Jean Glavany (photo : -Citizensi-Demorissard)

Jean Glavany (photo : Citizensi-Demorissard)


Pour ne pas se faire confisquer la thématique par le FN, de nombreux députés exhortent le PS, tiraillé entre trois lignes, à clarifier son discours.

C’est ce qui s’appelle une opération déminage rondement menée. Si les socialistes ont demandé aux radicaux de gauche de décaler, après les départementales, leur proposition de loi sur l’interdiction du port du voile dans les métiers de la petite enfance, ils leur ont ensuite demandé d’opérer un sacré coup de rabot. Ce que le PRG a accepté sans rechigner. Voté mercredi dernier, le texte porté par le député PRG Alain Tourret se contente de transformer en article de loi l’arrêt de la Cour de cassation, qui avait tranché sur le cas de la salariée voilée de la crèche privée Baby-Loup. Exit donc l’obligation de neutralité religieuse pour les centres de loisirs, qui avait fait hurler les scouts et de nombreux responsables religieux.
Certes le contexte post-attentats rendait compliqué l’adoption de la « PPL Baby-Loup ». Mais l’empressement dont a fait preuve le PS pour réduire la voilure du texte traduit un malaise plus profond : la thématique de la laïcité embarrasse le parti majoritaire. Alors que le FN et Nicolas Sarkozy manient la laïcité pour en faire une arme contre la présence trop manifeste des musulmans en France, le PS reste dans le flou. Sur ce principe, né avec la loi de 1905, « le parti est ballotté, hésitant, gêné et cafouilleux », écrit Jean Glavany, député et monsieur laïcité du PS, dans l’un des rares textes de contribution sur le sujet pour le congrès de Poitiers. Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, le sujet passionne autant qu’il divise. « Que Benoît Hamon puisse lire un ouvrage de Tariq Ramadan est bien plus grave que ses critiques sur la politique néolibérale du gouvernement », tape par exemple un élu. « Quand le sujet est abordé à la commission des lois, le niveau de température monte de plusieurs degrés », ironise de son côté Philippe Doucet, nommé chef de file laïcité pour le groupe. Résultat, dès qu’il s’agit de religion, le parti majoritaire répond souvent par l’immobilisme. De quoi le rendre inaudible. Ainsi, la députée Michèle Delaunay a dû faire preuve de beaucoup de persuasion pour que plusieurs de ses collègues rejoignent le groupe parlementaire d’études sur les chrétiens d’Orient. « Personne au groupe ne voulait y aller », s’agace l’élue de Gironde. Elle a finalement convaincu Dominique Potier, Yann Galut, François Pupponi et Christian Assaf. Face à la polémique créée par la RATP, qui avait voulu supprimer les affiches de concerts au profit des chrétiens d’Orient, aucun député PS n’a réagi. C’est Joël Giraud, un élu radical, qui a été le premier à alerter le Premier ministre Manuel Valls, en faisant passer un message lors des questions d’actualité.
Si le PS ne sait plus où il en est sur les questions de laïcité, c’est que trois courants coexistent. Philippe Doucet d’expliquer : « Il y a d’abord les multiculturalistes et antiracistes, qui ne voient pas de problème de laïcité au quotidien. » C’est la ligne portée par Jean-Louis Bianco, le président de l’observatoire de la laïcité et relayée au Palais-Bourbon par notamment Patrick Menucci, Sandrine Mazetier, Erwann Binet et aussi le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, désormais en lice pour la présidence de la région Île-de-France. Pour preuve : commandé par le président de la République après les attentats, le rapport du président de l’Assemblée nationale sur l’engagement citoyen n’évoque pas une seule fois les questions de laïcité ou de religion. Sollicité dans les mêmes termes par François Hollande, le rapport du président du Sénat Gérard Larcher a abordé de plein fouet la question.
« À aucun moment ces sujets n’ont été abordés par les interlocuteurs », justifie-t-on dans l’entourage du premier des députés de Seine-Saint-Denis.  Après les droits-de-l’hommistes, les « laïcards », que les religions « emmerdent », pour reprendre les mots de Philippe Doucet, dominent les débats au sein de la majorité.
Et sous l’œil bienveillant de la fraternelle de l’Assemblée nationale. Enfin, un courant plus républicain, qui ne nie pas la présence du fait religieux mais souhaite une plus grande organisation du culte musulman, essaie de faire entendre sa petite musique. Une vision partagée par de nombreux proches du Premier ministre Manuel Valls, comme Philippe Doucet, Carlos da Silva. Face à l’offensive idéologique du FN et de la droite, de plus en plus d’élus souhaitent que le PS parle d’une voix unie. « Il ne faut pas que le parti de Marine Le Pen ne transforme la laïcité en un principe anti-musulman. Il s’agit de mettre en avant une laïcité sereine », argue Philippe Doucet.
Une tribune de parlementaires en faveur d’une charte de la laïcité pourrait être publiée dans les prochaines semaines. Le 22 juin, Jean Glavany organise un forum sur l’islam et la République, appelant à cesser d’instrumentaliser la laïcité tout en exhortant les musulmans à mieux s’organiser dans la pratique de leur culte. Claude Bartolone ouvrira les travaux et Manuel Valls et le ministre de l’Intérieur Bertrand Cazeneuve clôtureront la session. Une belle opération contre-feu face à la convention islam de France organisée quelques jours plus tôt par l’UMP ? À voir.

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