Javier Cercas (photo : Sonia Balcells)

Javier Cercas (photo : Sonia Balcells)


Patrick Poivre d’Arvor vous propose cinq pistes pour s’évader

Une épopée
Les lois de la frontière, de Javier Cercas (Actes Sud) Javier Cercas est un grand d’Espagne. Il vient tout juste de dépasser la cinquantaine, mais il a déjà derrière lui une belle œuvre primée un peu partout dans le monde. Ses derniers livres, À petites foulées, À la vitesse de la lumière et Anatomie d’un instant ont tous été publiés chez Actes Sud. Et il convient aussi d’associer à son succès en France ses deux traducteurs, Élisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic. La frontière, dans son dernier livre, c’est celle qui, à Gerone, sépare les bien nés des mal nés. Javier Cercas connaît bien cette ville, puisque c’est là qu’il enseigne la littérature. Tout au long de ces 350 pages, nous allons naviguer de chaque côté de cette frontière en suivant les pas d’un adolescent qui est en train de mal tourner. À la suite d’une sale histoire il se reprend et apprend les lois des hommes civilisés. Il devient avocat et se retrouve à défendre Zarco, le voyou magnifique qui l’avait tant fasciné pendant ses années de jeunesse. C’est un romancier qui nous raconte cette histoire à la manière d’un enquêteur. Chacun finit par ôter son masque pour donner tort à La Rochefoucauld, qui ouvre Les lois de la frontière avec cette citation : « Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres qu’enfin nous nous déguisons à nous-mêmes. »
Un roman
(Phébus)

(Phébus)


Face aux ombres, de Catherine Enjolet (Phébus) Catherine Enjolet est une jeune femme attachante qui a monté il y a plus de 20 ans une ONG de parrainage d’enfants sur le territoire français. Plus tard elle a lancé le concept « d’adoption affective ». On devine alors qu’elle a dû souffrir d’une enfance mutilée, brinquebalée. On en a eu la confirmation il y a trois ans lorsqu’elle publia Sous silence. La revoilà aujourd’hui avec un roman, Face aux ombres, où elle nous raconte la vie d’une jeune monteuse de cinéma qui, emménageant dans son nouvel appartement, se retrouve confrontée à des fantômes qui visiblement ont habité ici avant elle. Or l’immeuble est neuf… Après enquête, Ariane redécouvre son passé lorsqu’on l’a placée dans des familles d’accueil à la mort de son père. Il lui saute à la gorge. Heureusement que pousse en elle un bébé qui lui sauvera la vie. Puis un livre qui s’annonce. « Les mots savent de nous ce que nous ignorons », lui a dit son libraire. Il a raison. Cela nous donne aujourd’hui un beau livre, Face aux ombres.
Un récit
(Éditions de La Martinière) La course de la Mouette, de Barbara Halary-Lafond (Éditions de La Martinière) Une femme raconte. Elle évoque un accident de scooter, a priori sans gravité, à vitesse réduite. C’est son mari qu’elle retrouve à l’hôpital, rassurée puis très vite inquiète. Le traumatisme crânien s’est transformé en un état neurologique végétatif. Les médecins, avec leurs mots pas toujours très heureux, avancent un pronostic dramatique. Et là, contre toute attente, Jean-Louis Halary sort du coma puis remonte la pente. C’était un sportif de bon niveau – au tennis on le surnommait “la Mouette” – et ses instincts de combattant vont l’aider. Mais c’est surtout l’amour, celui de sa femme et de ses cinq enfants, qui le sauvera.
Un opéra
Pucc-1024x379La Fiancée de l’Ouest, de Giacomo Puccini Un siècle après sa création au Metropolitan de New York, voilà que La Fiancée de l’Ouest (La Fanciulla del West) débarque à l’Opéra de Paris, qui jusqu’alors n’avait pas voulu d’elle dans son répertoire. Il faut dire que cette œuvre de Puccini, qui a enchaîné les “tubes”, de La Bohème à Turandot en passant par Madame Butterfly, manque cruellement d’arias ou d’airs mélodiques. Le compositeur italien, au faîte de sa gloire en 1910, avait voulu flatter le goût des Américains pour leur grande épopée : la conquête du Far West. Hélas, si le chef d’orchestre, Carlo Rizzi, est à la hauteur, le metteur en scène, Nikolaus Lehnhoff, ne l’est pas. La scénographie est en revanche réussie, la soprano suédoise Nina Stemme est parfaite, le baryton Claudio Sgura plein de promesses, mais le ténor Marco Berti est bien loin du créateur du rôle : Caruso.
Une pièce
Songe Le Songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare (Comédie-Française) Le Songe, pour un acteur, c’est un régal. Pour le spectateur pas toujours. La pièce de Shakespeare, traduite par le fils de Victor Hugo, est beaucoup plus ardue qu’il n’y paraît de prime abord. Plusieurs intrigues s’y emboîtent, toutes ne sont pas captivantes. La force de la mise en scène de Muriel Mayette-Holtz, et sa grande trouvaille, c’est d’avoir installé dans la salle l’un des trois éléments principaux du puzzle. Cela rend plus fluide la lecture de la pièce. Comme toujours au Français, le spectacle est servi par une troupe remarquablement homogène et brillante. Vingt acteurs s’y relaient sur scène. Il serait injuste de distinguer l’un plutôt que l’autre. Très belle soirée, qui nous fait heureusement oublier Hamlet, piétiné il y a quelques mois, par un metteur en scène anglais.

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