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Tribune

Fanny Ardant et lui

Marc Ferracci(7)

Derrière les polémiques se cachent souvent des questionnements plus profonds. C’est même peut-êtrece qui explique à la fois leurs propriétés et le mystère de leur propagation. Dans un climat hautement inflammable, à la hauteur de la gravité d’une procédure pénale, la présence de Fanny Ardant dans un prétoire, afin d’y soutenir un ami cher, soulève interrogations, incompréhensions, et réflexions à l’emporte-pièce. 

L’étrange corrélation établie entre les faits qui sont reprochés à cet acteur connu et la décision d’une autre comédienne d’assister à son procès choque une partie de l’opinion sur les réseaux sociaux. Il est vrai, en même temps, que cet espace de l’antagonisme ne favorise pas, pour le moins, la réflexion en dehors de l’irréductible opposition entre « pour » et « contre ». C’est en fait l’occasion, sans aucune connaissance du dossier judiciaire, de prendre parti et de donner un avis sur un dossier que personne ne maîtrise intimement, à l’exception du juge. Or la justice ne devrait précisément pas devenir un espace pour déballage patapharesqued’arguments qui ne sont en fait que l’expression d’analyses sommaires, ni l’occasion d’une chasse à l’homme. Seule l’autorité de la chose jugée peut et doit s’imposer à chacun.

Il m’apparaît cependant qu’ici, la question des faits présumés est en dehors du sujet. Le choix de Fanny Ardant d’apporter son soutien à un ami n’a certainementrien à voir avec le fond de l’affaire. Pour cet apôtre de l’intensité, il n’est pas question de vivre à moitié, de choisir à moitié, d’aimer à moitié. Elle l’a déclaré en interview à de nombreuses reprises, et en fait la démonstration manifeste. Depuis les années 1980, au nom d’une solide amitié faite de rencontres artistiques dont on connaît la trace dans le cinéma français, et de sûrement beaucoup d’autres, bien plus personnelles, au sujet desquelles on ne sait rien, Fanny Ardant a affirmé que l’amitié est une valeur sacrée, avec laquelle on ne transige pas.

Dans cette société du délitement, il est donc assuré que la fidélité à un ami peut encore exister. Et cette radicalité choque. Sans doute faudrait-il revenir sur les faits, non de l’affaire une fois encore que nous ne connaissons pas, mais de cette prise de risque en amitié. Ce n’est pas le « J’accuse » de Zola qui serait ainsi proféré par l’actrice en se conduisant ainsi. Fanny Ardant n’intervient pas en tant qu’intellectuelle dans ce débat passionnel, mais s’engage avec passion auprès d’un ami.

Pourquoi cette attitude en forme de soutien deviendrait-elle une manière de prendre fait et cause contre la défense ? Il y a, derrière cette forme de courage, le risque que prend l’artiste en s’exposant, la volonté de braver l’interdit, la certitude du sentiment justement éprouvé. Dire ce à quoi l’on croit, c’est avancer en dehors du regard des autres. Ce credo échappe à la rationalité du calcul médiatique et à la dictature de l’image. Ses détracteurs veulent y voir une insulte faite aux femmes qui demandent justice ; d’autres une tentative pitoyable de capter l’attention des médias ;d’autres encore une forme de snobisme qui s’affranchirait des lois du commun.

Dans L’archipel du Goulag, Soljenitsyne découvre« que la ligne de partage entre le bien et le mal ne sépare ni les Étatsni les classesni les partis, mais qu’elle traverse le cœur de chaque homme et de toute l’humanité ». En laissant parler son cœur en amie, l’attitude de Fanny Ardant me pose une question : serais-je capable de soutenir un ami dans l’épreuve,quelle qu’elle soit ? C’est à notre engagement, qui fondenos attitudes et nos décisions dans la vie, que nous ramène cette absence de concession dont un être humain est capable. Qu’aurais-je donc fait alors ? Ici, nous le voyons : « La femme d’à côté » sera toujours la femme aux côtés.

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