Xavier Bertrand, Député-Maire de Saint-Quentin

Xavier Bertrand, Député-Maire de Saint-Quentin


Pour Xavier Bertrand, candidat déclaré à la primaire de l’UMP de 2016 en vue de la présidentielle, sur le dossier des retraites comme sur d’autres sujets, la majorité « n’a pas plus d’idées que de courage ». 
Vous avez porté une réforme des retraites en 2003, que pensezvous de celle qui est présentée par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ?
Ne parlons pas de réforme des retraites, c’est juste un bricolage fiscal. François Hollande avait dit pendant la campagne présidentielle qu’il n’allongerait pas la durée de cotisation. Au final, il fait exactement l’inverse. Ce bricolage ne règle rien, ne finance quasiment rien et si, aujourd’hui, les jeunes sont parmi les plus inquiets de ce rendez-vous manqué, c’est parce qu’ils ont compris qu’ils en seront les premières victimes. Il faudra une nouvelle réforme des retraites dans quatre ans, au plus tard. Le financement du système n’est pas garanti. Le déficit du système de retraite atteindra 20 milliards d’euros à l’horizon 2020 ; le financement prévu est de sept milliards. Où est la différence ? L’autre faiblesse de cette réforme : François Hollande a préféré ne pas froisser ce qu’il considère comme sa clientèle électorale – notamment les fonctions publiques – en refusant d’aligner le public sur le privé. Et cela, les Français ne peuvent plus le comprendre.
L’erreur majeure, selon vous…
Absolument. Les Français sont aujourd’hui prêts à faire des efforts, mais à une seule condition : que ces efforts soient les mêmes pour tout le monde. Si vous voulez répondre au problème démographique d’allongement de la durée de la vie, il faut retarder l’âge de départ à la retraite. Là encore, par manque de courage, François Hollande s’est refusé à le faire. C’est une faiblesse qui va pénaliser tous les futurs retraités. Aujourd’hui, les socialistes ne peuvent garantir que toutes les retraites continueront à être payées.
Allez-vous être en pointe dans l’opposition à cette réforme?
Oui, je vais m’investir dans ce débat, parce que la question des retraites est un élément fondamental du pacte social français. J’ai été le premier à proposer de repousser l’âge légal à 65 ans et je pense qu’il faut une réforme complète, qui fasse dès maintenant l’alignement du public sur le privé: prendre en compte les primes des fonctionnaires, mais aussi passer aux 25 meilleures années, comme dans le privé. Enfin, mettre en place un système d’épargne en complément de notre système par répartition.
Sur la pénibilité ?
La gauche n’est pas la première à en parler : j’ai déposé l’amendement sur la pénibilité en 2003. Sur la question des retraites comme sur les carrières longues, les socialistes adoptent la stratégie du coucou : ils font leur nid dans celui des autres, ils n’ont pas plus d’idées que de courage.
Cet été, on vous a peu entendu, et notamment sur le dossier syrien…
Je me suis exprimé, notamment dans la presse quotidienne régionale.
Sur ce dossier, regrettez-vous la cacophonie de l’UMP ?
Je regrette surtout que la position de la France ait été incohérente. Le président de la République a suivi aveuglément la position américaine. Où est la tradition d’une diplomatie française indépendante et dynamique? J’aurais préféré que la France déploie des initiatives. Si M. Fabius s’était rendu 10 fois en Russie pour faire bouger la position de Vladimir Poutine, je n’aurais émis aucun reproche. Deuxième point, j’aurais souhaité que la France utilise la diplomatie européenne. Si vous n’essayez rien, vous n’obtenez rien. La diplo matie n’est pas un art facile, ni une science exacte, mais dans ce cas précis, la nôtre a été défaillante.
Et cela explique la cacophonie à l’UMP ?
Comment se positionner face à une position changeante ? Il y a effectivement un point sur lequel je n’ai pas été en accord avec certains : je n’ai pas exigé un vote du Parlement, parce que ce vote n’est pas prévu par la Constitution. Contrairement à M. Hollande, qui avait exigé un vote du Parlement en 2008, je suis cohérent. Quand on a un président de la République qui affaiblit autant la fonction par son attitude, nous ne devons pas, nous, affaiblir la fonction présidentielle en remettant en cause la Constitution.
Sur la « pause fiscale » ?
Le mensonge, toujours : on nous annonce une pause fiscale alors que la TVA augmente au 1er janvier. Le sujet qui se pose aujourd’hui, c’est un problème de crédibilité de la parole politique. La situation économique et sociale exige que les Français fassent des efforts. Pour pouvoir leur demander ces efforts, il faut inspirer confiance ; le gouvernement fait exactement le contraire. Ce problème de crédibilité explique en partie la difficulté qu’a la France à mener les réformes importantes.
Cette difficulté de la France à se « réformer » C’est pour cette raison que vous avez fait la proposition, cet été, de revenir au septennat.
Oui, car je pense que le discrédit qui touche la classe politique vient du fait que les Français sont convaincus que les politiques sont accaparés par la conquête du pouvoir, par la conservation du pouvoir, plutôt que par l’exercice du pouvoir dans le sens de l’intérêt général. Par nature, les réformes importantes ont de fortes chances de déclencher de l’impopularité. Un président de la République qui pense naturellement à sa réélection peut, même s’il en a, oublier son courage. Si l’on veut sortir de ce cercle vicieux, il faut un changement majeur : revenir au septennat, et faire en sorte qu’il soit non renouvelable. Un changement institutionnel ne crée pas un seul emploi, ne fait pas baisser les impôts, mais il est aujourd’hui indispensable pour recréer la confiance.

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