Léa Seydoux (Wild Bunch Distribution)

Léa Seydoux (Wild Bunch Distribution)


UN PORTRAIT
Marilyn Monroe, la cicatrice de Claude Delay (Fayard)
Tant et tant de livres écrits sur Marilyn Monroe. Tant et tant d’hommes bouleversés par son destin. Tant et tant de médecins se sont succédé à son chevet post mortem, pour lui prendre le pouls, examiner ses entrailles, radiographier son cœur chancelant et son âme flottante…
On aurait bien aimé qu’ils fussent aussi nombreux de son vivant, pour l’empêcher de dériver jusqu’à ce fatal 4 août 1962. Mais fallait-il vraiment l’en empêcher ? Ses cicatrices de naissance étaient si géantes qu’immanquablement, elle se serait rapidement abîmée, dans les deux sens du terme. Et nous, égoïstement, nous n’aurions plus matière à fantasme, à mystère.
Cette petite Norma Jeane est née illégitime à Los Angeles. Sa mère, Gladys, ne tardera pas à gagner l’asile. C’est là que trente-six ans plus tard, quand elle apprend la mort de sa fille – du moins celle que chacun, sauf elle, sait être sa fille –, elle dira : « Marilyn Monroe ? Connais pas, je n’en ai jamais entendu parler. » Quant à Arthur Miller, le dernier mari de Marilyn, celui qui avait écrit pour elle Les Misfits (Les Désaxés), il aura une réaction encore plus incroyable. Sonné par la nouvelle, quand on lui demande s’il sera présent aux obsèques, il répond : « Mais elle ne sera pas là ? », avant de se rendre compte de l’incongruité de sa question.
C’est le destin de cette femme que nous raconte merveilleusement bien Claude Delay, dans un ouvrage qui fera date, un demi-siècle après la mort de Marilyn. Quand elle était petite, pour elle, toutes les femmes étaient des mamans, tous les hommes étaient des papas… Normal, elle ne connaissait ni son père ni sa mère. Plus tard, tous les hommes qu’elle a aimés, ou épousés, comme Miller, comme Joe DiMaggio, elle les a appelés Papa. Sauf John Kennedy, qu’elle surnommait Prez, pour respecter la fonction… Ce sont tous ces chocs affectifs, ce « tremblement de mère », ce « tremblement de père » que nous décrit en détail Claude Delay. Et, à notre tour, nous ne sortons pas intacts de la lecture de son livre.
UN FILM
La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche
Adèle, c’est Adèle Exarchopoulos, une jeune comédienne qui promet et qui crève déjà l’écran. Sa vie, c’est celle que lui invente le réalisateur Abdellatif Kechiche dont on avait beaucoup aimé la Graine et le Mulet ainsi que l’Esquive, et un peu moins la Vénus noire. L’homme a un talent incontestable pour mettre en valeur ses jeunes actrices (Sara Forestier, Hafsia Herzi…). Il a la réputation de beaucoup tourner, parfois jusqu’à l’épuisement de ses équipes, techniciens et comédiens. Mais ce qui se passe sur un plateau de tournage ne devrait pas nous concerner. Quand on est dans un restaurant étoilé, on ne pousse jamais la porte à double battant qui mène jusqu’aux cuisines. C’est dire que la polémique sulfureuse qui a entouré la présentation de ce film à Cannes puis l’attribution de la plus enviée des récompenses ne doivent pas influencer notre jugement.
Ce jugement, le voici : c’est un film solaire, qui n’a pas usurpé sa Palme d’or. Ce n’est pas un film sur l’homosexualité féminine, mais sur l’amour. Les deux actrices sont remarquables (et il n’y a aucune raison de distinguer l’une de l’autre, sous prétexte que Léa Seydoux a dit avec franchise ce qu’elle pensait des conditions du tournage).
Mais ce n’est pas parce que la caméra est hypnotique, aimantée par ces deux filles qui s’aiment à l’écran, qu’on est obligé d’accepter sans rechigner le principe d’un film de trois heures. Ce n’est ni Lawrence d’Arabie ni Autant en emporte le vent, il n’y a pas tant d’actions ou de rebondissements à répétition. Et je ne suis pas loin de partager l’avis de Julie Maroh, dont la bande dessinée, Le bleu est une couleur chaude, a inspiré le film : toutes les scènes d’amour ne sont pas indispensables. Mais au final, il faut aller voir La Vie d’Adèle !
UN RÉCIT
Une année qui commence bien de Dominique Noguez (Flammarion)
Tout commence il y a vingt ans presque jour pour jour. Nous sommes à la Société des gens de lettres. Comme plusieurs autres de ses confrères écrivains, Dominique Noguez participe à un colloque et se retrouve, tel le narrateur de Mort à Venise dans le salon du Grand Hôtel des Bains du Lido, frappé par la vénéneuse beauté d’un jeune homme sûr de lui et plutôt entreprenant. « Vénéneuse », c’est moi qui la qualifie ici, à cet instant du récit, Dominique Noguez ne le sait pas encore, pour son grand bonheur. Et pour son plus grand malheur. Car l’histoire qui va alors se nouer, faite de passions, de tromperies et de voyages, butera sur les premières lueurs du xxie siècle. L’auteur a eu besoin de la raconter longtemps après, se moquant bien de la pudibonderie d’une époque où les avocats relisent plume à la main les épreuves des livres trop intimes. Or la plupart des livres les plus sincères sont intimes et ne doivent pas s’encombrer du regard des autres. « Se raconter, nous dit d’ailleurs Noguez dans un envoi final, n’a pas que l’avantage célébré par Martial, d’offrir un supplément de vie, c’est l’inverse aussi : une préparation à l’allégement complet et définitif de soi. »
UN CONCERT
Jean-Philippe Collard joue Chopin – Salle Colonne, Paris 13e, du 14 au 18 octobre
Le compagnonnage de Jean-Philippe Collard avec Frédéric Chopin remonte à son adolescence et il est très intime. Je puis en témoigner : depuis quatre ans, il met en valeur cet immense compositeur tout au long d’une tournée où je lis des textes tirés de mon Anthologie des plus beaux poèmes d’amour. Il effleure les touches sans jamais les martyriser. Il les soumet simplement au rythme de sa passion. Cinq soirs de suite, il revisite tous les Préludes du roi de la musique romantique. Un enchantement pour l’oreille.
UNE EXPOSITION
La Renaissance et le Rêve, Bosch, Véronèse, Greco – Musée du Luxembourg Paris 6e, jusqu’au 26 janvier
Difficile de représenter un rêve dans un tableau. Difficile aussi d’incarner l’onirisme dans une exposition. C’est à ce défi que s’attelle le Musée du Luxembourg (qui dépend du Sénat) en réunissant 80 œuvres de la Renaissance, inégales mais pour la plupart inattendues. Certaines d’entre elles sont signées Jérôme Bosch, Véronèse, Dürer, le Greco ou le Corrège. Confrontation bienvenue, assemblage hétéroclite qui a le mérite de nous faire plonger dans le cerveau des artistes des XVe et XVIe siècles.

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