Interview de Christian Jacob, par Eric Mandonnet

Christian Jacob, député de Seine-et-Marne, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale. Photo Boris Horvat / AFP


La présidentielle n’est pas un concours de beauté. Comment sélectionner les candidats ?
Le filtre qui existe aujourd’hui est un bon filtre. Ce n’est pas un système parfait, mais il me convient. Aucun candidat avec des idées fortes n’a été empêché de se présenter.
En 1981, Jean-Marie Le Pen n’a pas récolté le nombre suffisant de signatures…
C’est arrivé une seule fois, il y a plus de trente ans, et Jean-Marie Le Pen ne représentait pas alors ce que représente désormais le Front national.
Y a-t-il moyen, néanmoins, d’améliorer le système ?
Je vois une piste. Si on allait plus loin, en obligeant à la transparence complète – chaque candidat publiant l’intégralité de ses soutiens – cela ne me dérangerait pas. Un élu qui parraine s’engage pour un candidat, alors autant que les choses soient claires.
Parrainer, c’est soutenir ? On a l’habitude de nous expliquer exactement l’inverse !
Ne soyons pas hypocrites. Je n’imagine pas un instant parrainer un candidat que je ne soutiendrais pas.
Quelque 45 000 personnes sont susceptibles de donner leur signature. Est-ce un bon collège ?
C’est un vrai mélange entre des élus locaux, des plus petits aux plus grands, et des parlementaires. Tous sont passés par les fourches caudines du suffrage universel, ils ont donc vocation à représenter les citoyens.
Mais avec la multiplication des intercommunalités, même le plus petit des maires peut dépendre d’un autre élu. N’y a-t-il pas le risque de représailles ?
C’est un débat d’élus ! Cessons de croire que les Français ne sont pas majeurs. Ils savent faire la part des choses. Dans ma ville de Provins, en Seine-et-Marne, le rapport entre la droite et la gauche est de 53 %/47 %, et pourtant je suis élu maire avec 70 %. Et, personne n’ignore mon appartenance politique : j’ai été plusieurs fois ministre, je préside aujourd’hui le groupe UMP à l’Assemblée nationale ! Le bon sens populaire comprend mieux l’attitude des élus que les élus eux-mêmes.
On ne sait si Marine Le Pen dispose ou pas de 500 signatures, ce qui donne lieu à toutes sortes de polémiques. Faut-il plus de transparence dans le décompte de la collecte, au fur et à mesure qu’elle a lieu ?
Le FN fait du chantage, c’est, à chaque fois, la même histoire.
Mais, au bout du compte, Marine Le Pen doit-elle avoir ses 500 signatures ?
Oui, ce serait normal. Je ne suis pas choqué que des élus lui accordent leur parrainage. Chacun agit en son âme et conscience.
Dominique de Villepin est un ancien Premier ministre : devrait-il disposer de ses 500 signatures ?
Chacun, qu’il soit un ancien Premier ministre ou pas – là n’est pas la question – est légitime pour aller chercher les 500 signatures. Après tout, les uns et les autres sont ainsi confrontés à un premier test, avant la véritable bataille présidentielle : les élus locaux sont les mieux placés pour évaluer la crédibilité d’un message politique.

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