Salle de classe

Salle de classe de l’école « 42 ». DR.


Le chômage des jeunes s’aggrave encore et toujours dans notre pays. Aujourd’hui, près de deux millions de jeunes ne sont ni à l’école, ni en emploi, ni en formation, soit 17 % des 15 à 29 ans !
Le niveau d’études est un critère décisif dans la trajectoire professionnelle des jeunes : ainsi, les plus fragiles sont les plus touchés et le taux de chômage des non-diplômés est près de trois fois plus important que celui des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur.
Alors que Paris et Berlin viennent d’annoncer, le 28 mai dernier, leur propre « New Deal » européen contre le chômage des jeunes, il faut garder à l’esprit que si tous les pays européens ont été affectés par la crise, nous obtenons des résultats particulièrement alarmants. Sur la période 2002-2010, la France figure parmi les plus « mauvais élèves » en matière d’emploi des jeunes, se plaçant en quatrième position après l’Italie, l’Espagne et la Grèce. Face à ce constat, les pouvoirs publics doivent se saisir de tous les secteurs d’avenir à même de créer des emplois pour ces jeunes. L’un de ces secteurs clés, pour lutter contre le chômage des jeunes, est le numérique. L’économie numérique, transversale et capillaire, concerne 80 % de l’économie française. Son coeur, constitué des technologies, infrastructures, télécommunications, informatique et économie de l’Internet, représente à lui seul 5,2 % du PIB et 3,7 % de l’emploi. Cet écosystème dynamique contribue à près du quart de la croissance et de la création d’emplois en France. C’est une véritable manne que le numérique propose à qui sait s’en saisir – et au regard des performances de nos voisins, nous pouvons faire bien davantage. Notre pays manque de main d’oeuvre qualifiée dans ce secteur. L’approche très académique de l’enseignement supérieur français est un frein au développement de nouvelles formations pour ré – pondre aux compétences multiples requises par les métiers de l’Internet. Design, mathématiques, sciences sociales, gestion, marketing, programmation : c’est par le partage et la collaboration entre des compétences diverses que les investissements dans l’économie numérique accroissent la compétitivité de l’ensemble des autres secteurs. En ce sens, la création de « 42 », l’école d’informatique fondée par Xavier Niel et ses associés, introduit une rupture bienvenue en visant à faire émerger de nouveaux talents parmi les jeunes, notamment peu qualifiés.
Pour favoriser ces logiques d’émulation et ainsi proposer de nouvelles formations et de nouveaux emplois à nos jeunes, les pouvoirs publics ont un rôle central à jouer et deux actions à mener en priorité. La première consiste à renforcer les liens entre les entreprises et le monde universitaire. L’orientation professionnelle doit être proche du marché du travail afin de concilier la formation des jeunes, leurs aspirations et les besoins en emploi. À cet égard, les pôles de compétitivité où entreprises de grande taille, chercheurs, universitaires et startup peuvent collaborer sont un formidable levier de compétitivité. La seconde consiste à favoriser, au sein des universités et des écoles, la mise en place de chaires transdisciplinaires entre les TIC et les formations universitaires, afin de répondre aux besoins de transversalité et de capillarité propres à l’économie numérique. Ces formations devront être adaptées en fonction des bassins d’emploi, là où se jouent les rencontres entre les employeurs et les jeunes. Le pilotage local des politiques de l’emploi est en effet nécessaire pour assurer une gestion décentralisée de l’insertion professionnelle.
Malgré les récentes mesures d’accompagnement vers l’emploi, trop de jeunes se retrouvent sans perspectives. Face à cette situation inacceptable, une solution s’impose : le numérique, qui offre des opportunités sans nombre aux jeunes, quels que soient leur formation et le secteur d’activité.

Lucie Piolot, chargée d’études à l’Institut Montaigne
Article paru dans le numéro 465
du mercredi 5 juin 2013

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