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Charles-Édouard Vincent, cofondateur de Emmaüs Connect, Vincent Gavériaux, vice-président de l’IFAC, Jean Deydier, cofondateur de Emmaüs Connect, Daniel Sperling, adjoint au maire de Marseille, Vincent Talvas, directeur des Affaires publiques de SFR et Sylvie Carrega, adjointe au maire de Marseille


Depuis 3 ans, Emmaüs Connect agit, en partenariat avec SFR, pour faire du numérique un levier d’insertion pour tous.
Le succès de son programme Connexions solidaires à Paris l’amène aujourd’hui à se déployer en régions, comme en témoigne l’inauguration du point d’accueil de Marseille le 8 novembre dernier. Le numérique a intégré notre société et constitue un outil formidable dans nos vies quotidiennes, citoyennes, et professionnelles. Il est une opportunité mais aussi une nécessité, en particulier pour les publics fragiles, c’est pourquoi l’association Emmaüs Connect s’est fixé pour défi d’aider 100 000 personnes en situation de précarité à faire des télécommunications un levier de leur insertion, grâce à son dispositif Connexions solidaires. En 2013, Connexions solidaires a donc opéré un vrai changement d’échelle, et son combat a trouvé un écho auprès des acteurs locaux, sensibles à la capacité du programme à s’adapter aux contextes territoriaux. De nombreux élus ont déjà adopté le projet (à Paris, Antony, Marseille, Grenoble, et maintenant Lyon et Saint-Denis), séduits par la démarche partenariale du projet qui complète leurs politiques publiques pour l’inclusion numérique. En premier lieu, la collectivité mobilise ses services et l’action sociale pour identifier les publics bénéficiaires, et soutient le lancement du programme (financement, identification de locaux adaptés). Les entreprises privées, à commencer par l’opérateur SFR, engagé depuis les débuts en 2010, mettent leurs technologies et leurs compétences au service du projet. Au-delà du soutien financier, SFR met à disposition gratuitement les cartes prépayées (voix et data) et mobilise ses collaborateurs via le mécénat de compétences. Depuis 2013, les clients SFR peuvent également contribuer au programme grâce à l’option solidaire qui leur permet de donner 1 euro par mois à Emmaüs Connect. Emmaüs Connect, chef d’orchestre du programme, se joint aussi aux acteurs du numérique et associatifs pour compléter les dispositifs existants.   Enfin, et l’élément est fondamental, Connexions solidaires a construit un modèle économique qui le rend peu coûteux pour la collectivité, grâce aux dons de minutes, data, et de matériel des partenaires privés. « Nous avons adapté le modèle emmaüssien du bric-à-brac aux activités numériques, fondé sur la vente à tarif solidaire de produits donnés », explique le directeur d’Emmaüs Connect. « Cela nous permet d’injecter du pouvoir d’achat à des foyers qui ont des budgets très serrés. » Comme le précisaient les élus présents à l’inauguration du point d’accueil de Marseille le 8 novembre dernier, les temps de crise poussent à innover vers de nouvelles modalités de collaboration, au service d’un projet à fort impact social.
Témoignages :

Photo : AFP


Questions à Didier Paillard maire de saint-denis (93)
En quoi le combat contre la fracture numérique sociale entre-t-il dans la politique publique de votre municipalité ?
La fracture numérique sociale est une préoccupation de la Municipalité et du CCAS (Centre communal d’action sociale) de Saint-Denis. Face à la transformation profonde et la numérisation rapide de la société, l’accès et la maîtrise des usages sont nécessaires pour participer à la société et assurer l’égalité des citoyens en matière d’e-santé, d’emploi, d’accès à la connaissance, aux services publics ou à la mobilité. Connexions solidaires répond à cet enjeu social et la mairie de Saint-Denis soutient cette initiative car l’inclusion numérique de ses citoyens les met davantage en capacité d’agir. C’est aussi dans ce sens que la ville multiplie les accès libres à Internet dans ses équipements.
Pourquoi avoir décidé de contribuer à l’implantation d’un point d’accueil Connexions solidaires à Saint-Denis ?
Il s’agit d’une aide concrète utile chaque jour pour combattre la fracture numérique sociale. Les personnes qui ont le plus besoin des télécommunications sont aussi celles qui y ont le moins accès ou qui les payent le plus cher. Je pense notamment aux personnes qui sont hébergées, sans abri ou qui ne disposent pas de compte bancaire. Disposer à des tarifs abordables d’un téléphone portable et d’une connexion Internet, c’est retrouver de l’autonomie, une forme de chez-soi et des liens importants avec ses proches ou pour accomplir ses démarches.
Comment ce dispositif s’inscrit-il sur votre territoire ?
Une des dimensions appréciables du programme est son aspect collaboratif : il associe le savoir-faire d’une association à l’ancrage d’une collectivité locale et aux offres des entreprises des télécommunications. Cette approche crée de la valeur pour tous les acteurs concernés au service des personnes démunies.

 
Parole d’inscrit : Michel Larouanne
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Michel Larouanne, bénéficiaire / DR


En quoi le programme vous a-t-il aidé ?
Je me suis inscrit chez Connexions solidaires, pour le téléphone d’abord, et puis je me suis mis à Internet il y a quelques mois. Alors que j’étais en centre d’hébergement, après une période difficile, le téléphone m’était indispensable pour garder le contact avec mes proches et surtout mon assistante sociale. J’ai choisi les recharges prépayées proposées car elles me permettaient de gérer ma consommation à moindre coût. Aujourd’hui j’ai retrouvé un logement. La prochaine étape est de trouver un emploi. Pour cela, Internet va m’être indispensable : les offres, les candidatures… aujourd’hui tout se passe en ligne ! J’ai donc acheté chez Connexions solidaires un ordinateur d’occasion et grâce au Web Trotter je peux enfin me connecter de chez moi : je prépare mon permis de conduire en ligne et je peux me concentrer sur ma recherche d’emploi.
 
Questions à Hermine Boissonnat, référente au CHRS
La Poterne des Peupliers, Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris En quoi le programme favorise-t-il l’insertion de vos hébergés ?
C’est un « coup de pouce » de 18 mois qui permet aux personnes de réduire leur budget télécommunications. Mieux connectés, ils gagnent en autonomie dans leurs démarches d’insertion. Je constate que l’usager qui s’empare des technologies est plus à l’aise. S’il sait s’exprimer au téléphone, il pourra aussi mettre cette compétence au service d’une recherche d’emploi. Et, maintenir le lien avec la famille est essentiel pour que la personne ne sombre pas dans la dépression.
Comment le travail des conseillers Connexions solidaires s’articule-t-il avec le vôtre ?
Il est très complémentaire et il crée des passerelles. Par exemple, aborder le budget télécommunications avec les usagers ouvre la discussion sur les autres postes de dépenses de manière plus douce. Surtout, je suis sensible à l’écoute qu’ils ont des problèmes que nous connaissons dans l’accompagnement. La proximité qu’ils entretiennent avec nous se transmet à l’usager : celui-ci sent qu’il est orienté vers une structure où il sera bien reçu, écouté et compris. Enfin, cette proximité permet à Emmaüs Connect de faire remonter aux entreprises et pouvoirs publics les problématiques rencontrées afin de proposer des solutions adaptées.

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