Jean-Yves Charlier, président-directeur général de SFR (photo : B. Sidler)

Jean-Yves Charlier, président-directeur général de SFR (photo : B. Sidler)


Selon le président-directeur général de SFR, résumer la fracture numérique à la seule question de la couverture serait une erreur. Et l’implication forte des pouvoirs publics est essentielle.
Comment apporter la meilleure couverture numérique à l’ensemble du territoire ?
La couverture numérique du territoire est une des attentes essentielles de nos concitoyens ; elle figure parmi leurs cinq priorités locales*. C’est un impératif quotidien pour SFR, qui ne cesse d’étendre le maillage et la qualité de ses réseaux fixes et mobiles pour porter les usages de demain. SFR a été le premier opérateur à lancer une offre 4G grand public, à Lyon, en novembre 2012. Nous atteindrons un taux de couverture en 4G de 40 % de la population desservie à la fin de cette année. Les déploiements ainsi engagés impliquent des investissements massifs qui pourraient être rationnalisés par la mutualisation d’une partie des réseaux mobiles. Cette solution de mutualisation permettrait en outre de renforcer et d’améliorer la couverture existante. SFR travaille aujourd’hui sur cette approche. Nous avons également la volonté de poursuivre notre engagement concernant la 3G. Plus de 99 % de la population est désormais couverte dans cette technologie par SFR, dans les zones urbaines comme rurales. Nous continuerons à déployer la 3G, et également le Dual Carrier, une évolution de la 3G dont les performances sont celles du très haut débit et avec laquelle SFR couvrira 70 % de la population à la fin de l’année. Le déploiement du très haut débit fixe avec la fibre optique est aussi une priorité et le calendrier que nous nous sommes fixé est ambitieux, notamment pour le déploiement en zones moins denses. Mais résumer la fracture numérique à la seule question de la couverture serait une erreur. C’est le développement et l’appropriation des nouveaux usages qui permettront de réduire la fracture numérique. Si les plans de déploiement du très haut débit fixe initiés par le gouvernement et mis en œuvre par les opérateurs portent leurs fruits, c’est seulement le développement de nouveaux services et usages qui donnera tout son sens à la révolution numérique.
Justement, selon vous, quel rôle les pouvoirs publics doivent-ils jouer dans cette révolution numérique ?
Il ne s’agit pas seulement d’afficher des objectifs en pourcentage de couverture en haut débit mobile ou en fibre pour 2020 ; il faut dès maintenant développer les services qui donneront à ces réseaux un vrai pouvoir démultiplicateur pour les citoyens, les entreprises et les collectivités. C’est sur ce terrain que se situe la nouvelle frontière du numérique dans notre pays, au-delà de la couverture déjà bien engagée. D’autres nations, sur tous les continents, nous montrent ce que le e-learning change pour leur éducation, ou la e-santé pour leur système de santé. Les pouvoirs publics, l’État comme les collectivités, doivent se saisir de ces usages numériques, se les approprier et développer de nouvelles applications pour le bien-être collectif. Et de façon plus générale, les pouvoirs publics doivent assurer aux opérateurs de télécommunications un cadre réglementaire stable, condition sine qua non pour nous permettre d’engager les investissements nécessaires au déploiement des réseaux à très haut débit, fixe et mobile, sur tout le territoire. Car ce sont bien entendu les zones où la population est la moins dense, donc celles où les investissements sont les plus longs à rentabiliser, qui sont les premières pénalisées par les difficultés des entreprises de télécommunications imputables à l’instabilité du contexte juridique dans lequel nous évoluons. La France numérique des services peut redonner de l’espoir à des régions touchées par la désindustrialisation. Elle doit permettre de recréer des sources de dynamisme économique pour tous les territoires. Pour y parvenir, l’implication forte des pouvoirs publics est indispensable.
Les élections municipales se dérouleront en mars 2014. Quels sont selon vous les grands projets numériques dont les futurs élus municipaux devraient se saisir ?
Les élections municipales seront l’occasion pour les candidats de présenter de véritables stratégies numériques à leurs électeurs. L’attente des Français est très forte : alors que les impôts locaux sont leur première préoccupation pour ce scrutin, ils sont plus de 80 % à vouloir que leur commune investisse davantage dans le numérique. Ce sont bien les usages numériques qu’ils veulent voir se développer pour faciliter leur quotidien. Et c’est la responsabilité des élus locaux, au cœur de l’action de terrain, d’initier ce mouvement. Cela passe par le développement de l’e-administration bien sûr, par la transparence sur les données qui facilite la vie des administrés, représente un gain de temps appréciable et leur permet de participer davantage encore à la vie démocratique. Cela passe par l’information géographique, au travers de plans interactifs, de données sur les transports, de systèmes d’itinéraires fournis par la géolocalisation, notamment pour les personnes à mobilité réduite. Cela passe aussi par le développement de nouvelles solutions de télétravail qui améliorent le quotidien des salariés et diminuent les contraintes liées au transport, en particulier grâce au « cloud computing ». Cela passe enfin par une réflexion numérique globale sur l’aménagement durable des territoires : optimisation des déplacements, du stationnement, mais aussi consommation d’énergie, gestion des déchets…. Les citoyens seront appelés demain à s’investir davantage encore dans la vie locale et à devenir acteurs des politiques publiques. Plus de bien-être personnel, plus de bien-être pour la collectivité, c’est ce futur dessiné par le numérique que les maires doivent imaginer à l’échelle de leur territoire. Car il existe des solutions, des services adaptés à toutes les tailles de collectivités. Nous devons œuvrer d’un commun effort pour construire un partenariat entre les sphères publique et privée. L’impulsion publique est plus que jamais nécessaire pour offrir de nouvelles possibilités d’usage du numérique qui dynamiseront tous les territoires. Nous pouvons ainsi redonner le sens du progrès à notre société toute entière. Et cela commence aujourd’hui !
*selon une enquête réalisée par l’institut CSA.

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