Anne Hidalgo, Première adjointe au maire de Paris (K. Tribouillard / AFP)

Anne Hidalgo, Première adjointe au maire de Paris (K. Tribouillard / AFP)


Selon la candidate du PS à la mairie de Paris, la métropole peut-être « le lieu d’un nouveau pacte social ».
Vous avez signé cet été un texte « Pour un sursaut métropolitain » pour sauver le Grand Paris de l’hostilité du Sénat. Comment expliquer le rejet de certains élus alors qu’ils acceptent les métropoles à Lyon et Marseille ?
Lors de la première lecture du texte au Sénat, en supprimant la métropole parisienne de la loi d’affirmation des métropoles, une majorité de sénateurs a fait le choix de l’immobilisme, et je le regrette, alors que la situation de l’agglomération parisienne impose de sortir de la stagnation et d’agir vite.
Je crois que certains territoires n’assument pas aujourd’hui leurs responsabilités, notamment en matière de logement. L’égoïsme n’est pas une politique au regard de la crise du logement. La métropole sera un puissant levier pour les contraindre à participer aux efforts collectifs. Cela dérange ceux qui ne souhaitent pas construire de logements, sans doute pour des raisons électoralistes. Ce projet de loi dérange également des élus trop attachés à certaines de leurs prérogatives. Personnellement, j’assume parfaitement que Paris transfère quelques compétences, en particulier le logement, à la métropole.
Le fait métropolitain est aujourd’hui largement reconnu. Et l’agglomération parisienne ne peut pas être tenue plus longtemps à l’écart d’un mouvement qui concerne toutes les grandes villes. Il faut la doter des institutions dont elle a besoin. Ce serait absurde d’écarter la première métropole française, la seule métropole mondiale de notre pays, de cette dynamique nationale et internationale. Heureusement, une majorité à l’Assemblée nationale, appuyée par le gouvernement et par de nombreux élus locaux, a su réagir.
Comment envisagez-vous la gouvernance de cette future métropole ? Certaines collectivités territoriales (notamment les intercommunalités) ou organismes publics (comme les syndicats), doivent-ils être fusionnés ?
Pour relever les défis du xxie siècle, on ne peut plus s’appuyer sur les outils du xxe siècle et sur les frontières du xixe siècle. Après des années d’indifférence, depuis 2001, Paris a su tisser des liens de coopération avec ses voisins et engager avec de nombreux élus une dynamique collective pour construire progressivement la métropole. Mais, désormais, pour avancer, nous devons accomplir un grand pas.
La future instance métropolitaine est indispensable pour agir de manière opérationnelle. Elle doit disposer de compétences en matière d’aménagement et de logement, définir une programmation ambitieuse, orienter la construction vers les zones de tension, conduire directement des projets et se substituer aux communes qui ne jouent pas le jeu.
Cette métropole doit être démocratique en représentant les territoires en fonction de leurs populations. Et surtout, elle devra répondre aux enjeux de manière efficace, être en capacité de décider et de conduire des projets d’intérêt métropolitain.
Pour avancer, et notamment recueillir l’accord des parlementaires, il était indispensable de ne pas ajouter un échelon. En ce sens, l’évolution des intercommunalités, dont certaines ont réalisé un travail formidable, vers un statut de territoires de la métropole, se justifie. J’ajoute que, dans quelques années, lorsque la métropole fonctionnera à plein régime, se posera la disparition des départements à l’intérieur de son périmètre.
Quelles seront les premières orientations que vous défendrez, à propos de la métropole, si vous êtes élue maire de Paris ?
La métropole peut-être le lieu d’un nouveau pacte social. Les appartenances multiples de ses habitants reflètent l’évolution de nos sociétés. La gouvernance est un outil au service d’un projet. Et les collectivités de l’agglomération parisienne partagent suffisamment d’enjeux pour justifier un avenir commun : réduire les inégalités sociales et territoriales, répondre à la pénurie de logements, créer des emplois pour tous, conforter notre attractivité internationale, améliorer le cadre de vie urbain… Ces défis ne datent pas d’hier mais leur échelle a évolué avec le temps.
Si je suis élue maire de Paris, je défendrai d’abord auprès de la métropole la nécessité d’assurer la production de logements dans la zone dense, si besoin en contraignant les communes qui n’en veulent pas. Je veillerai aussi à ce que la métropole soit un pilier du renforcement de l’attractivité économique. En parlant d’une seule voix à l’échelle mondiale, elle en a les moyens. Je souhaite également que la métropole garantisse une solidarité entre les territoires, la lutte contre l’exclusion, l’amélioration de la qualité de l’air en adoptant des règles communes en matière de circulation et de stationnement, ou en lançant par exemple des chantiers de rénovation thermique des logements. Le Grand Paris apportera des solutions efficaces et durables afin de dépasser les conservatismes et améliorer le quotidien de celles et ceux qui y vivent et y travaillent.
Que proposez-vous pour le logement et pour les transports ?
Ce sont effectivement deux sujets majeurs, auxquels j’ajoute l’emploi, l’environnement, la culture et l’innovation. Je le rappelle souvent, le logement est pour moi la priorité des priorités. Je veux provoquer un choc sur le marché du logement et répondre notamment aux besoins des classes moyennes et des jeunes actifs.
À Paris, durant le prochain mandat, je souhaite créer 10 000 logements supplémentaires chaque année. C’est beaucoup, mais c’est réaliste en actionnant tous les leviers disponibles : nouveaux projets d’aménagement, transformation de bureaux en logements, remise sur le marché de logements vacants, évolution du plan local d’urbanisme pour permettre de trouver de nouvelles opportunités foncières, obligation d’intégrer des logements intermédiaires dans les projets privés… Je souhaite également que Paris atteigne 30 % de logements sociaux en 2030.
J’ai réuni une nouvelle fois le 3 octobre dernier les professionnels de l’immobilier, avec des maires du Grand Paris. Nous nous sommes entendus sur plusieurs mesures qui permettront de mettre en œuvre ces objectifs, et notamment de produire des logements intermédiaires destinés aux classes moyennes et aux jeunes actifs.
Et pour les transports ?
Je souhaite poursuivre et amplifier les efforts en matière de partage de l’espace public en faveur des piétons et des modes doux, à l’image de ce que nous avons réalisé sur la place de la République et sur les Berges de Seine. Je développerai Autolib, je favoriserai la voiture électrique en doublant le nombre de bornes et en offrant la gratuité de la recharge, je construirai de nouvelles pistes cyclables, je prolongerai le tramway des maréchaux au nord comme au sud de Paris. Je lancerai de nouveaux projets de transports en commun comme la prolongation de la ligne 10 du métro ou encore une liaison rapide entre les gares. Je souhaite raisonner en termes de système, de mobilité, d’usage. Il faut penser à la fluidité du trafic et à toutes les mobilités : voitures, transports collectifs, modes doux.

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