Francois Ernenwein. DR

François Ernenwein. DR


Pour François Hollande, l’entretien télévisé du jeudi 28 mars sur France 2 était lesté de très gros enjeux. Devant des Français inquiets face à la hausse continue du chômage, un recul significatif du pouvoir d’achat et un affaiblissement des protections sociales, il devait rassurer. À cause de la politique de rigueur forcément fatale dans un tel contexte économique marqué par la dégradation des comptes publics, cela lui imposait de proposer une méthode et d’inviter à une mobilisation pour franchir ce cap difficile. Il fallait rassembler les Français – tâche éminemment présidentielle – pour que le pays continue à avancer. Au terme de plus d’une heure d’entretien, pendant laquelle le chef de l’État s’est effectivement posé en « chef de la bataille », se déclarant conscient de la dureté des temps, François Hollande a d’abord témoigné d’une grande constance dans les choix faits par l’exécutif. Il n’est pas parvenu à convaincre qu’il était porteur d’un nouvel élan pour combattre la crise. Modeste et tenté par la pédagogie, son propos mêlait les slogans : « Ma priorité, je l’ai dit, c’est l’emploi, mais mon cap, c’est la croissance » et le catalogue exhaustif des mesures annoncées depuis 10 mois, rassemblées dans la fameuse « boîte à outils » pleine de pactes et de contrats divers. François Hollande s’est aussi risqué à des promesses audacieuses, que les prévisions ne valident pas : « À la fin de l’année, nous serons dans une baisse du nombre de chômeurs. » Mais, dans l’ensemble, son programme économique et social portait d’abord la marque d’une grande prudence – le refus de l’austérité, la stabilité fiscale – soulignée par une formule : « Le redressement, pas la maison de redressement. » Il donnait l’impression que la France choisit de faire le dos rond quand ses principaux voisins ont déjà engagé ou engagent des ruptures beaucoup plus radicales. Et surtout, François Hollande n’a pas su répondre au rejet dans une part importante de l’opinion de réformes de société comme le « mariage pour tous », encore mesurable ce jeudi soir avec plusieurs milliers de manifestants rassemblés devant le siège de France Télévisions. En voulant éviter le piège de la fébrilité, souvent prêtée à son prédécesseur à l’Élysée, François Hollande a donné l’impression de renvoyer à moyen terme les remèdes à la crise et ne pas avoir toujours conscience du sentiment d’urgence exprimé dans les sondages et lors d’élections partielles par une part significative des Français. En faisant ce choix, celui d’une gestion sereine dont les effets sont loin d’être garantis, le chef de l’État a pris le risque d’accroître encore un peu plus le scepticisme et d’avoir, lui et son gouvernement, à affronter une impopularité aggravée dans les semaines qui viennent. Pour les Français, en tout cas, il n’y avait, dans les propos présidentiels, rien de nature à réduire leurs incertitudes, ni a fortiori à leur donner le sentiment que ces choix sont en mesure de répondre à leurs inquiétudes.

François Ernenwein
Article paru dans le numéro 462
du mercredi 3 avril 2013

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