Gilles Babinet

Gilles Babinet, auteur de l’étude Pour un « New Deal » numérique. BERTRAND LANGLOIS/AFP


Gilles Babinet, auteur de l’étude Pour un « New Deal » numérique, est un multi-entrepreneur dans le domaine du numérique. Premier président du Conseil national du numérique entre avril 2011 et avril 2012, il a été nommé « Digital Champion » par Fleur Pellerin en juin 2012.
Il représente à ce titre la France auprès de la Commission européenne pour les enjeux liés au numérique.
À quelles difficultés se confronte un entrepreneur du numérique en France en 2013 ?
La principale difficulté pour un entrepreneur du numérique était, avant les mesures récemment annoncées par le gouvernement, celle de la barrière du financement de l’innovation. Certes, il faudra du temps avant que l’ensemble des dispositifs annoncés ne se mettent en place, mais cet obstacle, qui était à mes yeux le plus significatif, est en passe d’être surmonté. Je ne parlerai donc plus de difficultés, mais bien d’opportunités. Il faut à présent que nous fassions largement comprendre que le numérique offre un potentiel extraordinaire de création de richesse, d’emploi, de mobilité sociale et de renouvellement des processus démocratiques, plutôt que de parler de difficultés.
Où en est la France en matière d’open data ?
Il existe une véritable prise de conscience et une volonté de faire, mais un double obstacle existe. Non seulement nos systèmes sont vétustes et il est plus difficile d’en ouvrir les données ; là aussi on ne peut qu’espérer que les récentes annonces à l’égard de la modernisation de la fonction publique seront mises en oeuvre. D’autre part, les fonctionnaires français expriment une méfiance marquée à l’égard de l’ouverture des données : seuls 27 % y sont favorables – contre plus de 70 % en Suède. Il y a donc un important travail de pédagogie à mener sans relâche pour sortir des logiques de « pré carré ».
Comment le numérique peut-il rapprocher le citoyen de l’État ?
Certainement en offrant de meilleurs services. La télédéclaration des revenus était une belle avancée, mais elle date déjà de 2004 et trop de formalités désuètes subsistent, que le numérique permettrait de simplifier. Par ailleurs, l’open data n’a de sens que si les citoyens peuvent être amenés à participer à la décision liée à l’action publique. Il faut donc, au delà du travail sur les données elles-mêmes, introduire de la participation citoyenne par le biais de plates-formes en ligne et repenser ainsi le fonctionnement de nos institutions pour les faire entrer dans le XXIe siècle. Auparavant, tout cela n’était pas envisageable pour des raisons pratiques. La technologie nous le permet aujourd’hui. Refuser de le faire, c’est prendre acte que le problème n’est pas celui de la défiance des citoyens à l’endroit des élus, mais bien de celui de la défiance des élus à l’endroit des citoyens.

Lucie Piolot, chargée d’études à l’Institut Montaigne
Article paru dans le numéro 465
du mercredi 5 juin 2013

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