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Pour notre chroniqueur, après « le choc de la dissolution », il est grand temps « de revenir au bien commun » et de « refaire Nation ». Mais cela implique « une prise de conscience et un effort collectif pour reconstruire le débat public ».

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Le choc de la dissolution est rude. Depuis trois semaines, il secoue la société tout entière. Chacun tente, sinon de lui donner un sens, du moins d’expliquer le cheminement psychologique du « lanceur de grenade dégoupillée ». Mais il est trop vrai que la montée des extrêmes a été placée sous le tapis avec la poussière des inconséquences d’une élite qui ne voulait rien savoir. Se lamenter et s’indigner au nom des valeurs républicaines est une tentation bien commode. Mais justement… que reste-t-il du principe actif de ces valeurs républicaines ?

Lorsque l’élite sociale, politique, économique, médiatique et culturelle se désintéresse du sort de son pays en préférant l’entre-soi, qu’est-ce que cela dit ? Que le « poisson pourrit par la tête », assurément. Il n’en demeure pas moins que notre système politique vit sur un présupposé aristocratique, résurgence d’une féodalité dévoyée au fil des siècles. Ce système a fondé la représentation symbolique du pouvoir en France, en fixant à l’élite un rôle de guide revêtantune forme d’exigence morale et de clairvoyance.

La féodalité originelle portait en elle l’ardente obligation, pour le suzerain, de défendre corps et âme son vassal. Ce lien formait Nation. La solidarité, vertu républicaine essentielle, et les services publics se sont substitués à ce système en assurant à chacun la protection sociale qui valait pacte républicain. Ce nouveau bouclier permettait donc de faire face aux difficultés, aux crises et aux aléas de l’existence. Mais la vision segmentée de la société, peu à peu, visant à promouvoir une typologie sociale composée de catégories autonomes les unes des autres a imposé dans les esprits un panorama social archipélisé. Pierre Bourdieu avait vu juste en faisant de la « distinction » le symptôme d’une forme de séparatisme social. Quand il ne reste plus que le sentiment de supériorité, le lien social se dissout, au point de ne plus considérer l’autre.

Il serait donc temps de revenir au « Bien commun », dont la première qualité estd’être partagée par tous, quelle que soit son appartenance sociale. L’élite, à ce titre, doit être consciente du rôle qu’elle joue, et le peuple – il y aurait tant à dire sur le malentendu engendré par cette terminologie – doit lui faire à nouveauconfiance en se réappropriant les chemins de la pensée. Chacun doit retrouver sa place dans cette espace fait de droits et de devoirs. « Refaire Nation », c’est possible, au prix de cette prise de conscience et d’un effort collectif pour reconstruire le débat public.

Les programmes électoraux, depuis trop longtemps, sont présentés comme des boites à outils techniques ; des panoplies catégorielles censées répondre aux craintes et aux besoins de chacun. Mais ils se révèlent, comme l’aurait dit l’Abbé Terray, dernier contrôleur général des Finances de Louis XV, au monarque qui l’interrogeait sur ce qu’il avait pensé des festivités lors dumariage du Dauphin : « impayables ». Sans financement, sans hiérarchisation, sans imagination, sans calendrier, ces programmes ne sont plus déterminants pour fonder les choix électoraux. Ceux-ci s’opèrent donc sur la base de la dynamique des insatisfactions, du dépit, et des renoncements collectifs. Les fameux 3000 milliards de la dette française ne sont pas arrivés par hasard, mais portent bien le sceau de notre incapacité à faire des choix et donc à renoncer, sur l’air de : « encore une minute, Monsieur le bourreau ». Nous en sommes tous complices.

Redéfinissons ensemble nos priorités via les corps intermédiaires, établissons des plans d’actions à partir de trois ou quatre priorités, via des plateformes d’idées (je n’ose dire les partis politiques), adhérons à un dessein commun…bien sûr, il faudra plus de vingt jours pour cela. Mais la bataille est devant nous. Formulons une voie nouvelle, votons pour… ne laissons pas le contre envahir notre espace démocratique.

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