Marine Le Pen (Gabalda / AFP)

Marine Le Pen (R. Gabalda / AFP)


Marine Le Pen ne veut plus que le Front national soit taxé de parti d’extrême droite, car, selon elle, l’emploi de cette qualification vise « à criminaliser les idées du Front national ».

Le fait de ne plus qualifier le Front national d’extrême droite va-t-il selon vous mettre un terme à sa « diabolisation » ?
Ce n’est pas un problème de diabolisation. Ce terme est employé comme une arme politique contre le Front national. Il n’est pas utilisé de manière impartiale pour situer le Front national sur l’échiquier politique. On ne devrait d’ailleurs en aucun cas le classer à la droite de la droite, si j’en crois ce qu’a admis M. Copé [« Je ne sais pas si c’est un parti d’extrême droite ou d’extrême gauche », a déclaré le président de l’UMP, sur France 2 le 11 octobre, N.D.L.R.].
L’emploi de cette expression vise à criminaliser les idées du Front national, pour l’amalgamer avec un certain nombre de mouvements violents, comme le parti grec L’Aube dorée. Je remarque que les journalistes qui continuent volontairement d’employer ce terme le font en tant que militants politiques. Les Français ont besoin d’avoir cette grille de lecture pour savoir pourquoi ce terme est employé en permanence alors même que les militants du Front national le contestent.
Si, selon vous, le Front national n’est pas d’extrême droite, l’a-t-il été un jour ? Vous avez souvent dit que vous assumiez toute l’histoire du FN…
On peut à la limite discuter sur le fait que le Front national ait pu être considéré à la droite de la droite, à l’époque où nous avions avec le RPR une différence de degré, de nature. Aujourd’hui, sur le plan politique, le Front national ne peut plus être considéré d’extrême droite, puisque sur l’intégralité des choix économiques, il n’est pas à la droite de la droite ; sur la vision de l’Europe, il n’est pas à la droite de la droite. C’est une faute d’analyse politique. Ce terme « d’extrême droite » a évolué dans le temps, et n’est utilisé aujourd’hui que comme une injure. La preuve : quand à l’UMP ou au PS ils s’insultent entre eux, ils se traitent d’extrême droite.
Est-ce que le terme de « national-populisme », sur lequel s’accordent de nombreux chercheurs qui étudient de longue date votre parti, vous conviendrait plus ?
Le terme « national-populisme » est utilisé pour qualifier l’intégralité des mouvements en Europe qui, peu ou prou, s’opposent à l’Union européenne, à la perte des identités, et qui plaident pour le rétablissement des frontières, pour la souveraineté. Même si le terme « national-populisme » est aussi utilisé de manière péjorative, j’en accepte l’expression.
Selon Michel Wieviorka, le Front national vit dans une tension entre sa condamnation du système et son appartenance au système.
Je crois que nous ne parlons pas de la même chose. Quand ils parlent du « système », ces politologues évoquent le système démocratique. Le système que nous dénonçons, c’est une oligarchie : un certain nombre de personnes qui considèrent qu’ils doivent diriger la France en s’abstenant de respecter le processus démocratique. Le Front national ne conteste pas le système démocratique de la France, et nous n’entendons absolument pas changer sur ce point. Je peux résumer ce que nous entendons, quand nous parlons « d’appartenir au système », c’est faire partie du club du Siècle.
Les élections européennes, par exemple : pourquoi vouloir entrer dans des institutions que vous honnissez ?
Si, avec l’ensemble de nos amis patriotes européens, nous n’entrons pas au Parlement européen en 2014, nous laisserons au PPE et au PSE la possibilité d’imposer un fédéralisme européen dont les Français ne veulent pas. Il faut lutter de l’intérieur, pour espérer constituer l’Europe des coopérations que nous appelons de nos vœux : l’Europe des nations libres et souveraines, et pas l’Union soviétique européenne.
Le Front national jouera le rôle d’arbitre, le soir du premier tour des municipales. Avec quels partis serez-vous susceptibles de nouer des alliances ?
Nous avons rédigé une charte, répertoriant dix points non négociables. Si, au cas par cas, il y a des candidats, quels qu’ils soient (divers droite, divers gauche, etc.) qui se disent d’accord avec cette charte, et qui réclament un accord entre les deux tours, nous étudierons la question.
Combien espérez-vous de conseillers municipaux, à l’issue de ces élections municipales ?
Je pense que nous pouvons obtenir un millier de conseillers municipaux.
Pensez-vous que le Front national puisse progresser dans les grandes villes ?
Oui, je pense qu’il y aura une surprise : nous allons reprendr_e pied dans les grandes villes. Si j’en crois un certain nombre d’études, il semblerait qu’il y ait un mouvement nouveau par rapport à une décennie durant laquelle nous avons eu énormément de mal à exister dans certaines grandes villes : c’est le cas à Lille, à Paris et à Lyon.
Comment regardez-vous les déchirements à l’UMP sur l’attitude à adopter face à votre parti ?
Ce ne sont que des combats de personnes, d’ego. Cela donne une image absolument déplorable, et contribue au dégoût grandissant des Français à l’égard des partis politiques traditionnels. Ces batailles de stratégie démontrent une chose : ces partis sont prêts à tenir des discours totalement contraires à ceux qu’ils prononçaient quelques mois auparavant dans le seul but d’être élus. Ce n’est pas ça la démocratie. C’est faire preuve d’un grand mépris à l’égard de l’électeur, qui n’est pas dupe.
Insincère, François Fillon ?
Il y a bien un moment où il l’a été ! On ne peut pas dire tout et son contraire, ou alors on s’en explique, on dit qu’on a changé d’avis, qu’on avait tort. Un exemple : depuis des années, l’UMP nous a mis au ban au motif que nous étions pour la suppression du droit du sol. Et aujourd’hui, M. Fillon nous explique qu’il faut supprimer le droit du sol. Pourquoi nous avoir insultés quand nous faisons cette proposition ? On peut ne pas être d’accord avec nous, mais il faut au moins admettre que nous sommes cohérents dans nos propositions.
Propos recueillis par T.R.

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