Antoine Frérot, président-directeur général de Veolia Environnement

Antoine Frérot, président-directeur général de Veolia Environnement


Entretien avec Antoine Frérot, président-directeur général de Veolia Environnement.
Quels sont pour vous les principaux enjeux de l’eau en France ?
Cinq enjeux majeurs se dégagent : préserver la quantité et la qualité de la ressource pour satisfaire les besoins des générations actuelles et futures ; garantir la qualité de l’eau distribuée au robinet ; étoffer les dispositifs de solidarité envers les personnes en situation de précarité, afin qu’elles continuent de bénéficier du service vital d’eau potable et d’assainissement ; rendre les réseaux intelligents grâce à des compteurs qui dialoguent avec les habitants et les aident à mieux maîtriser leur consommation ; trouver des solutions techniques et financières qui répondent aux nouvelles exigences réglementaires et aux besoins en investissement. Si ces enjeux sont partagés par tous, ils ne s’expriment pas avec la même intensité sur tous les territoires. De fait, la gestion de l’eau possède une forte dimension locale : chaque projet dépend des particularités du territoire concerné et de la solidarité entre de multiples acteurs. Cette solidarité rassemble les municipalités et les pouvoirs publics, les consommateurs, les associations, les entreprises… Elle va bien au-delà des seuls usagers de l’eau.
Comment les différents échelons, le national et le local, peuvent-ils contribuer à innover pour mieux répondre à ces enjeux ?
L’eau est un service local, mais sa gestion s’effectue dans un cadre défini au niveau national, en fonction des objectifs fixés par la France et l’Europe. Aussi chaque échelon a-t-il ses missions spécifiques à remplir pour que soient efficacement relevés les défis variés du monde de l’eau en ce début de xxie siècle. À travers la commande publique, l’État peut hâter l’émergence de modèles économiques plus sobres, qui, en rémunérant les performances des services d’eau plutôt que les volumes distribués, diminueront les prélèvements dans les ressources en eau. Il peut également soutenir des projets de recherche d’envergure nationale. Les plans de reconquête pour la nouvelle France industrielle, initiés en 2013 par le gouvernement, ont souligné l’intérêt de projets phares, tel celui de l’usine d’épuration du futur qui produira plus d’énergie qu’elle n’en consommera. À l’échelon local, les collectivités sont responsables du service d’eau et d’assainissement. En conséquence, elles sont à la fois des prescripteurs de modes de vie par les politiques publiques qu’elles instaurent, des laboratoires pour tester de nouvelles solutions et des leviers d’action pour les déployer. À titre d’exemple, ces dernières années, nous avons engagé avec elles beaucoup d’initiatives pour aider les personnes en difficulté : chèques Eau personnalisés financés par un prélèvement sur nos recettes pour alléger les factures d’eau des familles pauvres, multiplication des points d’information médiation multiservices qui facilitent les relations entre les services publics et leurs usagers dans les quartiers urbains fragiles, institution de tarifications sociales…
Comment les maires peuvent-ils favoriser une bonne gouvernance de l’eau au niveau local ?
La gouvernance des services d’eau prend ses racines dans la concertation locale et l’action politique de proximité. Les élus locaux, en premier lieu les maires, ont un rôle majeur à jouer, d’un côté pour organiser des débats constructifs et réguliers sur la gestion de l’eau, de l’autre côté pour faire passer dans le quotidien de la vie de leurs communes les orientations stratégiques qui auront été retenues en matière de gestion de l’eau. Ils sont en effet les plus à même de réunir les acteurs locaux, de dégager des objectifs partagés, de faire émerger des projets conformes à l’intérêt général et de bâtir des solutions environnementales fortes et réalistes. En animant la concertation, les élus peuvent également renforcer l’appropriation des politiques publiques et la cohésion sociale sur leur territoire. Les débats sur l’eau rappellent le caractère local et collectif des projets liés à l’eau, valorisant par là l’intérêt des infrastructures communes et des approches participatives. Au demeurant, ces approches fondées sur des échanges avec l’ensemble des parties prenantes ne doivent pas se limiter au seul domaine de l’eau, mais s’appliquer à tout type de projets environnementaux. Ressource précieuse mais ressource fragile, l’eau est un sujet sensible, à la croisée de nombreuses valeurs humaines. Pour éclairer le débat public et lui faire porter tous ses fruits, il est nécessaire de sensibiliser les citoyens aux problématiques de l’eau. L’essor récent des outils numériques a grandement facilité le partage des données, renouvelant les conditions du débat démocratique. La gouvernance de l’eau s’appuie désormais sur une circulation fluide et rapide de l’information qui engendre plus d’échanges, plus d’idées, plus de projets. En inscrivant leur action dans un tel processus, les élus sont en mesure de lancer des initiatives locales ambitieuses au service de leur territoire. En quoi votre entreprise aide-t-elle les collectivités à faire face aux enjeux du monde de l’eau ? Nous apportons aux collectivités nos savoir-faire techniques et managériaux de haut niveau pour fournir des services de qualité aux habitants, ainsi que pour préserver l’environnement et la biodiversité. Nous les faisons bénéficier des dernières avancées technologiques (comme le recyclage de la matière organique des boues d’épuration sous forme de bioplastiques) ou sociales. Par exemple, l’an dernier, nous avons inauguré en France trois nouveaux campus destinés à former nos salariés ainsi que de nombreux jeunes sans qualification. Nous aidons les services d’eau à améliorer leurs performances, maîtriser leurs charges d’investissement et de fonctionnement et mettre en place une gestion patrimoniale de leurs infrastructures. Nous leur transférons nos expertises et formons leur personnel pour adapter en permanence leurs compétences à des métiers sans cesse plus complexes et plus exigeants. Les services d’eau ou d’assainissement que nous assurons pour le compte de collectivités irriguent l’économie des territoires qu’ils desservent : ainsi, plus de 90 % de notre chiffre d’affaires retourne à nos parties prenantes, comme les collaborateurs de l’entreprise, les fournisseurs et sous-traitants, les administrations, les banques et investisseurs… En France, notre groupe fait travailler une dizaine de milliers de PME. En protégeant les territoires contre les pollutions, nos activités protègent aussi la santé humaine et la bonne marche de l’économie locale. Elles contribuent à l’attractivité et au dynamisme des territoires, en fournissant des services publics modernes, efficaces et à un coût optimisé. Si les missions que nous confient nos clients municipaux s’effectuent dans des cadres juridiques variés, tous nos contrats se rejoignent sur l’essentiel : ils placent l’autorité publique au cœur de la décision et l’entreprise au cœur de l’action, et chacun d’entre nous, que ce soit la collectivité ou Veolia, y apporte le meilleur de soi-même !

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