choix : le Parti socialiste et son premier secrétaire. Passée la période de réorganisation de la direction du PS, Harlem Désir va devoir très vite assumer pleinement ce rôle. Aussi délicat soit-il. Si les ministres les plus « hollandais » s’évertuent aujourd’hui à l’intégrer davantage dans leur cercle, c’est pour mieux l’y pousser. Il y a urgence.

Thierry Guerrier
Article paru dans le numéro 457
du mercredi 12 décembre 2012

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