Le président de l'UMP, Jean-François Copé (AFP / François Guillot)

Le président de l'UMP, Jean-François Copé (AFP / François Guillot)


L’UMP s’émancipe de son mentor. La « droite décomplexée » s’affranchit de son théoricien. La créature échappe à son créateur…
Tout le monde connaît l’histoire du docteur Frankenstein, ce savant ingénieux mais irresponsable, coupable d’avoir laissé s’enfuir un monstre incontrôlable qui sème la désolation sur son passage. Ne peut-on pas faire un reproche similaire à Nicolas Sarkozy, le Frankenstein de l’UMP ? Au fil de son mandat, puis de sa campagne de 2012, il a, certes, toujours exhorté ses supporters à se débarrasser de ce qu’il considérait comme des « tabous » sur l’immigration et l’insécurité. Lors du fameux discours de Grenoble de juillet 2010, Nicolas Sarkozy avait même dégainé, un temps, une mesure de déchéance de nationalité pour certains meurtriers d’origine étrangère. Et pendant la campagne, sous l’influence de son conseiller Patrick Buisson, le président sortant n’avait cessé de surenchérir jusqu’à piétiner allègrement les plates-bandes de Marine Le Pen. Et pourtant, à chaque fois, grâce à sa propension à jouer les équilibristes au bord du précipice sans jamais y tomber, et à une plasticité doctrinale sans pareille, qui fait de lui un pragmatique plus qu’un idéologue, Nicolas Sarkozy a toujours su s’arrêter à temps. Ses héritiers n’ont ni cette pudeur, ni ce talent. Pire, il semble bien qu’ils n’ont plus de limites.
C’est le cas de Jean-François Copé, le Boris Karloff de Nicolas Sarkozy. Karloff est cet acteur atypique qui incarnait le monstre échappant au docteur Frankenstein dans le film éponyme de 1931 signé James Whale. Le député-maire de Meaux a repris le rôle. Prenant prétexte de la pantalonnade Leonarda qui a ridiculisé François Hollande, le président de l’UMP a exprimé son souhait de remettre en cause le droit du sol, pilier de l’intégration républicaine en vigueur en France depuis 1889, à l’exception de quelques limites posées entre 1993 et 1998 par la loi Pasqua.
En l’occurrence, ni Leonarda ni aucun de ses frères et soeurs n’ont profité du droit du sol. Les détournements du droit d’asile n’ont pas davantage de rapport avec cette question. Et en finir avec le droit du sol n’aurait d’autre conséquence que de multiplier le nombre d’étrangers présents sur notre territoire et donc de compliquer un peu plus leur intégration. Nicolas Sarkozy lui-même avait écarté toute réforme en répétant : « Le droit du sol, on n’y touche pas car c’est la France ! » Peu importe pour Jean-François Copé qui a sauté sur l’occasion de flatter quelques réflexes xénophobes… Même chose avec l’aide médicale d’État (AME) qu’il ne veut plus voir verser aux étrangers en situation irrégulière, un geste de « générosité » républicaine dont Nicolas Sarkozy s’était, là encore, porté garant. Il faut dire que Jean-François Copé a fort à faire. Un autre dirigeant de droite lui dispute le rôle de Karloff de l’UMP. Il s’agit de François Fillon. En appelant les électeurs de droite à choisir le « moins sectaire » en cas de duel FN-PS, l’ancien Premier ministre est allé, lui aussi, plus loin que Nicolas Sarkozy. Tout en rejetant le « Front républicain », l’ancien chef de l’État s’est toujours refusé à appeler à voter pour un candidat d’extrême droite. Le voilà donc dépassé par la surenchère d’héritiers inconséquents sous l’œil gourmand de Marine Le Pen qui n’en demandait pas tant… Encore un peu et ceux qui sont attachés à la sauvegarde du patrimoine républicain de la droite française finiront par le supplier : « Nicolas, reviens, ils sont devenus fous ! »

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