L’écologie est devenue l’un des thèmes clefs de la campagne du scrutin des 15 et 20 mars, qui devrait voir les listes d’Europe Ecologie-Les Verts progresser. Une tendance de fond.

L’écologie, c’est maintenant. Le bon résultat d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) aux élections européennes de mai 2019 (13,5% des voix) les avait hissés en troisième position, derrière les listes du Rassemblement national et de la République en marche. Les élections municipales des 15 et 22 mars pourraient renforcer cette tendance. Au cours de la campagne, l’écologie s’est imposée, non plus comme une thématique parmi d’autres, mais comme une priorité, voire comme une urgence. Elle le sera de plus en plus à l’avenir si, aux enjeux climatiques, se greffent des crises sanitaires de grande ampleur, tel que le coronavirus.

A moins que les urnes ne soient désaffectées par les électeurs, en raison de la crainte d’être infectés par le Covid-19, les feux sont verts pour les écologistes qui pourraient remporter des victoires symboliques dans des grandes villes. Avant l’épidémie, ils étaient bien placés à Besançon, Rouen et à Strasbourg. En février, un sondage Harris Interactive x Agence Epoka, pour TF1, LCI et RTL* confirmait la poussée des listes d’Europe Ecologie-Les Verts, avec 16% d’intentions de vote – derrière Les Républicains (21%) et La République en marche (19%). Les écologistes possèdent même le meilleur potentiel de vote. Selon la dernière vague de sondage réalisée par le même institut**, 47% des électeurs indiquent qu’ils pourraient voter pour une liste EELV – devant tous les autres partis. « L’attractivité est d’autant plus forte, note l’enquête, que les répondants sont jeunes (54% des moins de 35 ans contre 29% des 65 ans et plus). »

La répétition des épisodes caniculaires, notamment à l’été 2019, n’y est sans doute pas étrangère. La préservation de l’environnement est sur le podium des thématiques qui vont compter le plus dans le vote des électeurs aux municipales (29%). La sécurité reste devant, ainsi que les impôts locaux**.

Longtemps considérés comme une force d’appoint, les écologistes représentent de plus en plus une alternative. Leur projet de société, qui repose sur un changement de paradigme, rencontre de plus en plus d’échos dans une société en mal de repères. Jusqu’à présent, ces pionniers, issus du courant alternatif, étaient perçus comme des lanceurs d’alerte ou des prescripteurs, mais ils n’étaient pas jugés capables de mettre leur idée en pratique – d’autant que les passages au gouvernement de divers ministres écolos n’avaient pas vraiment convaincu.

Ce n’est plus le cas, du moins sur le plan local. « Aujourd’hui, les Français ont la perception que les Verts ont la capacité à gérer, en tout cas pas plus mal que les autres », souligne Jean-Daniel Levy, directeur du département Politique & Opinion d’Harris Interactive. Pour agir en faveur de l’environnement, les électeurs des villes de plus de 10 000 habitants feraient ainsi le plus confiance à un maire EELV (63%)… ou à un maire sans étiquette (63%), loin devant tous les autres partis*.

Quant aux mesures environnementales que pourraient prendre les édiles, telles que rendre les transports publics gratuits, créer davantage de rues piétonnes dans les centres-villes ou interdire les véhicules les plus polluants, ils suscitent une adhésion majoritaire – plus de 7 électeurs sur 10 les plébiscitent*. Preuve que ces enjeux ne sont plus des sujets de clivage, ils sont partagés par la plupart des électorats.

Reste que les écologistes, par le fait même que l’environnement est devenu un enjeu de société et l’écologie une tendance de fond, ne sont plus les seuls sur ce créneau. Ils ont perdu leur monopole. A l’image de la socialiste Anne Hidalgo, à Paris, qui propose un projet entièrement vert, comme la couleur de ses affiches. Ou du président Emmanuel Macron, qui a mis en scène au Mont Blanc sa « mue » écologique, un mois avant les municipales. « La fin du quinquennat, après les retraites, c’est le régalien et l’écologie », avait déclaré le chef de l’Etat. La fin du quinquennat… et la présidentielle de 2022.

* Enquête réalisée en ligne du 22 au 24 février 2020. Echantillon de 594 personnes habitant une commune de 10 000 habitants et plus (issu d’un échantillon de 1043 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus). Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).
** Enquête réalisée en ligne du 6 au 10 mars. Echantillon de 848 personnes habitant une commune de 10 00 habitants et plus (issu d’un échantillon de 1490 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus). Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).
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